‹ PoésiesChapitre 70 sur 189 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

N'eût porté la pénitence Qui suit un mauvais conseil, Et vu sa faute bornée D'une chute infortunée, Comme la rébellion , Dont la laineuse folie Fit voir à la Thessalie Olympe sur Pélion !

Voyez comme en son courage, Quand on se range au devoir, La pitié calme l'orage Que l'ire a fait émouvoir. A peine lut réclamée Sa douceur accoutumée, Que d'un sentiment humain Frappé non moins que de charmes, 11 fit la paix , et les armes Lui tombèrent de la main.

Arrière, vaines chimères De haines et de rancueurs; Soupçons de choses amères , Éloignez-vous de nos cœurs :

Loin , bien loin , tristes pensées Où nos misères passées Nous avoient ensevelis.

Sous Henri, c'est ne voir goutte Que de révoquer en doute Le salut des fleurs de lis.

O roi , qui du rang des hommes

T'exceptes par ta bonté,

Roi, qui de l'âge où nous sommes

Tout le mal as surmonté;

Si tes labeurs, d'où la France

A tiré sa délivrance ,

Sont écrits avecque toi ,

Qui sera si ridicule

Qu'il ne confesse qu'Hercule

Fut moins Hercule que toi ?

De combien de tragédies , Sans ton assuré secours, Étoient les trames ourdies Pour ensanglanter nos jours! Et qu'auroit fait l'innocence, Si l'outrageuse licence, De qui le souverain bien Est d'opprimer et de nuire , N'eût trouvé pour la détruire Un bras fort comme le tien ?

Mon roi, connois ta puissance, Elle est capable de tout; Tes desseins n'ont pas naissance Qu'on en voit déjà le bout ; Et la fortune, amoureuse De ta Vertu généreuse,

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Trouve de si doux appas A te servir et te plaire , Que c'est la mettre en colère Que de ne l'employer pas.

Use de sa bienveillance, Et lui donne ce plaisir, Qu'elle suive ta vaillance A quelque nouveau désir.

Où que tes bannières aillent, Quoi que tes armes assaillent, Il n'est orgueil endurci Que brisé comme du verre A tes pieds elle n'atterre S'il n'implore ta merci.

Je sais bien que les oracles Prédisent tous qu'à ton (ils Sont réservés les miracles De la prise de Mempbis; Et que c'est lui dont l'épée , Au sang barbare trempée, Quelque jour apparoissant A la Grèce qui soupire , Fera décroître l'empire De l'infidèle Croissant.

Mais tandis que les années l'as à pas font avancer

L'âge où de ses destinées La gloire doit commencer ; Que iàis-tu que, d'une armée A te venger animée, Tu ne mets dans le tombeau Ces voisins, dont les pratiques 13e nos rages domestiques Ont allumé le flambeau ?

Quoique les Alpes chenues Les couvrent de toutes parts , Et fassent monter aux nues Leurs effroyables remparts; Alors que de ton passage On leur fera le message , Qui verront-elles venir Envoyé sous tes auspices, Qu'aussitôt leurs précipices Ne se laissent aplanir ?

Crois-moi, contente l'envie Qu'ont tant de jeunes guerriers D'aller exposer leur vie Pour t'acquérir des lauriers; Et ne tiens point otieuses Ces âmes ambitieuses, Qui, jusques où le matin Met les étoiles en fuite , Oseront sous ta conduite Aller quérir du butin

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Déjà le Tésin tout morne Consulte de se cacher, Voulant garantir sa corne, Que tu lui dois arracher; Et le Pô , tombe certaine De l'audace trop hautaine, Tenant baissé le menton Dans sa caverne profonde, S'apprête à voir en son onde Choir un autre Phaéton.

Va, monarque magnanime, Souffre à ta juste douleur Qu'en leurs rives elle imprime Les marques de ta valeur ; L'astre dont la course ronde Tous les jours voit tout le monde N'aura point achevé l'an Que tes conquêtes ne rasent Tout le Piémont , et n'écrasent La couleuvre j de Milan.

Ce sera là que ma lyre , Faisant son dernier effort, Entreprendra de mieux dire Qu'un cygue près de sa mort ,

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