L’ENFANT NATUREL
Même air.
Le jeune Ernest aimait Cléone :
Il se crut payé de retour ;
Bientôt le dieu d’hymen couronne I/espoir qui flattait son amour.
L’infortuné , d’une chimère D’avance nourrissant son cœur, Tressaille au nom si doux de père...
Qui peut détruire son bonheur?
ROMANCES
Sous l’ombre épaisse du mystère Dont s’entoure la trahison ,
Un vil séducteur fut le père Du fils qui doit porter son nom.
A peine depuis sa naissance Quelques mois se sont écoulés, Que de sa funeste existence Tous les secrets sont dévoilés.
O honte, ô crime épouvantable !
L’objet de mes plus tendre vœux Arrête , Erftest : s’il fut coupable Il est encor plus malheureux.
Quoi ? mentir à sa conscience , Brûlant du plus coupable feu...
Il se refuse h l’évidence:
De la mère il lui faut l’aveu.
ROMANCES
Sa voix n’exhale aucune plainte ,*
Et, dans une morne stupeur ,
De l’outrage il brave l’atteinte Quand le reproche est dans son cœur:
Qu’au moins le sang du téméraire !...
Mais craignant un justetrépas ,
Chargé du poids de ma colère ,'
Il fuit de climats en climats. *
Ce fer saura respecter celle...
Mais tout entier à mpn ennui , * '
Dois-je , jouet d’une infidèle ,
Expier les forfaits d’autrui?
Plein du trouble pénible et sombré ' .
Où ce nom viendra me plonger , * Comment soutiendrai-je dàns l’ombrè Les cris d’un. enfant étranger?:
*&» ROMANCES
De quel œil verrai-je la mère ,
Quand , se plaçant entre nom deux , Toujours d 1 e sa flamme adultère Le témoin sera sous mes yeux !
Son père même, en son ivresse , * J .
De loin , d’un regard le suivra * •
Et par sa coupable allégresse 1 A ma douleur insultera. •
Quels maux faut-il que je dévore
Pour prix d’une lâche pitié... (
Que de caresses dont encore * # . ». * # • •
On me cachera la moitié.
Quel parti prendre? il fatit soustraire Ce fils... que je ne puis çhérir ,
H faut , loin des yeux de.la mère ,
Et l’élever, et Je nourrir.
ROMANCES
De la mère ô cris, ô souffrance'* . .
Mais ses pleurs ont signé l'arrêt, De son propre fil? l’èxistçpce Pour elle— même est un secret.
Quoi ! de la maison maternelle L’enfant est sorti pour toujours.
Il n’embrassera jamais cçlle
Qui de son lait soutint ses jours.
Il la verra sans la connaître!
La mère elle-même , à son tour , • D’un œil sec reverra peut-être Ce fruit d’un criminel amour.
Nature , ainsi ta voix secrète Toujours prête à nous émouvoir,
Pour.la mère, sera mijette ,
Sur l’enfant sera sans pouvoir ! '
ROMANCES
Destin d'une triste victime Dont il faut déplorer l'feireur, .
Tu m’apprend^, que l’excès du crime-
Conduit à l'excès du malheur.
ROMANCES