‹ PoésiesChapitre 69 sur 189 · EN MARS ET AVRIL · texte numérisé non relu

EN MARS ET AVRIL

Enfin après les tempêtes Nous voici rendus au port; Enfin nous voyons nos têtes Hors de l'injure du sort.

Nous n'avons rien qui menace De troubler notre bonace; Et ces matières de pleurs , Massacres, feux et rapines, De leurs funestes épines Ne gâteront plus nos fleurs.

IIVRK II K7

Nos prières sont ouïes ,

Tout est réconcilié ;

Nos peurs sont évanouies ,

Sedan s'est humilié.

A peine il a vu le foudre

Parti pour le mettre en poudre,

Que , faisant comparaison

De l'espoir et de la crainte ,

Pour éviter la contrainte

11 s'est mis à la raison

Qui n'eût cru que ses murailles, Que défendoit un lion , Eussent fait des funérailles Plus que n'en fit Jlion; Et qu'avant qu'être à la fête De si pénible conquête , Les champs se fussent vêtus Deux fois de robe nouvelle, Et le fer eût en javelle Deux fois les blés abattus?

Et toutefois, ô merveille !

Mon roi, l'exemple des rois, Dont la grandeur nonpaieille Fait qu'on adore ses lois , Accompagné d'un génie , Qui les volontés manie,

L'a su tellement presser D'obéir et de se rendre, Qu'il n'a pas eu pour le prendre Loisir de le menacer.

Toi qu'à vagues épandues Marche un fleuve impérieux , De qui les neiges fondues Rendent le cours furieux :

Rien n'est sûr en son rivage; Ce qu'il trouve il le ravage; Et traînant comme buissons Les chênes et leurs racines, Ote aux campagnes voisines L'espérance des moissons.

Tel , et plus épouvantable , S'en alloit ce conquérant , A son pouvoir indomptable Sa colère mesurant.

Son front avoit une audace Telle que Mars en la T h race ; Et les éclairs de ses yeux Étoient comme d'un tonnerre Qui gronde contre la terre, Quand elle a fâché les cieux.

Quelle vaine résistance A son puissant appareil

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