LA RELIGIEUSE DE VERNON
M n ° Rat***ville, qui prit effectivement le voile à
ï8 ans, sous le nom de sœur S^-Hélène , au cou—
vent de la congrégation de Vemon, avait été jugée
digne, par son rare mérite et ses touchantes vertus,
de devenir maîtresse générale des pensionnaires , % • *• * » % lorsqu’elle découvrit, ainsi que le fait est énoncé
ici , à quel point on avait abusé de sa candeur , de
sa tendre jeunesse et dé sa crédulité.
902 ROMANCES
Air : Vous qui d’une apioureuse ivresse
ou bien, La Nature, guide fidèle (du Négligé ).
A Vernon, au fiord de la Seine ,
, ■■ . . Vierge habitait ,
D’hymen qt de sa' douce chaîne Fuyant l’attrait. ' • • •
Long-temps dit ? non. Mais vain langage ; Plus vain projet.
■- Le cœur se repent à cet âge : .
Seize ^ans avait. ■
Un jeune amoureux se présente <
.. - Nommé Dercour, >
Ayant six mille écus d,e rente,
• Brillant d’amour.
Chaque jour fille est plus sévère ,
Amant plus -doux ; u II est accepté par le père
Pour son époux. • • *’ •
ROMANCES. ao3
Le voulez , disait cette» belle * *
Je me soumets ; “
Mais s’il devenait infidèle ,
> Ah ! j’en mourrais. ■ . •
Ne veux qu’époux, pour ma souffrance,
Aime à demi : - . *
Ce que redoute est l’inconstance ,
Et non l’.amtV - • ’
On la caresse, on la rassure
, On a beau jeu t -. . ' •
Au cœur déjà tendre blessure . - • .
Se glisse un peu.' .* * ' " . *
A se voir on sent quelques charmes ,
Mère le veut , '
Se quitter sans verser des larmes Plus ne se peut. , '
Mais jeune ami, quelle disgrâce \
Perd tout son "bien ;
Digilized by
ROMANCES
O inonde entier, s«r ta surface Il n’a plus rien : r
Plus vaisseaux, <jue plaine liquide
Engloutit tous T .
Cet élément est trop, perfide. :. .
C’est comme nous. -
/Bientôt a volé sur la. plage .
Pour recevoir
Faibles débris de son naufrage ?
Mais sans espoir.
Ou apporte cette nouvelle
. En nos climatfc. ' .
Parents de changer — Mais la belle
• Ne change pas. "
— r Ne voulais, dit-elle,” ô mon père,
Prendre ùn époux ;
Enfin l’ai , malgré ma prière ,
Reçu de vous. . • ' -
ROMANCES. 2o5
Lui dois , en moment si funeste ,
Garder ma foi ;
Amie est sèul bien qui lui reste,
C’est tout pour moi.
— Qu’en tel dénûment on s’allie
En ma maison* .. .
Allons , ma fille , c’est folie.
— Ah î c’est raison. .
— En un couvent il faut vous rendre.
— Dois obçir. •
w Ne reverrez objet si tendre.
— Faut donG mourir. •*
En ce séjour fièvre inhumaine
La consuma : .
Flambeau de sa vie avec peine
Se ralluma. : ‘ r . *, '
D’un long rêve , pauvre innocente ,
Elle sortait. 'V- „
206 ROMANCES
Étant si faible j si souffrante ,
Crédule était. ,
Pourtant premier objet que nomme Est son amant.
Tout lüi dit que ce beau jeune homme Est au néant. ■ ..
On lui présente mainte épître Narrant le fait,
Sur terre notre dernier titre. . . .
Fatal extrait.
Plus de doute, hélas! se ditr-elle,- Tout est fini.
Ah ! de m’être resté fidèle Fut trop puni.
Le veux , sojas, un habit austère y Pleurer toujours ,
Et dans le fond d’un monastère
.Finir mes jours. . .
ROMANCES.. , 207
Par sa ferveur devient l’exemple De la maison :
Soir et matin .elle est au temple '.
En oraison.
L’amour divin brûle en son âme La nuit, le jour...
Peut-être encore un peu de flamme D’un autre amour.
A «a retraite généreuse ». ' * '
On applaudit :
Avant un an la malheureuse
A pris l’habit.
Avant, uu an ! et lè soir même , > • •
Qui l’eût prévu? •
D’Amérique celui qu’elle aime Èstrevenu.- .•
Rempli d’amour , là pour sa belle Était allé , v
ao8 - - ROMANCES.
Par l’espoir de prouver son zèle
• Bien consolé. ,
Grâce aujc soins , à l’ardeur extrême D’un bon parent ,
Va devenir plus riche même Qu’ aùparavant; •* .
• * , » • ' Mais il apprend que son amie
Est au couvent , .
• , Qu’à l’Éternel elle est unie:,
Par un serment.
Abus affreux ! serment étrange !
- Elle est à moi.
Etais pour toi parti , mon ange ,
Reviens pour toi !
Est-il pour un coeur si fidèle Rieri'de sacré?
Pour parvenir jusqu’à ma belle / Tout briserai.
ROMANCES
Je ne connais, charmante fille ,
Vœux ni verroux ;
Du monastère porte , grille , .
Abaissez— vous.
Mais , malgré ce désir extrême - De la revoir,
Sent qu’il ne faut celle qu’il aime Trop, émouvoir.
Sans peine fait qu’elle imagine
Qu’il n’est pas mort :
Sans peine fait qu’elte devine
Qu’il l’aime encor.
Faux récits, menteuses paroles
On m’apprêtait , • "
Faux registres, lettres frivoles .
On me montrait!
Parents cruels , à ma misère Vous insultiez : •
ROMANCES
Mon père j et vous aussi, ma mère...
Vous me trompiez, '
Par vous ma blessure est r’qnv.erte A mon insu:
A mon iûsu c’est à ma perte Que j’ai couru.
Ainsi parjure , sacrilège
Vous me vouliez ,
Et lacs d’amour étaient un piège- Que me tendiez. .
Elle avait fait son sacrifice ,
. Las î trop coûteux ;
Mais , dès ce jour , le précipice S’offre à ses yeux.
Dans son cœur commence à descendre
L’abîme est là. . •
Tout son feu caché sous la cendre Se ralluma.
ROMANCES
Vient un billet-: Vierge sans tacite, Suis ton amant
Avant ce vœu que l’on t’arrache J’eus ton serment..
Tout est prêt : fuis de ces demeures Hâte tes pas ; • . /
Au pied du mur sois à neuf heures, Puis dans mes bras.
Aux classes des pensionnaires
Qu’elle instruisait ,
Le lendemain , et sœurs et mères , Comme on cherchait !•
Enfin une jeune novice Auprès d’un puits ,
Pâle d’effroi , voit un cilice Et des habits. . *
Grande rumeur, morne épouvante On y descend...
ROMANCES
Pendant ce tems fuyait l’amante
Avec l’amant.'
Ils voguent vers lointaine plage,
Où , Dieu merci',
L’hymen les attend au rivage , L’espère ainsi.
Oh veut poursuivre cétte affaire Avec éclat ,
Et dans Évreux on la défère Au saint prélat.
Oyantde fait, à la famille Dit : Taisons-nohs •:
Ce n’est la faute d . la fdle ,
Tou,t vient de vous.
ROMANCES. ai3