‹ PoésiesChapitre 34 sur 42 · ESTRE PENDU AVEC EUX · texte numérisé non relu

ESTRE PENDU AVEC EUX

Frères humains, qui après nous vivez, N'ayez les cuers contre nous endurcis, Car, se pitié de nous povres avez.

Dieu en aura plus tost de vous mercis.

FRANÇOIS VILLON

Vous nous voiez cy attachez cinq, six ;

Quant de la chair, que trop avons nourrie,

Elle est pieça [déjà] dévorée et pourrie.

Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.

De nostre mal personne ne s'en rie.

Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez

Avoir desdaing, quoy que fusmes occis

Par justice. Toutesfois, vous sçavez

Que tous hommes n'ont pas bon sens assis :

Excusez nous — puis que sommes transsis —

Envers le filz de la Vierge Marie,

Que sa grâce ne soit pour nous tarie.

Nous préservant de l'infernale fouldre.

Nous sommes mors, ame ne nous harie [importune] ;

Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

La pluye nous a buez [détrempés] et lavez,

Et le soleil desechez et noircis ;

Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez.

Et arraché la barbe et les sourcilz,

Jamais, nul temps, nous ne sommes assis ;

Puis ça, puis la, comme le vent varie,

A son plaisir sans cesser nous charie.

Plus becquetez d'oiseaulx que dez à couldre.

Ne soiez donc de nostre confrairie.

Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

Envoi.

Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,

Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :

A luy n'ayons que faire ne que soiildre [régler].

Hommes, icy n'a point de mocquerie.

Mais priez Dieu que toixs nous vueille absouldre!

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