LIVRE III
Tel au matin il sort de l'onde.
Les affaires de l'homme ont un autre destin :
Après qu'il est parti du monde, La nuit qui lui survient n'a jamais de matin.
Jupiter, ami des mortels ,
Ne rejette de ses autels
Ni requêtes ni sacrifices.
H reçoit en ses bras ceux qu'il a menacés ;
Et qui s'est nettoyé de vices Ne lui fait point de vœux qui ne soient exauces.
Neptune , en la fureur des Ilots
Invoqué par les matelots,
Remet l'espoir en leurs courages ; Et ce pouvoir si grand, dont il est renommé,
N'est connu que par les naufrages Dont il a garanti ceux qui l'ont réclamé.
Pluton est seul entre les dieu\
Dénué d'oreilles et d'yeux
A quiconque le sollicite.
Il dévore sa proie aussitôt qu'il la prend ;
Et quoi qu'on lise d'Hippolyte, Ce qu'une l'ois il tient, jamais il ne le rend.
S'd étoit vrai que la pitié De voir un excès d'amitié Lui fit faire ce qu'on désire, Qui devoit le fléchir avec plus de couleur
Que ce fameux joueur de lyre Qui fut jusqu'aux enfers lui montrer sa douleur?
Cependant il eut beau chanter,
Beau prier, presser et flatter,
Il s'en revint sans Eurydice; Et la vaine faveur dont il fut obligé
Fut une si noire malice, Qu'un absolu refus l'auroit moins affligé.
Mais quand tu pourrois obtenir
Que la mort laissât revenir
Celle dont tu pleures l'absence , La voudrois-tu remettre en un siècle effronté
Qui, plein d'une extrême licence, Ne feroit que troubler son extrême bonté ?
Que voyons-nous que des Titans, De bras et de jambes luttants Contre les pouvoirs légitimes i ;
Infâmes rejetons de ces audacieux ,
Qui, dédaignant les petits crimes,
Pour en faire un illustre attaquèrent les cieux ?
Quelle horreur de flamme et de fer N'est éparse, comme en enfer, Aux plus beaux lieux de cet empire ?
Et les moins travaillés des injures du Sort
i. le poêle désigne ici le commencement de la guerre des Huguenots.
Éorr.