LIVRE III
Voyez des bords de Loire et des bords de Garonne Jusques à ce rivage où Thétis se couronne
De bouquets d'orangers , A qui ne donnez- vous une heureuse bonaci' ,
Loin de toute menace Et de maux intestins, et de maux étrangers?
Où ne voit-on la paix, comme un roc affermie, Faire à nos Géryons détester l'infamie
De leurs actes sanglants ; Et la belle Cérès, en javelles féconde,
Oter à tout le monde La peur de retourner à l'usage des glands ?
Aussi dans nos maisons, en nos places publiques, Ce ne sont que festins , ce ne sont que musiques
De peuples réjouis; Et que l'astre du jour ou se lève ou se couche,
Nous n'avons en la bouche Que le nom de Marie et le nom de Louis.
Certes une douleur quelques âmes afflige, Qu'un fleuron de nos lis séparé de sa tige
Soit prêt à nous quitter; Mais, quoi qu'on nous augure et qu'on nous lasse craindre,
Élise * est-elle à plaindre D'un bien que tous nos vœux lui doivent souhaiter:'
l. La princesse Llisabcth É'dit,
Le jeune demi-dieu qui pour elle soupire De la fin du Couchant termine son empire
En la source du jour ; Elle va dans ses bras prendre part à sa gloire;
Quelle malice noire Peut sans aveuglement condamner leur amour?
J.1 est vrai qu'elle est sage, il est vrai qu'elle est belle, Et notre affection pour autre que pour elle
Ne peut mieux s'employer.
Aussi la nommons-nous la Pallas de cet âge;
Mais que ne dit le Tage De celle qu'en sa place il nous doit envoyer ?
Esprits mal avisés, qui blâmez un échange Où se prend et se baille un ange pour un ange,
Jugez plus sainement.
Notre grande bergère a Pan qui la conseille ;
Seroit-ce pas merveille Qu'un dessein qu'elle eût fait n'eût bon événement ?
C'est en rassemblement de ces couples célestes Que si nos maux passés ont laissé quelques restes,
Ils vont du tout finir.
Mopse *, qui nous l'assure, a le don de prédire;
Et les chênes d'Épire Savent moins qu'il ne sait des choses à venir.
t. Le maréchal d'Ancre, qui gouvernait alors. Édit,