ROMANCE HISTORIQUE
Air : De votre bonté' gc'ne'reuse.
LiïSSEz-moi mourir!... au supplice Laissez-moi suivre mon époux.
Pourvu qu’avec lui je périsse ,
Le trépas me semblera doux.
Pour lui seul l’échaffaud s’apprête î L orsque mon arrêt est rendu , Pourquoi le glaive sur ma tète Reste-t-il encor suspendu ?
ROMANCES
Qu’ai-je dit? suis-je criminelle?
Amour, honneur , tu fus ma loi !
Ah î mon Charles qu’en vain j’appelle Fut-il plus coupable que moi ?
Ciel ! j’entrevois pourquoi leur rage Me conserve un reste de jour.
Dans mon sein je renferme un gage D’un tendre et malheureux amour.
Au moins s’il pouvoit de son père Sur mon sein pleurer le trépas!
O mon enfant , je serai mère Pour qu’on t’arrache de mes bras \
O mon enfant, si je respire,
Je le dois à leur cruauté.
Ils forcent ta mère à maudire Le jour de sa fécondité.
Tels ces arbres que l’on arrache Au terrain qui les a produits ,
ROMANCES
Mais qu’avant d’y porter la hache On veut dépouiller de leurs fruits.
Ainsi morte pour mon vieux père , Pour le tien , et bientôt pour toi ,
Je n’appartiens plus à la terre Que par les tourments et l’effroi.
Je touche à mon heure dernière. . .
Les douleurs de l’enfantement , Jusqu’au doux besoin d’ètre mère , Tout me présage ce moment.
Tes premiers cris , accents funèbres, Se mêlent dans mon noir transport A ceux de l’oiseau des ténèbres , Sombre avant-coureur de la mort.
O regrets ! ô douleur extrême !
Un seul baiser, enfant trop cher, Me paiera— t— il , à l’instant même , Ce que pour toi j’aurai souffert ?
ROMANCES
Quand je t’aurai donné la vie ,
Mon ame s’élevant vers Dieu ,
Mes yeux vers une autre patrie...
Ce baiser sera mon adieu.
Demain adieu ! Si l’existence ,
Dès qu’on est mère a des appas , N’apprends jamais que ta naissance Fut le signal de mon trépas.
Hate-toi de recevoir l’être ,
Pour abréger mes tristes jours.
Diffère , diffère de naître ,
Si tu veux prolonger leur cours.
A peine ouverts à la lumière ,
Ne rencontrant que mon tombeau , Tes yeux ne verront point ta mère De ses pleurs baigner ton berceau.
Mes soins ne pourront pas te suivre, Tes cris n’iront pas jusqu’à moi...
ROMANCES
Mourons , qu’ai- je besoin de vivre, Quand je ne puis vivre pour toi ?
Quel bruit confus se fait entendre , Quels accents remplissent les airs?
Un dieu veille pour nous défendre , Nos oppresseurs sont dans les fers.
Ah ! je dois bénir ta naissance.
Moi— même je vais à mon tour,
Devoir’ ce reste d’existence A celui qui me doit le jour.
Eh quoi ? j’éprouve encor des charmes A t’embrasser , à te chérir.
Ta main veut essuyer mes larmes;
De mon lait je puis te nourrir ;
A quels combats l’amour me livre î Charles n’existe plus pour moi ;
Mais je sens le besoin de vivre, Puisque, je puis vivre pour toi.
ROMANCES