L’ENFANT ET LE CHIEN
Air : Je l’ai planté , (ou la Tyrolienne).
Belfort , d’une vie importune A peine soutenant le poids,
Triste et trahi par la fortune , • . ‘
Vivoit seul au milieu des bois.
Son amie... hélas ! la jeunesse Ne garantit point du trépas Donnant* un fils à sa tendresse Venoit d’expirer dans ses bras.
Au sein d’une affreuse misère ,
Dans son veuvage, il n’a.plus rien ,
Et ne possède en sa chaumière ,
Que son enfant avec son chien.
ROMANCES
Plein .du trouble où son cœur se livre , Un jour il sort de la maison.
Son chien peut-être va le suivre :
De Belfort c’est le compagnon.
Pourquoi le suivre?... au moindre geste Que lui fait son maître , il comprend Qû’au logis seul il faut qu’il reste Comme gardien du pauvre enfant.
Précaution bien nécessaire !
Belfort «à jpeine étoit parti , Qu’entr’ouvrant et joncs et bruyère,
Se glisse un perfide ennemi.
C’est un serpent qui sur la terre Traîne , en rampant, son corps fangeux.
Il siffle, et gonflé de colère S’élance en replis tortueux.
ROMANCES
Ce bruit du chien frappe l’oreille,
Mais du serpent les longs anneaux,
De lar couche où l’enfant sommeille, Entourent déjà les barreaux.
Ciel ! à peine a— t-il reçu l’ètre...
Mais le chien saute , et , dans l’instant Défenseur du fils de son maître , Détourne le coup qui l’attend.
Alors , dans l’ardeur qui les presse , S’engage un combat destructeur.
Le serpent a pour lui l’adresse,
Le gardien la force... et son cœur.
Le sang des deux côtés ruisselle ; S’enlaçant autour de ses flancs, L’affreux serpent du chien fidèle Presse les membres palpitans.
ROMANCES
D’un triple dard sa langue armée Allait percer son ennemi Qui l’abat, la gueule enflammée, * Auprès de l’enfant endormi.
Par l’effet de ce choc terrible , Embarrassé dans son rideau ,
Mais dormant d’un sommeil paisible , L’enfant tombe avec le berceau.
Pour cacher les traces perfides D’un monstre échappé des enfers , Ab ! pourquoi ses restes livides Par le berceau sont-ils couverts !
Belfort revient ; jour d’épouvante !
Rideaux et berceau renversés De son chien la gueule sanglante , Tout le trouble... c’en est assez.
ROMANCES
« Vengeons-nous , dit-il , d’un perfide.
* Le monstre a tué mon enfant ».
Et trop prompt , et de sang avide ,
Son fer le perce au même instant.
Bientôt la voix de la nature Le presse. . . que voit— il , ô cieux !
Son fils, sans effroi , sans murmure , Dormant près d’un serpent hideux î
Monstre affreux que la terre abhorre , Dont la tète , le tronc sanglans Tendant à se rejoindre encore
Portent l’horreur dans tous ses sens.
Quoi ? dit-il , j’ai frappé moi-même Le libérateur de mon fils !
Ainsi le seul être qui m’aime De tant d’amour reçoit le prix.
RQMANCES.
Lors , se roulant sur sa victime , Et poussant des cris superflus, Il appelle , accusant son crime , Cet ami... qui ne l’entend plus.
Pourtant sa langue défaillante Qu’il tire avec un long effort , Presque glacée et pâlissante , Le lèche , le caresse encor.
Il semble , en son ardeur captive , Sur lui levant un œil mourant , D’une justice trop tardive ,
Lui rendre grâce en expirant,
ROMANCES
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CLAIRE DE S t -AIGNAN.