‹ PoésiesChapitre 149 sur 189 · SOUS LE NOM DE RODANTHE · texte numérisé non relu

SOUS LE NOM DE RODANTHE

Chère beauté , que mon aine ravie

Comme son pôle va regardant,

Quel astre d'ire et d'envie

Quand vous naissiez marquoit votre ascendant ,

Que votre courage endurci,

Plus je le supplie, moins ait de merci?

En tous climats, voire au fond de la ïhrace, Après les neiges et les glaçons , Le beau temps reprend sa place, Et les étés mûrissent les moissons :

Chaque saison y fait son cours ; En vous seule on trouve qu'il gèle toujours,

J'ai beau me plaindre et vous conter mes peines , Avec prières d'y compatir ;

I. Celle chanson fut faite sur un air donné à Malherbe; c'est pourquoi le dernier vers de chaque couplet est irrégulier. Edit,

J'ai beau m'épuiser les veines, Et tout mon sang en larmes convertir; Un mal au deçà du trépas, Tant soit-il extrême, ne vous émeut pas.

Je sais que c'est : vous êtes offensée , Comme d'un crime hors de raison , Que mon ardeur insensée En trop haut lieu borne sa guérison ; Et voudriez bien , pour la finir, M'ôter l'espérance de rien obtenir.

Vous vous trompez : c'est aux foibles courages, Qui toujours portent la peur au sein , De succomber aux orages, Et se lasser d'un pénible dessein.

De moi, plus je suis combattu, Plus ma résistance montre sa vertu.

Loin de mon front soient ces palmes communes , Où tout le monde peut aspirer; Loin les vulgaires fortunes, Où ce n'est qu'un, jouir et désirer.

Mon goût cherche l'empêchement ; Quand j'aime sans peine, j'aime lâchement.

Je connois bien que, dans ce labyrinthe, Le ciel injuste m'a réservé

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