‹ PoésiesChapitre 73 sur 189 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

La remontrance me dégage , Cela ne se peut nullement.

Qu'en ma seule mort soient finies Mes peines et vos tyrannies, Cela se peut facilement ; Mais que jamais par le martyre De vous servir je me retire, Cela ne se peut nullement.

STANCES

POUR

M LE DUC DE BELLEGARDE

\ ONE FEMME QUI s'ÉTOIT IMAGINÉ QU'IL ÉTOIT AMOUREUX D'ELLE.

Philis qui me voit le teint blême , Les sens ravis hors de moi-même, Et les yeux trempés tout le jour, Cherchant la cause de ma peine, Se figure, tant elle est vaine, Qu'elle m'a donné de l'amour .

Je suis marri que la colère Me porte jusqu'à lui déplaire; Mais pourquoi ne m'est-il permis De lui dire qu'elle s'abuse, Puisqu'à ma honte elle s'accuse De ce qu'elle n'a point commis?

En quelle école nonpareille Auroit-elle appris la merveille De si bien charmer ses appas, Que je pusse la trouver belle, Pâlir, transir, languir pour elle , Et ne m'en apercevoir pas ?

0 ! qu'il me seroit désirable Que je ne fusse misérable Que pour être en telle prison !

Mon mal ne m'étonneroit guères, Et les herbes les plus vulgaires M'en donneroient la guérison.

Mais, ô rigoureuse aventure !

Un chef-d'œuvre de la nature, Au lieu du monde le plus beau, Tient ma liberté si bien close, Que le mieux que je m'en propose, C'est d'eu sortir par le tombeau

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