‹ PoésiesChapitre 31 sur 42 · EN FORME DE BALLADE A SES AMIS · texte numérisé non relu

EN FORME DE BALLADE A SES AMIS

Aiez pitié, aiez pitié de moy,

A tout le moins, si vous plaist, mes amis !

En fosse giz, non pas soubz houx ne may,

En cest exil ouquel je suis transmis

Par Fortune, comme Dieu l'a permis.

Filles, amans, jeunes gens et nouveaulx,

Danceurs, saulteurs, faisans les pies de veaux,

Vifz comme dars, aguz [aigus] comme aguillon,

Gousiers [gosiers] tintans cler comme cas:aveaux [grelots J,

Le lesserez là, le povre Villon ?

Chantres chantans à plaisance, sans loy,

Galans, rians, pledsans en faiz et diz,

Courens, alans ; francs de faulx or, d'aloy,

Gens d'esperit, ung petit estourdiz.

Trop demourez, car il meurt entandiz [cependant],

Faiseurs de laiz, de motès et rondeaux.

Quant mort sera vous lui ferez chaudeaux [des soupirs].

Où gist, il n'entre escler ne tourbillon ;

De murs espoix on luy a fait bandeaux :

Le lesserez là, le povre Villon ?

Venez le veoir en ce piteux arroy [équipage]. Nobles hommes, francs de quart et de dix, Qui ne tenez d'empereur ne de roy, Mais seulement de Dieu de Paradiz.

Jeûner lui fault dimenches et merdiz, Dont les dens a plus longues que ratteaux. Après pain sec — non pas après gasteaux — En ses boyaulx verse eau à gros bouillon ; Bas en terre, table n'a ne tresteaulx : Le lesserez là, le povre Villon ?

Envoi.

Princes nommez, anciens, jouvenceaux,

Impetrez moy [obtenez-moi] grâces el royaubc seaux,

Et me montez en quelque corbillon,

Ainsi se font, l'un à l'autre, pourceaux,

Car, où l'un brait, Uz fuyent à monceaux.

Le lesserez là, le povre VUlon ?

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