‹ Poesies fugitivesChapitre 55 sur 59 · LÉONCE ET ISABELLE · texte numérisé non relu

LÉONCE ET ISABELLE

- Air : De Céline.,

Jetés sur la rive africaine , • ,

Sané eau , sans vivrès , sans appui , Devant une horde inhumaine Au fond du désert ils> ont fui.

•Destinée affreuse et cruelle !

Quçls sont ces êtres nndhéureux?

Léonce et la jeune Isàbèlle ,

Fils de rois , éppufc vertueux.

L’infante en son sein pbrte'un gage D’un amour trop infortuné.

ROMANCÉS.

Mais qui peut suspendre la rage D’un cannibale forcené?

Léonce, atteint d’un coup funeste, Expire... L’assassin s’enfuit. ' .

Plus d’espoir ! Isabelle reste, , Seule, et Surprise par la nuit k

La sombre horreur qui l’environne A mis le comble à son malheur.

Sa force bientôt l’abandonne j Elle renaît par sa -douleur.

Les feux de la naissante aurore • •

Raniment ses sens engourdis: t Isabelle respire encore, ’ ( .

Et va^reprendre ses esprits.

Sur ce corps sanglant et livide ,

Par la faux du trépas couché , Soulevant sa paupière humide ,

Son œil mourant>reste attache. .

ROMANCES

De combien .d’horribles pensées Ses cris intertompentrie cours !

Au loin ses larmes élancées . ■ Baignent l’objet de ses amours.

S’il demeure sans sépultuçe , Les tigres vont le dévorer.

Malgré la voix de la nature , •

Il f^ut enfin s’en séparer.

Il le faut... Rien ne l’intimide ; Le lieu se prête à ses dessein^ , Et du désert le sable aride Se creuse sous ses faibles mains.

Léonce , une épouse tremblante

T’entraîne au séjour du repos , Sur toi , d’une voix gémissante , Prononce l’hymne des tombeaux Avant de te couvrir, •t’embrasse , Hélas! pour la dernière fois ; .

ROMANES

Et , poûr reconnaître la place % Dans le sable plante une croix. .

Elle veut détourner la vue De ce spectacle douloureux ; <

Mais une souffrance imprévue

Pour jamais L’arrête en ces lieux.

Sês longs efforts l’ont épuisée ^

Dans ce miracle de l’amour ;

Et sur cette "plage embrasée \

Un enfant a reçu le jour.

Ciel ! du lait maternel la source S’est tarie au sein des douleurs.

Sans espoir comme sans ressource , Tu presses l’enfant de tes pleurs.

Tu n’as, pour prolonger sa vie , Qu’un seul de ces fruits savoureux s Dont l’écorcç , en coupe arrondie, Contient un lait délicieux.

ROMANCES. T

O fruit de sinistre présage , . '

0 fruit précurseur du/trépas ,

Tu seras son premier breuvage ,

1 u seras son dernier repas.

L’enfant le savoure , et sa mère , Levant l’écorce vide aux deux,

La baigne , en sa douleur amère ,

Des pleurs qu’ont retrouvés ses yeux.

« Tu vas abandonner la terre ;

. « Mais les cieux te seront ouverts';

« Reçois donc cette eau salutaire

« La seule qu’offrent ces déserts ! »

Soudain , d’un saint transport poussée

Elle baptise son enfant,

Etd 1 une main froide et glacée . , - 6

Le serre encore fen expirant.

ROMANCES.. mi

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