‹ PoésiesChapitre 30 sur 42 · QUE VILLON BAILLA. A MONSEIGNEUR DE BOURBON · texte numérisé non relu

QUE VILLON BAILLA. A MONSEIGNEUR DE BOURBON

Le mien seigneur et prince redoubté, Fleuron de Lys, royalle geniture, Françoys Villon, que Travail a dompté A coups orbes [aveugles], par force de bature, Vous supplie, par ceste humble escripture,

Que lui faciez quelque gracieux prest.

De s'obliger en toutes cours est prest : Si ne doubtez que bien ne vous contente. Sans y avoir dommaige n'interest, Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

A prince n'a ung denier emprunté,

Fors [sauf] à vous seul, vostre humble créature.

De six escus que luy avez preste.

Cela pieça il meist en nourriture.

Tout se paiera ensemble, c'est droiture,

Mais ce sera legierement et prest :

Car, si du gland rencontre en la forest

D'entour Patay, et chastaignes ont vente,

Paie serez sans delay ny arrest :

Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

Si je peusse vendre de ma santé

A ung Lombart, usimer par nature,

Faulte d'argent m'a si fort enchanté

Qu'en prendroie, ce cuide, l'adventure.

Argent ne pend à gippon [tunique] n'a sainture ;

Beau sire Dieux ! je m'esbaiz que c'est,

Que devant moy croix ne se comparoist.

Si non de bois ou pierre, que ne mente ;

Mais s'unc fois la vroye m'apparoist.

Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

Envoi.

Prince du Lys, qui à tout bien complaist, Que cuidez vous comment il me desplaist, Quand je ne puis venir à mon entente ? Bien entendez ; aidez moy, s'il vous plaist i Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

SL'SCRIPTION DE LADICTE BEQL'ESTE

Allez, lettres, faictes ung sault.

Combien que n'ayez pié ne langue,

Remonstrez, en vostre harangue.

Que faulte d'argent si m'assault [m'accable].

FRANÇOIS VILLON

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