‹ PoésiesChapitre 104 sur 189 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Mon roi, par son rare mérite,

A fait que la terre est petite

Pour un nom si grand que le sien; Mais si mes longs travaux faisoient cette conquête , Quelques fameux lauriers qui lui couvrent la tête, Il n'en auroit pas un qui fût égal au mien.

Aussi, quoi que l'on me propose,

Que l'espérance m'en est close ,

Et qu'on n'en peut rien obtenir; Puisqu'il si beau dessein mon désir me convie. Son extrême rigueur me coûtera la vie , Ou mon extrême foi m'y fera parvenir.

Si les tigres les plus sauvages Enfin apprivoisent leurs rages, Flattés par un doux traitement; Par la même raison, pourquoi n'est-il croyable Qu'à la fin mes ennuis la rendront pitoyable, Pourvu que je la serve à son contentement?

Toute ma peur est que l'absence Ne lui donne quelque licence De tourner ailleurs ses appas; Et qu'étant, comme elle est, d'un sexe variable Ma foi, qu'en me voyant elle avoit agréable, Ne lui soit contemptible en ne me voyant pas.

Amour a cela de Neptune , Que toujours à quelque infortune 11 se faut tenir préparé; Ses infidèles flots ne sont point sans orages , Aux jours les plus sereins on y fait des naufrages Et même dans le port on est mal assuré.

Peut-être qu'à cette même heure Que je languis , soupire et pleure , De tristesse me consumant, Elle, qui n'a souci de moi, ni de mes larmes, Étale ses beautés, fait montre de ses charmes, Et met en ses filets quelque nouvel amant.

Tout beau, pensers mélancoliques, Auteurs d'aventures tragiques, De quoi m'osez-vous discourir?

Impudents boute-feux de noise et de querelle, Ne savez-vous pas bien que je brûle pour elle , Et que me la blâmer, c'est me faire mourir?

Dites-moi qu'elle est sans reproche, Que sa constance est une roche, Que rien n'est égal à sa foi ; Prêchez-moi ses vertus, contez-m'en des merveilles, C'est le seul entretien qui plaît à mes oreilles : Mais pour en dire mal n'approchez point de moi.

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EPIGRAMME

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