ALBERT ET LUCY
Am de la Tyrolienne.
Résistez , gentes damoiselles ,
Aux vœux indiscrets des amans ; Vous le dis, moi: les plus fidèles Peuvent manquer à leurs sermens.
Albert était beau , jeune et tendre , Luey l’aimait , elle eut sa foi.
Aux bords de l’Èbre il va se rendre, Glorieux défenseur d’un roi. *•
ROMANCES
Ombrageant les murs de l’hospice , Non loin du château dé Dervieux Un tilleul aux amants propice • Recevait leurs derniers adieux.
Adieu , Lucy , l’honneur l’ordonne.
D’amour aussi gage sacré ,
Adieu!... toi , ma Lucy , pardonne :
Avant l’hiver je reviendrai.
Attendant le sceau du notaire Et d’un saint pontife la voix ,
De mes sermens dépositaire ,
Cet écrit assure tes droits.
« Si le grand jpur que Dieu lui-mêmes « Par sa naissance a consacré ,
« Je ne .revois celui que j’aime « S’écria Lucy , je mourrai.
ROMANCES
« M’écriras.. . . à moi non , pour cause , « Mais à ma nourrice Babet
« Adresseras épître close »
Et sa nourrice la trompait.
Bientôt pour quel coupable usage En perfides mains a passé D’amour le plus tendre message Au plus tendre amour adressé !
Du château, triste et solitaire ,
Alors elle prend le chemin.
Car L cy , l’espoir d’un vieux père , Est la fille du châtelain.
Livrée à l’ennui le plus sombre ,
Scs chagrins ont pressé le jour Où du sein des pleurs et dans l’ombre Un fils est né de leur amour.
ROMANCES. i 7 5
Ah ! du moins la nuit favorise Le dessein qu’elle va tenter.
Pauvre enfant , au seuil de l’église,
Près du tour il faut le porter.
Cependant la bonne tourrière A peine t’avait entendu ,
Son de la cloche hospitalière Dans l’air faiblement répandu.
Au ciel la main encor tendue, Et par le trouble qui l’émeut , Comme à la cloche suspendue , Lucy veut fuir et ne le peut.
A pas lents et dans la nuit sombre,
En légers vêtements de lin ,
Est-ce un ange , une femme , une ombre Qui disparaît dans le lointain ?
ROMANCES
Dans le secret de ta pensée Quel doute est près d’ètre éclairci O vierge, de terreur glacée !...
Ou c'est un ange ou c’est Lucy.
On accourt: quel enfant aimable!
Où donc le portez-vous, ma sœur ?- O meurtre ! ô mère trop coupable , Ciel! un écrit est sur son cœur:
« Inscrivez-le sur vos regîtres , .
« Mes sœurs , cet argent vous paiera « Ce papier, voilà tout ses titres;
« Le jour de Noël on l’ouvrira. »
Au dernier terme de l’automne L’astre des jours est parvenu ;
Lucy tremble , son cœur frissonne , Son amant n’est point revenu.
ROMANCES: 177*
Tombe, où tout son espoir se fonde.
Tu finis ses longues douleurs ,
La nuit ou le sauveur du monde .
Naît pour expier ses erreurs.
Albert revient de la Galice:
Le jour même de son retour On ouvre l’écrit de l’hospice :
Qui donc a trompé son amour?'
O soupçon î tardive pensée!
Que faire? il s’indfgne , il frémit.
Dans l’air'la cloche balancée D’un son lugubre encor gémit.
Au temple accourt, quand le ministre.
Achevait pieuse oraison.
« Suspendez, dit-il, chant sinistre,^ « L’amour égara ma raison
ROMANCES
« A Lucy , selon ma promesse ,
« Viens m’unir d’un nœud solennel. Le cœur s’interrompt , le chant cesse La tombe se change en autel.
ROMANCES