‹ PoésiesChapitre 103 sur 189 · COMPOSÉES EN BOURGOGNE · texte numérisé non relu

COMPOSÉES EN BOURGOGNE

Complices de ma servitude,

Pensers, où mon inquiétude

Trouve son repos désiré, Mes (idoles amis et mes vrais secrétaires, Ne m'abandonnez point en ces lieux solitaires; C'est pour l'amour de vous que j'y suis retiré.

Partout ailleurs je suis en crainte, Ma langue demeure contrainte; Si je parle, c'est à regret; Je pèse mes discours , je me trouble et m'étonne , Tant j'ai peu d'assurance en la foi de personne ; Mais à vous je suis libre , et n'ai rien de secret.

Vous lisez bien en mon visage

Ce que je souffre en ce voyage,

Dont le ciel m'a voulu punir;

Et savez bien aussi que je ne vous demande ,

Étant loin de ma dame, une grâce plus grande

Que d'aimer sa mémoire et m'en entretenir.

Dites-moi donc sans artifice, Quand je lui vouai mon service, Faillis-je en mon élection ?

N'est-ce pas un objet digne d'avoir un temple , Et dont les qualités n'ont jamais eu d'exemple , Comme il n'en fut jamais de mon affection?

Au retour des saisons nouvelles,

Choisissez les fleurs les plus belles

De qui la campagne se peint ; En trouverez-vous une où le soin de nature Ait avecque tant d'art employé sa peinture, Qu'elle soit comparable aux roses de son teint?

Peut-on assez vanter l'ivoire De son front , où sont en leur gloire La douceur et la majesté, Ses yeux, moins à des yeux qu'à des soleils semblables Et de ses beaux cheveux les nœuds inviolables , D'où n'échappa jamais rien qu'elle ait arrêté ?

Ajoutez à tous ces miracles

Sa bouche, de qui les oracles

Ont toujours de nouveaux trésors ; Prenez garde à ses mœurs , considérez-la toute : Ne m'avoûrez-vous pas que vous êtes en doute Ce qu'elle a plus parfait, ou l'esprit, ou le corps?

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