‹ PoésiesChapitre 90 sur 189 · A MADAME LA PRINCESSE DE CONTI · texte numérisé non relu

A MADAME LA PRINCESSE DE CONTI

TOUR M. LE DUC DE BELLEGARDE

Dure contrainte de partir, A quoi je ne puis consentir, Et dont je ne m'ose défendre, Que ta rigueur a de pouvoir, Et que tu me fais bien apprendre Quel tyran c'est que le devoir!

J'aurai donc nommé ces beaux yeux Tant de fois mes rois et mes dieux , Pour aujourd'bui n'en tenir compte, Et permettre qu'à l'avenir On leur impute cette bonté De n'avoir su me retenir !

< Fille de Huiiri, dur de Guise, dit le Balafré. Rdit.

Ils auront donc ce déplaisir Que je meurs après un désir Où la vanité me convie, Et qu'ayant juré si souvent D'être auprès d'eux toute ma vie, Mes serments s'en aillent au vent !

Vraiment je puis bien avouer Que j'aurois tort de me louer Par-dessus le reste des hommes; Je n'ai point d'autre qualité Que celle du siècle où nous sommes, La fraude et l'infidélité.

Mais à quoi tendent ces discours , O beauté, qui de mes amours Etes le port et le naufrage ?

Ce que je dis contre ma foi , ÏN'est-ce pas un vrai témoignage Que je suis déjà hors de moi?

Votre esprit, de qui la beauté Dans là plus sombre obscurité Se fait une insensible voie , Ne vous laisse pas ignorer Que c'est le comble de ma joie Que l'honneur de vous adorer

LIVKE II IV.)

Mais pourrois-je n'obéir pas Au Destin, de qui le compas Marque à chacun sou aventure , Puisqu'en leur propre adversité Les Dieux, tout-puissants de nature, Cèdent à la nécessité ?

Pour le moins j'ai ce reconfort, Que les derniers traits de la mort Sont peints en mon visage blême , Et font voir assez clair à tous Que c'est m'arracher a moi-même Que de me séparer de vous.

Un lâche espoir de revenir

Tâche en vain de m'entretenir,

Ce qu'il me propose m'irrite;

Et mes vœux n'auront point de lieu,

Si par le trépas je n'évite

La douleur de vous dire adieu.

SONNET

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