‹ PoésiesChapitre 167 sur 189 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Tu sais bien que je suis de ceux Qui ne sont jamais paresseux A louer les vertus des hommes ; Et dans Paris , en mes vieux ans , Je passe à ce devoir mon temps , Au malheureux siècle où nous sommes.

Mais, las ! la perte de mon fils, Ses assassins d'orgueil bouffis, Ont toute ma vigueur ravie ; L'ingratitude et peu de soin Que montrent les grands au besoin De douleurs accablent ma vie.

Je ne désiste pas pourtant D'être dans moi-même content D'avoir vécu dedans le monde , Prisé (quoique vieil, abattu) Des gens de bien et de vertu ; Et voilà le bien qui m'abonde.

Nos jours passent comme le vent ; Les plaisirs nous vont décevant, Et toutes les faveurs humaines Sont hémérocalles d'un jour * :

Grandeurs, richesses et l'amour Sont fleurs périssables et vaines.

' Hémérocalles on éphémères, c'est ia mémo chose. Édit.

Nous avons tant perdu d'amis, Et de biens par le sort transmis Au pouvoir de nos adversaires; Néanmoins nous voyons du port D'autrui les débris et la mort, En nous éloignant des corsaires.

Ainsi puissions-nous voir long-temps Nos esprits libres et contents Sous l'influence d'un bon astre !

Que vive et meure qui voudra !

La constance nous résoudra Contre l'effort de tout désastre.

Le soldat remis par son chef, Pour se garantir de méchef , En état de faire sa garde, N'oseroit pas en déloger Sans congé, pour se soulager, Nonobstant que trop il lui tarde.

Ca*1 s'il procédoit autrement, Il seroit puni promptcment Aux dépens de sa propre vie.

Le parfait chrétien , tout ainsi , Créé pour obéir aussi , Y tient sa fortune asservie.

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