‹ Poesies fugitivesChapitre 50 sur 59 · ALBERT ET LUCY · texte numérisé non relu

ALBERT ET LUCY

Am de la Tyrolienne.

Résistez , gentes damoiselles ,

Aux vœux indiscrets des amans ; Vous le dis, moi: les plus fidèles Peuvent manquer à leurs sermens.

Albert était beau , jeune et tendre , Luey l’aimait , elle eut sa foi.

Aux bords de l’Èbre il va se rendre, Glorieux défenseur d’un roi. *•

ROMANCES

Ombrageant les murs de l’hospice , Non loin du château dé Dervieux Un tilleul aux amants propice • Recevait leurs derniers adieux.

Adieu , Lucy , l’honneur l’ordonne.

D’amour aussi gage sacré ,

Adieu!... toi , ma Lucy , pardonne :

Avant l’hiver je reviendrai.

Attendant le sceau du notaire Et d’un saint pontife la voix ,

De mes sermens dépositaire ,

Cet écrit assure tes droits.

« Si le grand jpur que Dieu lui-mêmes « Par sa naissance a consacré ,

« Je ne .revois celui que j’aime « S’écria Lucy , je mourrai.

ROMANCES

« M’écriras.. . . à moi non , pour cause , « Mais à ma nourrice Babet

« Adresseras épître close »

Et sa nourrice la trompait.

Bientôt pour quel coupable usage En perfides mains a passé D’amour le plus tendre message Au plus tendre amour adressé !

Du château, triste et solitaire ,

Alors elle prend le chemin.

Car L cy , l’espoir d’un vieux père , Est la fille du châtelain.

Livrée à l’ennui le plus sombre ,

Scs chagrins ont pressé le jour Où du sein des pleurs et dans l’ombre Un fils est né de leur amour.

ROMANCES. i 7 5

Ah ! du moins la nuit favorise Le dessein qu’elle va tenter.

Pauvre enfant , au seuil de l’église,

Près du tour il faut le porter.

Cependant la bonne tourrière A peine t’avait entendu ,

Son de la cloche hospitalière Dans l’air faiblement répandu.

Au ciel la main encor tendue, Et par le trouble qui l’émeut , Comme à la cloche suspendue , Lucy veut fuir et ne le peut.

A pas lents et dans la nuit sombre,

En légers vêtements de lin ,

Est-ce un ange , une femme , une ombre Qui disparaît dans le lointain ?

ROMANCES

Dans le secret de ta pensée Quel doute est près d’ètre éclairci O vierge, de terreur glacée !...

Ou c'est un ange ou c’est Lucy.

On accourt: quel enfant aimable!

Où donc le portez-vous, ma sœur ?- O meurtre ! ô mère trop coupable , Ciel! un écrit est sur son cœur:

« Inscrivez-le sur vos regîtres , .

« Mes sœurs , cet argent vous paiera « Ce papier, voilà tout ses titres;

« Le jour de Noël on l’ouvrira. »

Au dernier terme de l’automne L’astre des jours est parvenu ;

Lucy tremble , son cœur frissonne , Son amant n’est point revenu.

ROMANCES: 177*

Tombe, où tout son espoir se fonde.

Tu finis ses longues douleurs ,

La nuit ou le sauveur du monde .

Naît pour expier ses erreurs.

Albert revient de la Galice:

Le jour même de son retour On ouvre l’écrit de l’hospice :

Qui donc a trompé son amour?'

O soupçon î tardive pensée!

Que faire? il s’indfgne , il frémit.

Dans l’air'la cloche balancée D’un son lugubre encor gémit.

Au temple accourt, quand le ministre.

Achevait pieuse oraison.

« Suspendez, dit-il, chant sinistre,^ « L’amour égara ma raison

ROMANCES

« A Lucy , selon ma promesse ,

« Viens m’unir d’un nœud solennel. Le cœur s’interrompt , le chant cesse La tombe se change en autel.

ROMANCES

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