DE VIENNOIS
Air : Je l’ai plante ; je l’ai vu naître. .‘t *
A Vienne sur les bords du Rhône, Dans le palais de ses aïeux , Humbert , héritier de leur trôye ,
Avoit un fils, vivoit heureux.
Ce prince , en sa trompeuse ivresse, Contemple si doux rejeton',
L’appui futur de sa vieillesse, L’unique espoir de sa maison.
64 ROMANCES
En cris aigus l’enfant éclate ,
Un père s’émeut à ce bruit.
Sa main caressante le flatte ,
Sur un balcon il le conduit.
Où l’entraîne son imprudence?
Pour l’adoucir , pour l’apaiser ,
■v Entre ses bras il le balance
En lui donnant plus d’un baiser.
D’une main qu’il croit étrangère L’enfant se détourne,... .à l’instant Il s’élança, et des bras d’un père Glisse , échappe en se débattant.
Instant affreux ! déjà sa tète
S’est brisée au pied des remparts :
Humbert à le suivre s’apprête ,
On le retient de toutes parts.
ROMANCES
Parents tendres , mais téméraires , De vos transports défiez-vous.
Mais je le dis surtout aux pères:
Mères ont plus d’instinct que nous.
Sans ton fils , toi , que vas-tu laire ?
Rien ne peut le rendre à tes cris; Tout redouble ta plainte amère Auprès des restes de ton fils !
Triste, étranger dans sa patrie,
11 n’a plus d’espoir, plus d’appui :
11 s’appartient plus à la vie ; .L’univers n’est plus rien pour- lui.
Des honneurs qu’on vante les charmes Le faux éclat de la gfandeur ,
La terre est un séjour de larmes Où V on ne tient que par son cœur.
io6 ROMANCES.
Ainsi des regards d’une amie Dépend notre souvérain bien , . , • >
Et dans les sentiers de la vie >
Un enfant est notre soutien.,
u Cher fils! aurois voulu te suivre
« (Dit Humbert) ,de ciel le défend , «En ce monde au moins saurai vivre <• Comme si i’en étais, absent !
« Mon corps appartient à la terre ;
<« Je lé lui rendrai sans effroi ,
« Mais dégagé de la matière « Mon «oeur vole aux deux avec toi.
,11 dit, et pour un froc de bure
Quittant mantelsf riches harnois , . :
Il prend la haire et la ceinture
Des disciples de saint François.
ROMANCES. 107
Il ceint des pointes d’un cilice
Ses reins et ses flancs douloureux ;
Si le corps souffre un long supplice,
Ce n’est pas là le plus affreux.
• . • Sans retour il lègue à la France
Ce beau pays de Dauphiné ;
Vallon riant, jardin immense De monts sourcilleux couronné.
Descendant du trône , il ordonne 1 ( Et c’est pour la dernière fois)
Que le nom de Dauphin se donne A l’aîné des fds de nos rois.
Il veut qu’avec son héritage,
Ce nom reste toujours le leur,
Pour laisser jusqu’au dernier âge Un souvenir de sa douleur.
ROMANCES
' O des humains vaine prudence!
Triste espoir encor départi.
Ce nom n’illustre plus la France , Et son trône est anéanti.. ’ ' -
A cette romance composée dans nos jours d’ora-
ges , et qui trop long-tems est restée terminée ainsi, j’ai cru devoir, depuis quelques années, ajouter la strophe suivante :
Mais j’attends du ciel un prodige. . ,
Reviens , ô racé des Bourbons.
Puissent de cette auguste tige Sortir de nombreux rejetons!
ROMANCES