‹ PoésiesChapitre 99 sur 189 · LIVRE II. 14J · texte numérisé non relu

LIVRE II. 14J

Fait de nouveaux efforts; Et de quelque souci qu'en veillant je me ronge, Il ne me trouble point comme le meilleur songe

Que je fais quand je dors

Tantôt cette beauté, dont ma flamme est le crime, M'apparoît à l'autel , où comme une victime

On la veut égorger ; Tantôt je me la vois d'un pirate ravie, Et tantôt la fortune abandonne sa vie

A quelque autre danger.

En ces extrémités la pauvrette s'écrie : Alcandre, mon Alcandre, ôte-moi, je te prie,

Du malbeur où je suis!

La fureur me saisit, je mets la main aux armes; Mais son destin m'arrête, et lui donner des larmes,

C'est tout ce que je puis.

Voila comme je vis, voilà ce que j'endure Pour une affection que je veux qui me dure

Au delà du trépas.

Tout ce qui me la blâme offense mon oreille ; Et qui veut m'alHiger, il tàut qu'il me conseille

De ne m'afûiger pas.

On me dit qu'à la tin toute chose se change,

Et qu'avecque le temps les beaux yeux de mon ange

Reviendront m'éclairer.

Mais voyant tous les jours ses chaînes se restreindre, Désolé que je suis, que ne dois-je point craindre,

Ou que puis-je espérer?

Non , non , je veux mourir, la raison m'y convie ; Aussi bien le sujet qui m'en donne l'envie

Ne peut être plus beau ; Et le Sort , qui détruit tout ce que je consulte , Me fait voir assez clair que jamais ce tumulte

N'aura paix qu'au tombeau.

Ainsi le grand Alcandre aux campagnes de Seine Faisoit, loin de témoins, le récit de sa peine,

Et se fondoit en pleurs.

Le fleuve en fut ému, ses nymphes se cachèrent, Et l'herbe du rivage, où ses larmes touchèrent,

Perdit toutes ses fleurs.

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