‹ PoésiesChapitre 11 sur 42 · SUR LE MESME PROPOS · texte numérisé non relu

SUR LE MESME PROPOS

Pour ce, aimez tant que vouldrez,

Suyvez assemblées et testes,

En la fin ja mieulx n'en vauldrez

Et si n'y romprez que vos testes :

Folles amours font les gens bestes :

Salmon en ydolatria ;

Samson en perdit ses lunetes [lunettes].

Bien est eureux qui riens n'y a !

Orpheiis, le doux menestrier, Jouant de fleustes et musetes, En fut en danger du murtrier Chien Cerberus à quatre testes ;

GRAND TESTAMENT

Et Narcisus, le bel honnestes,

En ung parfont puis [puits profond] se noya,

Pour l'amour de ses amouretes.

Bien est heureux qui riens n'y a !

Sardana, le preux chevalier,

Qui conquist le règne [royaume] de Crêtes,

En voulut devenir moullier [femme J

Et filler entre puceUettes,

David le roy, sage prophètes.

Crainte de Dieu en oublia.

Voyant laver cuisses bien faites.

Bien est eureux qui riens n'y a !

Amon en voulst [voulut] deshonnourer, Faignant de menger tarteletes, Sa soeur Thamar, et desflourer, Qui fut inceste deshonnestes ; Hcrodes — pas ne sont sornetes — Saint Jehan Baptiste en decola [décapita] Pour dances, satdx et chansonnetes.

Bien est eureux qui riens n'y a !

De moy, povre, je veuil parler ;

J'en fuz batu, comme à ru toiles [comme linges au ruisseau],

Tout nu, ja ne le quiers celer [je ne cherche pas à le cacher].

Qui me feist mascher ces groselles.

Fors Katherine de Vausselles ?

Noël le tiers est, qui fut là.

Mitaines à ces nopces telles [tels coups],

Bien est eureux qui riens n'y a !

Mais que ce jeune bacheler

Laissast ces jeunes bacheletes,

Non ! et le deust on vif brusler

Comme ung chevaucheur d'escouvetes [sorcier].

Plus doulces luy sont que civetes.

Mais toutesfoys fol s'y fya :

Soient blanches, soient brunetes.

Bien est eureux qui riens n'y a !

FRANÇOIS VILLON

Se celle que jadis servoie

De si bon cuer et loyaument,

Dont tant de maulx et grief z j'avoie,

Et souffroie tant de torment,

Se dist m'eust, au commencement,

Sa voulenté — mais nennil, las ! —

J'eusse mis paine aucunement [quelque peu]

De moy retraire de ses las [de me retirer de ses filets].

Quoy que je luy voulsisse dire,

Elle estoit preste d'escouter,

Sans m'acorder ne contredire ;

Qui plus, me souffroit acouter,

Joignant d'elle près m'accouter [accouder].

Et ainsi m'aloit amusant.

Et me souffroit tout raconter,

Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.

Abusé m'a et faict entendre Tousjours d'ung que ce fust ung aultre ; De farine, que ce fust cendre ; D'ung mortier, ung chappeau de faultre [feutre] ; De viel mâchefer, que fust peaultre [étain] ; D'ambesars, que ce fussent ternes [de coups de dé qui amènent [2 que c'étaient des coups qui amènent 3]; i r7 Toujours trompeur autruy engaultre [trompe] Et vent vecies [vessies] pour lanternes. —

Du ciel, une paelle d'arain ;

Des nues, une peau de veau ;

Du matin, qu'estoit le serain ;

D'ung trongnon de chou, ung naveau ;

GRAND TESTAMENT

D'orde cervoisc [de mauvaise bière], vin nouveau ; D'une truie, ung molin à vent ; Et d'une haie, ung escheveau :

D'ong gras abbé, ung poursuyvant.

Ainsi m'ont amours abusé,

Et pourmené de l'uys au pesle [au pêne].

Je croy qu'homme n'est si rusé,

Fust fin comme argent de coupelle,

Qui n'y laissast linge, drap, pelle,

Mais qu'il fust ainsi manié

Comme moy, qui partout m'appelle ;

L'amant remys et regnyé.

Je regny amours et despite [déteste] ;

Je deffy à feu et à sang.

Mort par elles me précipite,

Et ne leur en chault pas d'ung blanc.

Ma vielle ay mys soubz le banc.

Amans je ne suyvray ja mais :

Se jadis je fuz de leur ranc,

Je desclare que n'en suis mais [plus].

Car j'ay mys le plumail au vent :

Or le suyve qui a attente.

De ce me tais doresnavant,

Car poursuivre vueil mon entente [mon projet].

Et, s'aucun m'interroge ou tente

Comment d'amours j'ose mesdire,

Ceste parolle le contente :

« Qui meurt, a ses loix [le droit] de tout dire. »

FRANÇOIS VILLON

Je congnois approcher ma seuf [soif] ;

Je crache, blcinc comme coton,

Jacoppins gros comme ung esteuf [balle] :

Qu'est ce à dire ? que Jehanneton

Plus ne me tient pour valeton,

Mais pour ung viel usé roquart [Cheval].

De viel porte voix et le ton,

Et ne suys qu'ung jeune coquart [sotj,

Dieu mercy et Tacque Thibault,

Qui tant d'eau froide m'a fait boyre,

Mis en bas lieu, non pas en hault,

Menger d'angoisse mainte poire,

Enferré [mis aux fers]... Quant j'en ay mémoire,

Je pry pour luy et reliqua,

Que Dieu luy doint... et voire, voire,

Ce que je pense... et cetera.

