‹ PoésiesChapitre 2 sur 42 · NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE

louables projets, il s'épuise en brefs efforts, trop souvent avortés, hélas ! pour se tirer de l'ornière où chaque jour l'enfoncent davantage sa nonchalance et sa légèreté. Ces confidences si franches et si déchirantes constituent la principale originalité de Villon. Leur désolation infinie les rend toutes modernes d'accentJjTous les poètes qui auront à parler de leur cœur se souviendront du pauvre escholier, et à la fin du siècle dernier, les repentirs naïfs de Verlaine furent comme un écho plus doux, et riche en sonorités plus lointaines des repentirs de maitre François.

^nifiatPiir ir.nr.r.i^^i^ Hn lyrif^tme personnel en jYance. Villon ne le cède pas aux plus grands poètes pour le dévelop- ■ pement des thèmes généraux.^LIidée de la mort, dont il fut sans cesse poursuivi, lui inspira quelques strophes\auxquelles rien, dans notre langue, ne saurait être comparé. A vrai dire, dans son siècle, la hantise de la mort était chose commune. A ; cette époque, en effet, le moyen Age mystique a pris fin. La mort n'est plus considérée comme une renaissance glorieuse de l'âme au sein d'Abraham, dans les délices du Paradis, on n'y voit plus que l'anéantissement brutal de tous les appétits charnels et de toutes les jouissances. Sur l'air guilleret d'un violon qui racle un tibia, le hideux squelette conduit au même terme et par les mêmes chemins l'Empereur et l'Aveugle, le Pape et le Mendiant, le Truand et le Chevalier. Villon, que les flâneries de son enfance avaient dû souvent mener au Charnier des Innocents, situé à l'emplacement où s'élèvent maintenant les Halles, avait gardé très vif au cœur le souvenir des images grimaçantes de la Danse macabre peinte à fresque sur les parois du vaste ossuaire. Avec l'âge, son tempérament sensuel lui fit voir dans la mort ce qu'elle a de plus particulièrement désolant pour les amoureux des belles formes vivantes. Sensuels et artistes eux aussi, les Grecs n'ignoraient rien des mystères de la mort, mais ils préféraient en détourner les yeux. Ils gravaient sur la stèle l'image ==^=== 13 .====

FRANÇOIS VILLON ==^=^== radieuse du vivant et se souciaient peu de ce qui se passait ensuite dans la tombe. Le christianisme, pour inspirer l'humilité, obligea les hommes à porter leur attention sur la corruption de la chair, aussi tout le réalisme macabre vient-il de lui. L'originalité particulière de Villon est précisément d'avoir alHé au sentiment tout païen de la plastique des formes vivantes, la vision lamentable de leur anéantissement Plus que par la verdeur et l'éclat de son style, plus que par ses confidences touchantes, c'est par là qu'il est immortel.

PETIT TESTAMENT

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