LÉONCE ET ISABELLE
- Air : De Céline.,
Jetés sur la rive africaine , • ,
Sané eau , sans vivrès , sans appui , Devant une horde inhumaine Au fond du désert ils> ont fui.
•Destinée affreuse et cruelle !
Quçls sont ces êtres nndhéureux?
Léonce et la jeune Isàbèlle ,
Fils de rois , éppufc vertueux.
L’infante en son sein pbrte'un gage D’un amour trop infortuné.
ROMANCÉS.
Mais qui peut suspendre la rage D’un cannibale forcené?
Léonce, atteint d’un coup funeste, Expire... L’assassin s’enfuit. ' .
Plus d’espoir ! Isabelle reste, , Seule, et Surprise par la nuit k
La sombre horreur qui l’environne A mis le comble à son malheur.
Sa force bientôt l’abandonne j Elle renaît par sa -douleur.
Les feux de la naissante aurore • •
Raniment ses sens engourdis: t Isabelle respire encore, ’ ( .
Et va^reprendre ses esprits.
Sur ce corps sanglant et livide ,
Par la faux du trépas couché , Soulevant sa paupière humide ,
Son œil mourant>reste attache. .
ROMANCES
De combien .d’horribles pensées Ses cris intertompentrie cours !
Au loin ses larmes élancées . ■ Baignent l’objet de ses amours.
S’il demeure sans sépultuçe , Les tigres vont le dévorer.
Malgré la voix de la nature , •
Il f^ut enfin s’en séparer.
Il le faut... Rien ne l’intimide ; Le lieu se prête à ses dessein^ , Et du désert le sable aride Se creuse sous ses faibles mains.
Léonce , une épouse tremblante
T’entraîne au séjour du repos , Sur toi , d’une voix gémissante , Prononce l’hymne des tombeaux Avant de te couvrir, •t’embrasse , Hélas! pour la dernière fois ; .
ROMANES
Et , poûr reconnaître la place % Dans le sable plante une croix. .
Elle veut détourner la vue De ce spectacle douloureux ; <
Mais une souffrance imprévue
Pour jamais L’arrête en ces lieux.
Sês longs efforts l’ont épuisée ^
Dans ce miracle de l’amour ;
Et sur cette "plage embrasée \
Un enfant a reçu le jour.
Ciel ! du lait maternel la source S’est tarie au sein des douleurs.
Sans espoir comme sans ressource , Tu presses l’enfant de tes pleurs.
Tu n’as, pour prolonger sa vie , Qu’un seul de ces fruits savoureux s Dont l’écorcç , en coupe arrondie, Contient un lait délicieux.
ROMANCES. T
O fruit de sinistre présage , . '
0 fruit précurseur du/trépas ,
Tu seras son premier breuvage ,
1 u seras son dernier repas.
L’enfant le savoure , et sa mère , Levant l’écorce vide aux deux,
La baigne , en sa douleur amère ,
Des pleurs qu’ont retrouvés ses yeux.
« Tu vas abandonner la terre ;
. « Mais les cieux te seront ouverts';
« Reçois donc cette eau salutaire
« La seule qu’offrent ces déserts ! »
Soudain , d’un saint transport poussée
Elle baptise son enfant,
Etd 1 une main froide et glacée . , - 6
Le serre encore fen expirant.
ROMANCES.. mi