Toutesfois, je n'y pense mal.

Pour luy, ne pour son lieutenant ; Aussi pour son officiai, Qui est plaisant et avenant ; Que faire n'ay du remenant.

Mais du petit maistre Robert ?...

Je les ayme, tout d'ung tenant.

Ainsi que fait Dieu le Lombart.

Si me souvient bien. Dieu mercis.

Que je feis, à mon partement [lors de mon départ], Certains laiz [legs], l'an cinquante six, Qu'aucuns, sans mon consentement,

GRAND TESTAMENT

Voulurent nommer Testament ; Leur plaisir fut, et non le mien ; Mais quoy ! on dit communément, Çu'ung chascun n'est maistre du sien.

Pour les révoquer ne le di [je ne le dis pas pour me dédire],

Et y courust toute ma terre,

De pitié ne suis refroidi

Envers le bastart de la Barre :

Parmy ses trois gluyons de fuerre,

Je luy donne mes vieilles nates ;

Bonnes seront pour tenir serre [tenir ferme],

Et soy soustenir sur les pâtes.

Et s'ainsi est [s'il se fait] qu'aucun n'eust pas

Receu les laiz que je luy mande,

J'ordonne qu'après mon trespas

A mes hoirs en face demande [il les réclame à mes héritiers].

Mais qui sont ilz ? si le demande :

Moreau, Provins, Robin Turgis.

De moy, dictes que je leur mande,

Ont eu jusqu'au lit où je giz.

Somme, plus ne diray qu'ung mot.

Car commencer veuil à tester :

Devant mon clerc Fremin, qui m'ot [m'entend]

S'il ne dort, je vueil protester

Que n'entens homme détester.

En ceste présente ordonnance ;

Et ne la vueil manifester

Sinon ou [au] royaume de France.

Je sens mon cuer qui s'affoiblist, Et plus je ne puis papier 'parler].

Fremin, sié toy près de mon Met, Que l'on ne me viengne espier !

Prens ancre tost, plume et papier, Ce que nomme escrips vistement ; Puys fay le partout coppier.

Et vecy le commancement.

Ou nom de Dieu, Père étemel,

Et du Filz que Vierge parit [engendra],

Dieu au Père coetemel.

Ensemble le Saint Esperit,

Çui sauva ce qu'Adam périt,

Et du pery pare les Cieubc...

(Qui bien ce croit, peu ne merit [mérite],

Gens mors estre faiz petiz Dieux.

Mors estoient, et corps et âmes.

En dampnée perdicion ;

Corps pourriz et âmes en flammes,

De quelconque condicion.

Toutesfois, fais excepcion

Des patriarches et prophètes ;

Car, selon ma concepcion,

Oncques n'eurent grant chault aux fesses,

Qui me diroit : « Qui vous fait mettre Si très avant ceste paroUe, Qui n'estes en théologie maistre ?

A vous est presumpcion folle. »

= GRAND TESTAMENT

C'est de Jhesus la parabolle, Touchant du Riche ensevely En feu, non pas en couche molle, Et du Ladre de dessus luy.

Se du Ladre cust vcu le doit ardre [brûler le doigt],

Ja n'en eust requis réfrigère [rafraîchissement],

N'au bout d'un de ses doiz aherdre Tsaisir],

Pour rafreschir sa maschouere.

Pyons 'les buveurs] y feront mate chiere [triste visage],

Çui boyvent pourpoins et chemise.

Puys que boiture [la boisson] y est si chiere,

Dieu nous en gard! bourde jus mise [blague à part].

Ou nom de Dieu, comme j'ay dit.

Et de sa glorieuse Mcre,

Sans pechié soit parfait ce dit

Par moy, plus mesgre que chimère,

Si je n'ay eu fièvre eufumere [éphémère],

Ce m'a fait divine clémence :

Mais d'autre dueil et perte amere

Te me tais, et ainsi commence :

Premier, je donne ma povre ame

A la benoiste Trinité,

Et la commande à Nostre Dame,

Chambre de la divinité.

Priant toute la charité

Des dignes neuf Ordres des cieulx.

Que par eulx soit ce don porté

Devant le Trosne précieux.

FRANÇOIS VILLON

Item, mon corps je donne et laisse A nostre grant mère la terre ; Les vers n'y trouveront grant gresse, Trop luy a fait fain dure guerre. Or luy soit délivré grant erre :

De terre vint, en terre tourne.

Toute chose, se par trop n'erre, Voulentiers en son lieu retourne.

Item, et à mon plus que père,

Maistre Guillaume de Villon

Qui esté m'a plus doulx que mère

A enfant levé de maillon [maillot],

— Degeté m'a de maint bouillon [sauvé de mainte aventure],

Et de cestuy pas ne s'esjoye [réjouit],

Si luy requiers à genouillon

Qu'il m'en laisse toute la joye —

Je luy donne ma librairie.

Et le Rommant du Pet au Deable,

Lequel maistre Guy Tabarie

Grossa [copia] qui est homs [homme] véritable.

Par cayers [cahiers] est soubz une table.

Combien qu'il soit rudement [maladroitement] fait,

La matière est si très notable,

Qu'elle amende [rachète] tout le mesfait,

Item, donne à ma povre mère

Pour saluer Nostre Maistresse,

Qui pour moy ot [souffrit] douleur amere,

Dieu le scet, et mainte tristesse :

GRAND TESTAMENT

— Autre chastel n'ay, ne fortresse,

Où me retraye [où je me retire] corps et ame,

Quand sur moy court malle destrer,se,

Ne ma mère, la povre femme ! —

BALLADE -ii^-'-^-^-

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