LIVRE I
De la moins redoutable épée Qui lût parmi ses ennemis ?
Les Parques d'une même soie Ne dévident pas tous nos jours ; Ni toujours par semblable voie Ne font les planètes leur cours.
Quoi que promette la Fortune , A la fin quand on l'importune , Ce qu'elle avoit fait prospérer Tombe du faîte au précipice; Et, pour l'avoir toujours propice, 11 la faut toujours révérer.
Je sais bien que sa Carmagnole { Devant lui se représentant , Telle qu'une plaintive idole, Va son courroux sollicitant, Et l'invite à prendre pour elle Une légitime querelle; Mais doit-il vouloir que pour lui Nous ayons toujours le teint blême, Cependant qu'il tente lui-même Ce qu'il peut faire par autrui ?
Si vos yeux sont toute sa braise, Et vous la fin de tous ses vœux ,
I. 11 s'agit de la guerre de Savoie commencée en 1600, pour recouvrer le marquisat de saluées, dont le duc de Savoie s'était emparé en 1598. Carmagnole en est la capitale. Édit.
â2 POÉSIES.
Peut-il pas languir à son aise Dans la prison de vos cheveux ; Et commettre aux dures corvées Toutes ces âmes relevées , Que d'un conseil ambitieux La faim de gloire persuade D'aller sur les pas d'Encelade Porter des échelles aux cieux i ?
Apollon n'a point de mystère, Et sont profanes ses chansons, Ou , devant que le Sagittaire Deux fois ramène les glaçons, Le succès de leurs entreprises , De qui deux provinces conquises Ont déjà fait preuve à leur dam , Favorisé de la victoire, Changera la fable en histoire De Phaéton en l'Éridan.
Nice, payant avecque honte Un siège autrefois repoussé 2 , Cessera de nous mettre en compte Barberousse qu'elle a chassé ;
\. Allusion aux montagnes de Savoie. Edit.
2. C'est celui qui fut fait en 15i3 du côté de la terre par le comte d'Enghien, avec l'armée française, el du côté de la mer par une flotte turque, que commandiiit Barberousse, Philippe Doria, Génois, commandant la flotte de Charles-Quint, lit lever ce siège. Édit.