‹ PoésiesChapitre 96 sur 189 · LIVRE FI · texte numérisé non relu

LIVRE FI

Qui ne sait combien de mortelles Les ont fait soupirer pour elles, Et d'un conseil audacieux , En bergers, bêtes et satyres, Afin d'apaiser leurs martyres, Les ont fait descendre des cieux?

Xon, non, si je veux un remède, C'est de moi qu'il faut qu'il procède Sans les importuner de rien ; J'ai su faire la délivrance Du malheur de toute la France, Je la saurai faire du mien

Hâtons donc ce fatal ouvrage; Trouvons le salut au naufrage, Et multiplions dans les bois Les herbes, dont les feuilles peintes Gardent les sanglantes empreintes De la fin tragique des rois.

Pour le moins la haine et l'envie Ayant leur rigueur assouvie, Quand j'aurai clos mon dernier jour, Oranthe sera sans alarmes, Et mon trépas aura des larmes De quiconque aura de l'amour

A ces mots tombant sur la place. Transi d'une mortelle glace, Alcandre cessa de parler ; La nuit assiégea ses prunelles, Et son ame, étendant les ailes, Fut toute prête à s'envoler.

Que fais-tu , monarque adorable ?

Lui dit un démon favorable.

En quels termes te réduis-tu?

Veux-tu succomber à l'orage, Et laisser perdre à ton courage Le nom qu'il a pour ss vertu ?

N'en doute point, quoi qu'il arienne,

La belle Oranthe sera tienne;

C'est cbose qui^ne peut faillir.

Le temps adoucira les choses,

Et tous deux vous aurez des roses,

Plus que vous n'en sauriez cueillir

Page 1