ÉPURES
Avant qu’on ne l’eût décrété, -
Tu vois -qu’on connoissoit en France
Le beaü droit de l’égalité.
Et ce jeu , du moins je le pense , . -,
Bien avant nous lut inventé..
Folâtrant avec nos grand-mères, •
Ainsi le veut l’ordre des tems ,
Dont la ta arche ne change guères A ces jeux ■' jouoient nps grands-pères Quand ils étoienf petits. enfans.
De même , à ces jeux innecens ,
. Si les destins te 'sont prospères,
Tu pourras voir , en cheveux blancs, Tes petits-fils un peu bruyans Faire le tourment de leurs frères Ét le charme de tes yieutf ans.
Mais je m’éloigne de ma thèse,- > Car tu n’en es pas là , vraiment ; -
Et, mon bon ami , franchement,
Pour mon compte j’en suis fort aise.
ÉPITRES
Or, un jeune enfant, comme.toi ,
Mais Bien moins que toi raisonnable,
Saijs qu’on sache trop bien pourquoi ,
De. l’équilibre invariable Crut changer l’éternelle loi.
Voici le fait très-véritable:. >
Ayant pris en affection •
L’un des hommes en question , n L’ autre à l’instaiît , par cela même ,
Eut. toute son aversion.
Il étoit jaune , il étoit blême ; • ' - .
Il avoit de longs bras hideux ,
La bouche énorme , les yeux creux ;
Le nez d’une grosseur extrême. iv..*.. ■
Et certe , ou ne se trompoit pas! * . •
Bref,- il déplut : vôilà se$ crimes.
Mais quel, nez , quejs yeux et quels bras , Peut-on faire pour troi^ centimes !
ÉPITRES. 47
L’autre étoit un anymr auprès.
Entre nous , prévention pure !
D’ailleurs juge-t-on, sur Tes traits?
Le coeur fait «passer la figure. *
Au bon-homme disgracié *
Il fut défendu par le maître ,
De-lever, de faire paroître . -
Son marteau, son bras et son pié.
Plaisirs , ipouvemens , grand tapage ,
Tout spra pour le bon ami : •*’ ■>
Nous ne 1 vçulons rien à demi , • •
Rien qu’avpc un autre on partage. ‘
Ainsi l’on raisonne à cèt âge ,
Voire peut-être au nôtre aussi :
C'est grand dommage... En sa disgrâce,
Rien n’alarme un tel concurrent.
L’autre au poste d’honneur se place A son toür, il en fait autant,' ,
Et qupi qu’on dise , quoi qu’on fasse ,
ÉPITRES
A son tour , fl passe ^jrepasse ,
Prêt à frapper au même instant,
Dès que l’autre a quitte la place.
Je sais bien qui n’est -pas •gîtent J Monseigneur Fanfan s’embarrasse , Pleure, et fait mainte autre fefimace:.
« Quoi, lorsque je. l’ai défendu !
Je saurai punir ton audace » ■* '
Mais , ce qu’il n’avoit pas prévu , Tandis qu’en son dépit extrême,
Il le tient em l’air étendu , ’ . r - •
‘ L’autre resté arrêté de même , . .
Ét voilà le jeu suspendu. • V.-
Monsieur Tranchant, le’ bon ajjôtre ,
Nu us comprimant san s notre* a veu ;
Laissez-nous 'finir notre jeu , '. ,
Si vous voulez fairé le vôtre. *. -
Là TENDRESSE MATERNELLE.
A AtEXA-NDnÏNE.
•A TOUTEsJes heutes du jour ,
Se trahit l’ardeur maternelle ;
La nuit surtout par son amour -, .
La nuit , la mère se décèle-.
Pour charmer les ennuis , les soin!* . \
Et les fatigues de là veillé ,
. Profondément çlle sommeille ; - . * ‘ . »
Tout semble l’ânnoncer au moins
Mais toujours ja tendresse veillé. . ‘
Aussi ,1e moindre mouvement.,
Le plus léger frémissement > • .
5o ÉPÏTRES.
Tout-cn suspens tient son oreille ,
• • Et toujours-dé son çhèr enfant, 1 , - ' Le premier soupir la réineillq.;
C’est son premier cri qu’elle entend. ( D’un mal iihprévu Fapparence Semble à peine %e déclarer s
Le docteur, malgré sa science,
N’a rien encor Su pénétrer ,
Et , fort de son expérience , . . ,
Il croit pouvoir se rassurer.
Mais déjà , mieûx que. lui y la-mère Sait ce qu’jl faut craindre, espérer L’amour à tout “moment l’éclàire , . .
Et l’amour peut-il l’égarer ?
Il est mille foibles nuances
Qui n’échappent point à son cœur ,
Mille légères circonstances .
Que rapproche^ sa; ,vive ardeur , ,
Et mille petites souffrances- Qui ne trompent point sa douleur'.
ÉPÏTRES.
' Çet oeil moins serein que la veillé ,
Ce visage encore altéré ,
Cette boueHe. un peu moins', vermeille ; Ce front Hier dccqloré ,
Tout rémuet.... .ce .qui l’environne De ses frayeurs est étonné-:
Ces riens-là n’on^ frappé personne ;
Elle a tout vu , tout deviné.
Déjà sbti oeil, que sa tendresse . ,
Sur son enfant» tient arrêté ,
A saisi le mal qui l’oppresse j - ' ' .
Mieux que toute la Faculté : *
Le remède est fait., le mal cesse ,
L’enfant a repris sa gaîté ,
A sa mère qui le caresse .. * -,
Il a souri , de volupté. •
Et 1 le signal de l’àlfégresse '
Renaît dans ce cœur attristé- * iNon , tu n’es point une chimère ,
De l’àmour instinct bienfaiteur ;
ÉPITRES
Iroreille j les yeux et le cœur ,
Tout ne fait.' qu’un, chez une raère. ...