‹ PoésiesChapitre 159 sur 189 · MADAME LA MARQUISE DE RAMBOUILLET · texte numérisé non relu

MADAME LA MARQUISE DE RAMBOUILLET

1624 ou 1625.

Et maintenant encore en cet âge penchant,

Où mon peu de lumière est si près du couchant,

Quand je verrois Hélène , au monde revenue

En l'état glorieux où Paris l'a connue,

Faire à toute la terre adorer ses appas,

N'en étant point aimé , je ne l'aimerois pas.

Cette belle bergère , à qui les Destinées

Sembloient avoir gardé mes dernières années,

Eut en perfection tous les rares trésors

Qui parent un esprit et font aimer un corps.

Ce ne furent qu'attraits, ce ne furent que charmes;

Sitôt que je la vis, je lui rendis les armes,

Un objet si puissant ébranla ma raison.

Je voulus être sien, j'entrai dans sa prison,

Et de tout mon pouvoir essayai de lui plaire

Tant que ma servitude espéra du salaire.

Page 1