SUR LE PONT DE LA. VILLE D'ORLÉANS , ÉTOIT SANS INSCRIPTION
Passants, vous trouvez à redire Qu'on ne voit ici rien gravé De l'acte le plus relevé Que jamais l'histoire ait fait lire ; La raison qui vous doit suffire, C'est qu'en un miracle si haut , Il est meilleur de ne rien dire Que ne dire pas ce qu'il faut.
ODE
A LA HEINE MARIE DE MEDICIS
PENDANT SA nÉGENCE, APRÈS LA PREMIÈRE GUERRE DES PRINCES.
FRAGMENT
Si quelque avorton de l'Envie Ose encore lever les yeux , Je veux bander contre sa vie L'ire de la terre et des cieux ; Et dans les savantes oreilles Verser de si douces merveilles , Que ce misérable corbeau , Comme oiseau d'augure sinistre, Banni des rives du Caïstre * , S'aille cacber dans le tombeau
( Fleuve de Lydie, fort fréquenté, selon les poètes, par les cygnes. Édit.
UVRK III 191
Venez donc, non pas habillées, Comme on vous trouve quelquefois, En jupes dessous les feuilléos.
Dansant au silence des bois.
Venez en robes, où l'on voie Dessus les ouvrages de soie Les rayons d'or étinceler, Et chargez de perles vos têtes , Comme quand vous allez aux fêtes Où les dieux vous font appeler.
Quand le sang bouillant en mes veines Me donnoit de jeunes désirs , Tantôt vous soupiriez mes peines, Tantôt vous chantiez mes plaisirs ; Mais aujourd'hui que mes années Vers leur fin s'en vont terminées , Siéroit-il bien à mes écrits D'ennuyer les races futures Des ridicules aventures D'un amoureux en cheveux gris ?
Non, vierges, non; je me retire De tous ces frivoles discours :
Ma Reine est un but à ma lyre Plus juste que nulles amours; Et quand j'aurai , comme j'espère, Fait ouïr, du Gange à l'Ibère,
Sa louange à tout l'univers, Permesse me soit un Cocyte, Si jamais je vous sollicite De m'aider à faire des vers !
Aussi bien chanter d'autre chose, Ayant chanté de sa grandeur, Seroit-ce pas , après la rose , Aux pavots chercher de l'odeur , Et des louanges de la lune Descendre à la clarté commune D'un de ces feux du firmament, Qui , sans profiter et sans nuire , N'ont reçu l'usage de luire Que par le nombre seulement ?
Entre les rois à qui cet âge Doit son principal ornement , Ceux de la Tamise et du Tage Font louer leur gouvernement; Mais en de si calmes provinces , Où le peuple adore les princes, Et met au degré le plus haut L'honneur du sceptre légitime , Saaroit-on excuser le crime De ne régner pas comme il faut !
Ce n'est point aux rives d'un fleuve Où dorment les vents et les eaux