LXXXVIII
Item, donne à sire Denys
Hesselin, esleu de Paris,
Quatorze muys de vin d'Aulnis,
Prins sur Turgis, à mes perilz.
FRANÇOIS VILLON
S'il en beuvoit tant que periz
En fust son sens et sa raison,
Qu'on mette de l'eau es 'dans les^ barilz :
Vin per [perd] mainte bonne maison.
Item, donne à mon advocat, Maistre Guillaume Charruau, Quoy ? que l^rchant ot pour estât.
Mon branc... Je me tais du fourreau.
Il aura, avec ce, ung reau [pièce d'or] En change, îiffin que sa bource enfle, Prins sur la chaussée et carreau De la grant cousture [culture] du Temple.
Item, mon procureur Foumier
Aura, pour toutes ses corvées
— Simple seroit de l'espargnier —
En ma bource quatre havées [poignées]
Car maintes causes m'a sauvées.
Justes, ainsi — Jhesu Christ m'aide ! —
Comme elles ont esté trouvées ;
Mais bon droit a bon mestier [besoin] d'aide.
Item, je donne à maistre Jaques
Raguier le Grant Godet, de Grève,
Pourveu qu'il payera quatre plaques [monnaies de cuivre],
Deust il vendre, quoy qu'il luy griefve.
Ce dont on cueuvre mol et grève ;
Aller sans chausse, en eschappin [escarpin],
Se sans moy boit, assiet ou lieve,
Au trou de la Pomme de Fin.
GRAND TESTAJHEN7
Item, quant est de Merebeuf Et de Nicolas de Louviers, Vache ne leur donne ne beuf, Car vachiers ne sont, ne bouviers, Mais gens à porter esperviers,
— Ne cuidez pas que je me joue — Et pour prendre perdriz, plouviers, Sans faillir, sur la Maschecoue.
Item, viengne Robin Turgis A moy, je luy paieray son vin, Combien, s'il treuve mon logis, Plus fort sera que le devin.
Le droit lui donne d'eschevin, Qu'ay comme enfant né de Paris.
Se je parle ung peu poictevin, Ice m'ont deux dames apris,
Elles sont très belles et gentes | joliesj, Demourans à Saint Generou, Près Saint Julien de Voventes, Marche de Bretaigne ou Poictoo.
Mais i n". di proprement où Yqelles passent tous les jours ; M'arme ! i ne seu mie si fou.
Car i vueil [je veux] celer mes amours,
Item, à Jehan Raguier je donne, Qui est sergent, voire des Douze,
— Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne — Tous les jours une tallemouse [un gâteau],
FRANÇOIS VILLON
Pour bouter et fourrer sa mouse [son museau], Prinse à la table de Bailly ; A Maubué sa gorge arrouse, Car au mengier n'a pas failly.
Item, donne au Prince des Sotz
Pour ung bon sot Michault du Four,
Qui à la fois dit de bons motz
Et chante bien : Ma doulce amonr !
Je lui donne, avec le bonjour ;
Brief, mais qu'il fust ung peu en point,
Il est ung droit sot de séjour,
Et est plaisant où il n'est point.
Item, aux Unze Vingtz Sergens
Donne, car leur fait est honneste
Et sont bonnes et doulces gens,
Denis Richier et Jehan Vallette,
A chasciin une grant cornete 1 ruban de soie],
Pour pendre à leurs chappeaulx de faultre.
J'entends à ceulx à pié, hohetc !
Car je n'ay que faire des autres.
De rechief, je donne à Pemet,
— J'entens le bastart de la Barre —
Pour ce qu'il est beau fHz et net,
En son escu, en lieu de barre,
Trois dez plombez, de bonne carre [dimension],
Ou ung beau joly jeu de cartes...
En cultre aura les fièvres quartes.
GRAI^D TESTAMENT
Item, ne vueil plus que Cholet
Dolle [racle], trenche, douve ne boise [garnisse de bois],
Relie broc ne tonnelet,
Mais tous ses houstilz [outils] changer voise [aille],
A [pour] une espée lyonnoise,
Et retiengne le hutinet [maillet] :
Combien qu'il n'ayme bruyt ne noise.
Si luy plaist il ung tantinet.
Item, je donne à Jehan le Lou,
Homme de bien et bon marchant,
Pour ce qu'il est linget [mince] et flou,
Et que Cholet est mal serchant,
Ung beau petit chiennet couchant
Qui ne laira poullaille en voye,
Ung long tabart et bien cachant
Pour les musser [cacher], qu'on ne les voye.
Item, à rOrfevre de boys.
Donne cent clouz, queues et testes,
De gingembre sarrazinois.
Non pas pour acomplir ses boetes.
Mais pour conjoindre culz en coetes.
Et couldre jambons et andouUes,
Tant que le lait en monte es têtes,
Et le sang en devalle es coulles.
