‹ Poesies fugitivesChapitre 15 sur 59 · ÉPURES · texte numérisé non relu

ÉPURES

Avant qu’on ne l’eût décrété, -

Tu vois -qu’on connoissoit en France

Le beaü droit de l’égalité.

Et ce jeu , du moins je le pense , . -,

Bien avant nous lut inventé..

Folâtrant avec nos grand-mères, •

Ainsi le veut l’ordre des tems ,

Dont la ta arche ne change guères A ces jeux ■' jouoient nps grands-pères Quand ils étoienf petits. enfans.

De même , à ces jeux innecens ,

. Si les destins te 'sont prospères,

Tu pourras voir , en cheveux blancs, Tes petits-fils un peu bruyans Faire le tourment de leurs frères Ét le charme de tes yieutf ans.

Mais je m’éloigne de ma thèse,- > Car tu n’en es pas là , vraiment ; -

Et, mon bon ami , franchement,

Pour mon compte j’en suis fort aise.

ÉPITRES

Or, un jeune enfant, comme.toi ,

Mais Bien moins que toi raisonnable,

Saijs qu’on sache trop bien pourquoi ,

De. l’équilibre invariable Crut changer l’éternelle loi.

Voici le fait très-véritable:. >

Ayant pris en affection •

L’un des hommes en question , n L’ autre à l’instaiît , par cela même ,

Eut. toute son aversion.

Il étoit jaune , il étoit blême ; • ' - .

Il avoit de longs bras hideux ,

La bouche énorme , les yeux creux ;

Le nez d’une grosseur extrême. iv..*.. ■

Et certe , ou ne se trompoit pas! * . •

Bref,- il déplut : vôilà se$ crimes.

Mais quel, nez , quejs yeux et quels bras , Peut-on faire pour troi^ centimes !

ÉPITRES. 47

L’autre étoit un anymr auprès.

Entre nous , prévention pure !

D’ailleurs juge-t-on, sur Tes traits?

Le coeur fait «passer la figure. *

Au bon-homme disgracié *

Il fut défendu par le maître ,

De-lever, de faire paroître . -

Son marteau, son bras et son pié.

Plaisirs , ipouvemens , grand tapage ,

Tout spra pour le bon ami : •*’ ■>

Nous ne 1 vçulons rien à demi , • •

Rien qu’avpc un autre on partage. ‘

Ainsi l’on raisonne à cèt âge ,

Voire peut-être au nôtre aussi :

C'est grand dommage... En sa disgrâce,

Rien n’alarme un tel concurrent.

L’autre au poste d’honneur se place A son toür, il en fait autant,' ,

Et qupi qu’on dise , quoi qu’on fasse ,

ÉPITRES

A son tour , fl passe ^jrepasse ,

Prêt à frapper au même instant,

Dès que l’autre a quitte la place.

Je sais bien qui n’est -pas •gîtent J Monseigneur Fanfan s’embarrasse , Pleure, et fait mainte autre fefimace:.

« Quoi, lorsque je. l’ai défendu !

Je saurai punir ton audace » ■* '

Mais , ce qu’il n’avoit pas prévu , Tandis qu’en son dépit extrême,

Il le tient em l’air étendu , ’ . r - •

‘ L’autre resté arrêté de même , . .

Ét voilà le jeu suspendu. • V.-

Monsieur Tranchant, le’ bon ajjôtre ,

Nu us comprimant san s notre* a veu ;

Laissez-nous 'finir notre jeu , '. ,

Si vous voulez fairé le vôtre. *. -

Là TENDRESSE MATERNELLE.

A AtEXA-NDnÏNE.

•A TOUTEsJes heutes du jour ,

Se trahit l’ardeur maternelle ;

La nuit surtout par son amour -, .

La nuit , la mère se décèle-.

Pour charmer les ennuis , les soin!* . \

Et les fatigues de là veillé ,

. Profondément çlle sommeille ; - . * ‘ . »

Tout semble l’ânnoncer au moins

Mais toujours ja tendresse veillé. . ‘

Aussi ,1e moindre mouvement.,

Le plus léger frémissement > • .

5o ÉPÏTRES.

Tout-cn suspens tient son oreille ,

• • Et toujours-dé son çhèr enfant, 1 , - ' Le premier soupir la réineillq.;

C’est son premier cri qu’elle entend. ( D’un mal iihprévu Fapparence Semble à peine %e déclarer s

Le docteur, malgré sa science,

N’a rien encor Su pénétrer ,

Et , fort de son expérience , . . ,

Il croit pouvoir se rassurer.

Mais déjà , mieûx que. lui y la-mère Sait ce qu’jl faut craindre, espérer L’amour à tout “moment l’éclàire , . .

Et l’amour peut-il l’égarer ?

Il est mille foibles nuances

Qui n’échappent point à son cœur ,

Mille légères circonstances .

Que rapproche^ sa; ,vive ardeur , ,

Et mille petites souffrances- Qui ne trompent point sa douleur'.

ÉPÏTRES.

' Çet oeil moins serein que la veillé ,

Ce visage encore altéré ,

Cette boueHe. un peu moins', vermeille ; Ce front Hier dccqloré ,

Tout rémuet.... .ce .qui l’environne De ses frayeurs est étonné-:

Ces riens-là n’on^ frappé personne ;

Elle a tout vu , tout deviné.

Déjà sbti oeil, que sa tendresse . ,

Sur son enfant» tient arrêté ,

A saisi le mal qui l’oppresse j - ' ' .

Mieux que toute la Faculté : *

Le remède est fait., le mal cesse ,

L’enfant a repris sa gaîté ,

A sa mère qui le caresse .. * -,

Il a souri , de volupté. •

Et 1 le signal de l’àlfégresse '

Renaît dans ce cœur attristé- * iNon , tu n’es point une chimère ,

De l’àmour instinct bienfaiteur ;

ÉPITRES

Iroreille j les yeux et le cœur ,

Tout ne fait.' qu’un, chez une raère. ...

Page 1