‹ PoésiesChapitre 29 sur 189 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Il n'est rien ici -bas d'éternelle durée ; Une chose qni plaît n'est jamais assurée ; L'épine suit la rose l , et ceux qui sont contents Ne le sont pas long-temps.

Et puis qui ne sait point que la mer amoureuse En sa bonace même est souvent dangereuse, Et qu'on y voit toujours quelques nouveaux rochers, Inconnus aux nochers ?

Déjà de toutes parts tout le monde m'éclaire ; Et bientôt les jaloux , ennuyés de se taire , Si les vœux que je fais n'en détournent l'assaut , Vont médire tout haut.

Peuple, qui me veux mal, et m'imputes à vice D'avoir été payé d'un fidèle service, Où trouves-tu qu'il faille avoir semé son bien, Et ne recueillir rien ?

Voudrois-tu que ma dame , étant si bien servie , Refusât le plaisir où l'âge la convie, Et qu'elle eût des rigueurs à qui mon amitié Ne sût faire pitié ?

Ces vieux contes d'honneur, invisibles chimères, Qui naissent aux cerveaux des maris et des mères, Ëtoient-ce impressions qui pussent aveugler Un jugement si clair?

I Hémistiche heureux. A. Chcmkk.

Non , non , elle a bien fait de m'être favorable , Voyant mon feu si grand et ma foi si durable; lit j'ai bien fait aussi d'asservir ma raison En si belle prison.

C'est peu d'expérience à conduire sa vie, De mesurer son aise au compas de l'envie , Et perdre ce que l'âge a de fleur et de fruit , Pour éviter un bruit.

De moi que tout le monde à me nuire s'apprête, Le ciel à tous ses traits fasse un but de ma tête ; Je me suis résolu d'attendre le trépas, Et ne la quitter pas.

Plus j'y vois de hasard, plus j'y trouve d'amorce : Où le danger est grand, c'est là que je m'efforce; En un sujet aisé moins de peine apportant, Je ne brûle pas tant.

Un courage élevé toute peine surmonte ; Les timides conseils n'ont rien que de la honte; Et le front d'un guerrier aux combats étonné, Jamais n'est couronné.

Soit la lin de mes jours contrainte ou naturelle, S'il plaît à mes destins que je meure pour elle, Amour en soit loué ! je ne veux un tombeau Plus heureux ni plus beau.

LIVRK I 33

STANCES

CONSOLATION A (AIUTEK

Ainsi quand Mausole tut mort, Artemise accusa le sort, De pleurs se noya le visage, Et dit aux astres innocents Tout ce que fait dire la rage Quand elle est maîtresse des sens.

Ainsi fut sourde au réconfort, Quand elle eut trouvé dans le porl La perte qu'elle avoit songée, Celle de qui les passions Firent voir à la mer Egée Le premier nid des Alcyons 2.

\. C'était, selon Ménage, la veuve d'un gentilhomme du Provence [M. Le uesque, seigneur de Saint-Étiennei. Edit.

'J. Mcyone, femme de Céyi Édit.

Vous n'êtes seule en ce tourment Qui témoignez du sentiment, O trop fidèle Caritée !

En toutes âmes l'amitié Des mêmes ennuis agitée Fait les mêmes traits de pitié.

De combien de jeunes maris , En la querelle de Paris, Tomba la vie entre les armes, Qui fussent retournés un jour, Si la mort se payoit de larmes, A Mycènes faire l'amour.

Mais le destin qui fait nos lois Est jaloux qu'on passe deux fois Au deçà du rivage blême; Et les dieux ont gardé ce don, Si rare que Jupiter même Ne le sut faire à Sarpédon.

Pourquoi donc, si peu sagement Démentant votre jugement, Passez-vous en cette amertume Le meilleur de votre saison , Aimant mieux plaindre par coutume Que vous consoler par raison ?

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