Au cappitaine Jehan Riou,
Tant pour luy que pour ses archiers.
Je donne six hures de lou.
Qui n'est pas viande à porchiers,
FRANÇOIS VILLON <
Prins à gros mastins de bouchiers, Et cuites en vin de buffet.
Pour mengier de ces morceaubc chiers, On en feroit bien ung malfait.
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C'est viande ung peu plus pesante, Que duvet, ne plume, ne liège.
Elle est bonne à porter en tente, Ou pour user en quelque siège.
S'ilz estoient prins en un piège.
Que ces mastins ne sceussent courre, J'ordonne, moy qui suis bon miege [médecin], Que des peaulx, sur l'iver, se fourre.
Item, à Robinet Trascaille,
Qui en service s'est bien fait,
— A pié ne va comme ime caille,
Mais sur rouan [cheval roux] gros et reffaict —
Je luy donne, de mon buffet.
Une jatte qu'emprunter n'ose ;
Si aura mesnage parfait :
Plus ne luy failloit [il ne lui manquait rien] autre chose.
Item, donne à Perrot Girart, Barbier juré du Bourg la Royne, Deux bacins et ung coquemart.
Puis qu'à gaigner met telle paine, Bes ans y a demi douzaine.
Qu'en son hostel, de cochons gras M'apatella [il me nourrit] une sepmaine, Tesmoing l'abesse de Pourras.
Item, aux Frères mendians, Aux Dévotes et aux Béguines, Tant de Paris que d'Orléans, Tant Turlupins que Turlupines, De grasses souppes jacoppines Et flaons leur fais oblacion ; Et puis après, soubz les courtines, Pai-ler de contemplacion.
Si ne suis je pas qui leur donne.
Mais de tous enffans sont les mères,
Et Dieu, qui ainsi les guerdonne [récompense],
Pour qui seuffrent paines ameres.
Il faut qu'ilz vivent, les beaulx pères,
Et mesmement ceulx de Paris.
S'ilz font plaisir à nos commères,
Ilz ayment ainsi leurs maris.
Quoy que maistre Jehan de Poullieu En voulsist dire, et reliqua, Contraint et en publique lieu, Voulsist ou non, s'en révoqua.
Maistre Jehan de Mehun s'en moqua.
De leur façon si fist Mathieu.
Mais on doit honnorer ce qu'a Honnoré l'Eglise de Dieu.
Si me soubmectz — leur serviteur En tout ce que puis faire et dire A les honnorer de bon cuer, Et servir, sans y contredire ;
FRANÇOIS VILLON =^
L'homme bien fol est d'en mesdire,
Car, soit à part ou en preschier,
Ou ailleurs, il ne fault pas dire,
Se gens sont pour eux revenchier [se venger].
ex
Item, je donne à frère Baude,
Demourant en l'ostel des Carmes,
Portant chiere [visage] hardie et baude [joyeux],
Une sallade et deux guysarmes,
Que de Tusta et ses gens d'armes
Ne lui riblent [pillent] sa caige vert,
Viel est : s'il ne se rent aux armes,
C'est bien le deable de Vauvert.
Item, pour ce que le Scelleur
Maint estront [étron] de mouche a masché,
Donne — car homme est de valeur —
Son seau davantage craché,
Et qu'il ait le poulce escaché.
Pour tout empreindre à une voye ;
J'entens celluy de l'Evesché,
Car les autres, Dieu les pourvoye !
Quant des auditeurs messeigneurs.
Leur granche [grange] ilz auront lambroissée [lambrissée];
Et ceulx qui ont les culz rongneux,
Chascun une chaire percée
Jîais qu'à la petite Macée
D'Orléans, qui ot ma sainture,
L'amende soit bien havdt tauxée [taxée] :
EUe est une mauvaise ordure.
GRAND TESTAMENT
Item, donne à maistre Françoys, Promoteur de la Vacquerie, Ung hault gorgerin d'escossoys, Toutesfois sans orfaverie ; Car, quant receut chevallerie, Il maugréa Dieu et sainct George.
Parler n'en oit qui ne s'en rie, Comme enraigé, à plaine gorge.
Item à maistre Jehan Laurens,
Qui a les povres yeulx si rouges,
Pour le pechié de ses parens
Qui burent en barOz et courges.
Je donne l'envers de mes bouges [pochesj,
Pour tous les matins les torcher ;
S'il fust arcevesque de Bourges,
Du sendail eust [il aurait eu], mais il est chier.
Item, à maistre Jehan Cotart,
Mon procureur en court d'Eglise,
Dévoyé environ ung patart [monnaie d'Artois],
— Car à présent bien m'en advise —
Quant chicaner me feist Denise,
Disant qne l'avoye mauldicte ;
Pour son ame, qu'es cieulx soit mise !
Cette oroison j'ay cy escripte.