LIVRE II. Ml
Poussés de nos mauvais destins, Ont assouvi leurs félonies, Par quels faits d'armes valeureux , Plus que nul autre aventureux , N'as-tu mis ta gloire en estime, Et déclaré ta passion Contre l'espoir illégitime De la rebelle ambition ?
Tel que d'un effort difficile
Un fleuve, au travers de la mer,
Sans que son goût devienne amer,
Passe d'Élide en la Sicile;
Ses flots, par moyens inconnus,
En leur douceur entretenus,
Aucun mélange ne reçoivent ,
Et dans Syracuse arrivant
Sont trouvés de ceux qui les boivent
Aussi peu salés que devant.
Tel entre ces esprits tragiques, Ou plutôt démons insensés, Qui de nos dommages passés Tramoient les funestes pratiques, Tu ne t'es jamais diverti De suivre le juste parti ; Mais, blâmant l'impure licence De leurs déloyales humeurs, As toujours aimé l'innocence Et pris plaisir aux bonnes mœurs.
u 2 Poésies.
Depuis que, pour sauver sa terre, Mou roi, le plus grand des humains.
Eut laissé partir de ses mains Le premier trait de son tonnerre , Jusqu'à la fin de ses exploits , Que tout eût reconnu ses lois , A-t-il jamais défait armée , Pris ville, ni forcé rempart, Où ta valeur accoutumée N'ait eu la principale part ?
Soit que près de Seine et de Loire 11 pavât les plaines de morts, Soit que le Rhône outre ses bords Lui vît faire éclater sa gloire, 'Ne l'as-tu pas toujours suivi, Ne l'as-tu pas toujours servi , Et toujours par dignes ouvrages Témoigné le mépris du sort Que sait imprimer aux courages Le soin de vivre après la mort ?
Mais quoi ! ma barque vagabonde Est dans les sirtes bien avant, Et le plaisir la décevant , Toujours l'emporte au gré de l'onde.
Bellegarde, les matelots Jamais ne méprisent les flots ,
uvm: Il 113
Quelque phare qui les éclaire; Je ferai mieux de relâcher, Et borner le soin de te plaire, Par la crainte de te fâcher
L'unique but où mon attente Croit avoir raison d'aspirer, C'est que tu veuilles m'assurer Que mon offrande te contente.
Donne-m'en d'un clin de tes yeux Un témoignage gracieux ; Et si tu la trouves petite , Ressouviens-toi qu'une action Ne peut avoir peu de mérite , Ayant beaucoup d'affection.
Ainsi de tant d'or et de soie Ton âge dévide son cours , Que tu reçoives tous les jours Nouvelles matières de joie!
Ainsi tes honneurs fleurissants De jour en jour aillent croissants Malgré la fortune contraire!
Et ce qui les fait trébucher, De toi ni de Tekmes , ton frère , Ne puisse jamais approcher !
Quand la faveur à pleines voiles, Toujours compagne de vos pas,
Vous feroit devant le trépas Avoir le front dans les étoiles , Et remplir de votre grandeur Ce que la terre a de rondeur; Sans être menteur, je puis dire Que jamais vos prospérités N'iront jusques où je désire, Ni jusques où vous méritez.
SONNET
A M. DE ELURANCE,