‹ PoésiesChapitre 36 sur 42 · ORLÉANS A BOURGOGNE · texte numérisé non relu

ORLÉANS A BOURGOGNE

Des nouvelles d'Albion S'il vous en plaist escouter, Mon frère et mon compaignon, Sachez qu'à mon retourner, J'ay esté, deçà la mer, Receu à joyeuse chiere.

Et a fait le Roy passer.

En bons termes, ma matière.

Je doy estre une saison [bientôt] Eslargi pour pourchasser La paix aussi ma raençon ; Se je puis seurté trouver Pour aler et retourner, Il fault qu'en haste la quiere, Se je vueil brief achever, En bons termes, ma matière.

Or, gentil Duc Bourgongnon, De ce cop [coup] vueilliez m'aydier, Comme mon intencion Est vous servir et amer.

Tant que vif pourray durer.

En vous ay fiance entière, Que m'ayderez à finer [mener à terme], En bons termes, ma matière.

CHARLES D'ORLEANS

Envoi

Mes amis fault esprouver S'ilz vouldront à ma prière Me secourir pour mener, En bons termes, ma matière,

BALLADE

Visaige de baffe venu [tête à gifle] Confit en composte [enduit] de vin, Menton rongneux et peu barbu.

Et dessiré [déchiré] comme un coquin, Malade du mal saint Martin, Et aussi ront q'un tonnellet ; Dieu le me sauve ce varlet !

Il est enroué devenu, Car une pouldre de raisin L'a tellement en l'ueil féru [frappé] Qu'endormy l'a, comme un touppin [bouchon] ; Il y pert un chascun matin, Car il en a chault le touppet ; Dieu le me sauve ce varlet !

Rompre ne sauroit un festu, Quant il a pincé, un loppin.

Saint Poursain qui l'a retenu Son chier compaignon et cousin, Combien qu'ayent souvent hutin [querelle], Quant ou cellier sont en secret !

Dieu le me sauve ce varlet !

BALLADES

Envoi

Prince, pour aler jusqu'au Rhin, D'un baril a fait sou ronssin, Et ses espérons d'un foret ; Dieu le me sauve ce varlet !

BALLADE

Amour qui tant a de puissance Qu'il fait vieilles gens rassoter [devenir bêtes], Et jeunes plains d'oultrecuidance, De tous estas se scet meller, Je l'ay congneu pieçà au cler, n ne fault jà que je le nye, Parqnoy dis et puis advouer Ce n'est fors que [rien que[ plaisant folie.

A droit compter, sans decevance, Quant un amant vient demander Confort de sa dure grevance, Que vouldroit il faire ou trouver ?

Cela, je ne l'ose nommer ; Au fort, il faiilt que je le die, Ce qui fait le ventre lever ; Ce n'est fors que plaisant folie.

Bien sçay que je fais desplaisance Aux amoureux, d'jiinsi parler Et que j'acquier leur malvueillance ; Mais, s'il leur plaist me pardonner, Je leur prometz qu'au par aler, Quant leur chaleur est refroidie, Dz trouveront que, sans doubter.

Ce n'est fors que plaisant foUe.

CHARLES D'ORLEANS

Envoi

Prince, quant un prie d'amer, Se l'autre si veult accorder, Il n'y a plus, sans moquerie ; Laissiez les ensemble jouer, Ce n'est fors que plaisant folie.

Page 1