‹ PoésiesChapitre 140 sur 189 · MOUREUX DE LA MÊME DAME · texte numérisé non relu

MOUREUX DE LA MÊME DAME

C'est assez, mes désirs, qu'un aveugle penser Trop peu discrètement vous ait fait adresser

Au plus haut objet de la terre ; Quittez cette poursuite, et vous ressouvenez

Qu'on ne voit jamais le tonnerre Pardonner au dessein que vous entreprenez.

t. Un homme du génie et de la naissance de Malherbe se faire Ventremetteur du duc de Bellegarde et de maints autres I Cela n'est guère digne du poêle qui a dit si noblement :

Les Muses, hautaines et braves, Tiennent le flatteur odieux, Et, tomme parentes des dieux, Ne parlent jamais en esclaves.

A. Chenicu.

Quelque flatteur espoir qui vous tienne enchantés , Ne connoissez-vous pas qu'en ce que vous tentez

Toute raison vous désavoue , Et que vous allez faire un second Ixion ,

Cloué là-bas sur une roue, Pour avoir trop permis à son affection ?

Bornez-vous, croyez-moi, dans un juste compas, Et fuyez une mer qui ne s'irrite pas

Que le succès n'en soit funeste.

Le calme jusqu'ici vous a trop assurés ;

Si quelque sagesse vous reste, Connoissez le péril et vous en retirez.

Mais, ô conseil infâme! ô profanes discours Tenus indignement des plus dignes amours

Dont jamais ame fut blessée !

Quel excès de frayeur m'a su faire goûter

Cette abominable pensée , Que ce que je poursuis me peut assez coûter ?

D'où s'est coulée en moi cette lâche poison , D'oser impudemment faire comparaison

De mes épines à mes roses ?

Moi , de qui la fortune est si proche des cieux ,

Que je vois sous moi toutes choses, Et tout ce que je vois n'est qu'un point à mes yeux

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