‹ PoésiesChapitre 15 sur 189 · LIVRE I II · texte numérisé non relu

LIVRE I II

En fujant le trépas, au trépas arriver; Kt celui qui cbétif aux misères succombe, Sans vouloir autre bien que celui de la tombe, N'ayant qu'un jour à vivre, il ne peut l'achever ] !

Que d'hommes fortunés en leur âge première, Trompés de l'inconstance à nos ans coutumiète -, Du depuis se sont vus en étrange langueur; Qui fussent morts contents, si le ciel amiable Ne les abusant pas en ton sein variable , Au temps de leur repos eût coupé ta longueur !

Quiconque du plaisir a son ame assouvie, Plein d'honneur et de bien, non sujet à l'envie, Sans jamais en son aise un malaise éprouver, S'il demande à ses jours davantage de terme, Que fait-il, ignorant, qu'attendre de pied ferme De voir à son beau temps un orage arriver ?

Kt moi, si de mes jours l'importune durée Ne m'eût en vieillissant la cervelle empirée, Ne devois-je être sage, et me ressouvenir D'avoir vu la lumière aux aveugles rendue , Rebailler aux muets la parole perdue, Et faire dans les corps les âmes revenir?

1. Voilà trois beaux vers, surtout le dernier qui est divin. A. Chenier.

2. Je regrette beaucoup ce mot-là, surtout après l'usage qu'en a fait Corneille dans Polyeucte:

Et mes veux éclairés des célestes lumières

Ne lrou\ent plus aux siens leurs grâces (outumières.

A Cm: mi: h.

De ces faits non communs la merveille profonde , Qui par la main d'un seul étonnoit tout le monde, Et tant d'autres encor, me dévoient avertir Que, si pour leur auteur jVndurois de l'outrage, Le même qui les fit, en faisant davantage, Quand on m'offenseroit me pourroit garantir.

Mais, troublé par les ans, j'ai souffert que la crainte, Loin encore du mal, ait découvert ma feinte, Et sortant promptement de mon sens et de moi , Ne me suis aperçu qu'un destin favorable M'offroit en ce danger un sujet honorable D'acquérir par ma perte un triomphe à ma foi.

Que je porte d'envie à la troupe innocente De ceux qui, massacrés d'une main violente, Virent dès le matin leur beau jour accourci ' ! Le fer qui les tua leur donna cette grâce, Que si de faire bien ils n'eurent pas l'espace , Ils n'eurent pas le temps de faire mal aussi

De ces jeunes guerriers la flotte vagabonde Alloit courre fortune aux orages du monde , Et déjà pour voguer abandonnoit le bord , Quand l'aguet d'un pirate arrêta leur voyage;

i. Celte image charmante, et devenue commune, est exprimée de la manière la plus fraîche et la plus heureuse. Il suftit presque de ce mauvais poème-là pour voir que Malherbe était né à la poésie française.

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