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Poesies fugitives

Qui a pu me déterminer à publier , et sur- , tout à publier si tard le recueil de mes poésies fugitives? Sans doute, occupé, depuis un assez grand nombre d’années , d’objets beaucoup plus graves que les légères productions soumises aujourd’hui au jugement du public , j’aurais dû peut-être les oublier entièrement , comme il les a vraisemblablement oubliées lui-même. Je dois donc dès- lors^kii rendre compte d’une partie de mes motifs. J’ai moins recherché le frivole honneur d’appeler de nouveau son attention sur ces bagatelles, que

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l’honneur plus solide de prouver que je savais me rendre moi-même justice , en ne plaçant sous ses yeux que ce qui m’a paru être le moins incomplet et le moins défectueux dans ce qui est naguère échappé à ma plume. En effet , parmi les poésies de ma jeunesse , il en est que j’ai cru devoir retrancher , et qu’on ne retrouvera point ici , non pas que je me

sois jamais rien permis de contraire à mes principes connus , mais par des motifs plus honorables que l’on saura apprécier.

Quoique ce même public doive toujours être resp«<^é , on conçoit que, dans un recueil périodique , tel qu’était , par exemple , celui de la société des Dîners du Vaudeville , qui me compta au nombre de ses fondateurs , on

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n’était pas toujours le maître de donner à ces légères conceptions tout l’agrément dont elles étaient susceptibles. Les sujets étant tirés au sort , l’époque de l’impression étant fixée , tout dépendait souvent des dispositions plus ou moins heureuses où se trouvait alors l’auteur. Mais lorsqu’on prend de soi-même la détermination de paraître au grand jour , on doit bien moins encore s’exposer au hasard de s’être trop précipité. J’ai donc dû faire

disparaître , autant qu’il était en moi , les pre-

mières et les plus grandes incorrections qui se trouvaient dans ces petits ouvrages , tou-

jours , et presque nécessairement , faits à la hâte. Je sais bien qu’il ne faut pas se montrer

soi-même plus sévère que ses juges; mais quel

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PREFACE

est l’auteur qui a jamais encouru ce reproche! Je sais bien encore qu’un certain air de négligence sied h ce genre de productions , auxquelles il ne faut pas donner plus d’importance qu’elles ne méritent. Mais si , d’un côté , de simples bluettes, de légères esquisses trop travaillées , perdent une partie de leur prix , de l’autre au moins , le lecteur sait gré au poète du désir qu’il témoigne et du soin qu’il prend . de lui plaire. Cette apparence de recherche ,

mêlée* d’un peu de coquetterie, a toujours

droit de le flatter , lorsqu’elle ne sent ni la gêne ni la contrainte.

En littérature , le genre le plus frivole , la

chanson même , a son style qui lui est propre,

tantôt léger et badin , tantôt naïf et moral ,

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PREFACE

tantôt malin et épigrammatique , tantôt vif et

touchant. C’est donc s’exposer aux traits d’une juste et sévère critique , que de ne pas étudier le goût d’un monde pour lequel on écrit , avant de lui livrer même cette sorte d’ouvrages.

Pour jeter dans ce recueil de poésies fugitives quelque variété , j’ai cru devoir les renfermer dans les trois divisions suivantes. La

première contient les épîtres ; la seconde , les romances ; la troisième , les chansons.

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K PITRES

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