‹ PoésiesChapitre 30 sur 189 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Nature fait bien quelque effort Qu'on ne peut condamner qu'à tort; Mais que direz-vous pour défendre Ce prodige de cruauté, Par qui vous semblez entreprendre De ruiner votre beautés

Que vous ont fait ces beaux cheveux ,

Dignes objets de tant de vœux ,

Pour endurer votre colère?

Et, devenus vos ennemis,

Recevoir l'injuste salaire

D'un crime qu'ils n'ont point commis?

Quelles aimables qualités En celui que vous regrettez Ont pu mériter qu'à vos roses Vous ôtiez leur vive couleur, Et livriez de si belles choses A la merci de la douleur?

Remettez-vous l'ame en repos, Changez ces funestes propos; Et , par la fin de vos tempêtes , Obligeant tous les beaux esprits Conserve/, au siècle où vous êtes Ce que vous lui donnez de prix.

Amour, autrefois en vos yeu\ Pleins d'appas si délicieux , Devient mélancolique et sombre, Quand il voit qu'un si long ennui Vous fait consumer pour une ombre Ce que vous n'avez que pour lui.

S'il vous ressouvient du pouvoir Que ses traits vous ont fait avoir, Quand vos lumières étoient calmes , Permettez-lui de vous guérir, Et ne différez point les palmes Qu'il brûle de vous acquérir

Le temps d'un insensible cours Nous porte à la fin de nos jours; C'est à notre sage conduite, Sans murmurer de ce défaut, De nous consoler de sa fuite, En le ménageant comme il faut.

LIVRK I 37

Beauté, mou cher souci, de qui Famé incertaine A, comme FOcéan, son flux et son reflux, Pensez de vous résoudre à soulager ma peine, Ou je me résoudrai de ne la souffrir plus.

Vos yeux ont des appas que j'aime et que je prise, Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté, Mais pour me retenir, s'ils font cas de ma prise, Il leur faut de l'amour autant que de beauté.

Quand je pense être au point que cela s'accomplisse, Quelque excuse toujours en empêche l'effet; C'est la toile sans fin de la femme d'Ulysse, Dont l'ouvrage du soir au matin se défait.

Madame, avisez-y, vous perdrez votre gloire

De me l'avoir promis et vous rire de moi.

S'il ne vous en souvient, vous manquez de mémoire;

Ou s'il vous en souvient, vous n'avez point de foi.

.J'avois toujours fait compte, aimant chose si haute, De ne m'en séparer qu'avecque le trépas; S'il arrive auliement, ce sera votre faute, De faire des serments et ne les tenir pas.

STANCES

Page 1