‹ Poesies fugitivesChapitre 56 sur 59 · LA RELIGIEUSE DE VERNON · texte numérisé non relu

LA RELIGIEUSE DE VERNON

M n ° Rat***ville, qui prit effectivement le voile à

ï8 ans, sous le nom de sœur S^-Hélène , au cou—

vent de la congrégation de Vemon, avait été jugée

digne, par son rare mérite et ses touchantes vertus,

de devenir maîtresse générale des pensionnaires , % • *• * » % lorsqu’elle découvrit, ainsi que le fait est énoncé

ici , à quel point on avait abusé de sa candeur , de

sa tendre jeunesse et dé sa crédulité.

902 ROMANCES

Air : Vous qui d’une apioureuse ivresse

ou bien, La Nature, guide fidèle (du Négligé ).

A Vernon, au fiord de la Seine ,

, ■■ . . Vierge habitait ,

D’hymen qt de sa' douce chaîne Fuyant l’attrait. ' • • •

Long-temps dit ? non. Mais vain langage ; Plus vain projet.

■- Le cœur se repent à cet âge : .

Seize ^ans avait. ■

Un jeune amoureux se présente <

.. - Nommé Dercour, >

Ayant six mille écus d,e rente,

• Brillant d’amour.

Chaque jour fille est plus sévère ,

Amant plus -doux ; u II est accepté par le père

Pour son époux. • • *’ •

ROMANCES. ao3

Le voulez , disait cette» belle * *

Je me soumets ; “

Mais s’il devenait infidèle ,

> Ah ! j’en mourrais. ■ . •

Ne veux qu’époux, pour ma souffrance,

Aime à demi : - . *

Ce que redoute est l’inconstance ,

Et non l’.amtV - • ’

On la caresse, on la rassure

, On a beau jeu t -. . ' •

Au cœur déjà tendre blessure . - • .

Se glisse un peu.' .* * ' " . *

A se voir on sent quelques charmes ,

Mère le veut , '

Se quitter sans verser des larmes Plus ne se peut. , '

Mais jeune ami, quelle disgrâce \

Perd tout son "bien ;

Digilized by

ROMANCES

O inonde entier, s«r ta surface Il n’a plus rien : r

Plus vaisseaux, <jue plaine liquide

Engloutit tous T .

Cet élément est trop, perfide. :. .

C’est comme nous. -

/Bientôt a volé sur la. plage .

Pour recevoir

Faibles débris de son naufrage ?

Mais sans espoir.

Ou apporte cette nouvelle

. En nos climatfc. ' .

Parents de changer — Mais la belle

• Ne change pas. "

— r Ne voulais, dit-elle,” ô mon père,

Prendre ùn époux ;

Enfin l’ai , malgré ma prière ,

Reçu de vous. . • ' -

ROMANCES. 2o5

Lui dois , en moment si funeste ,

Garder ma foi ;

Amie est sèul bien qui lui reste,

C’est tout pour moi.

— Qu’en tel dénûment on s’allie

En ma maison* .. .

Allons , ma fille , c’est folie.

— Ah î c’est raison. .

— En un couvent il faut vous rendre.

— Dois obçir. •

w Ne reverrez objet si tendre.

— Faut donG mourir. •*

En ce séjour fièvre inhumaine

La consuma : .

Flambeau de sa vie avec peine

Se ralluma. : ‘ r . *, '

D’un long rêve , pauvre innocente ,

Elle sortait. 'V- „

206 ROMANCES

Étant si faible j si souffrante ,

Crédule était. ,

Pourtant premier objet que nomme Est son amant.

Tout lüi dit que ce beau jeune homme Est au néant. ■ ..

On lui présente mainte épître Narrant le fait,

Sur terre notre dernier titre. . . .

Fatal extrait.

Plus de doute, hélas! se ditr-elle,- Tout est fini.

Ah ! de m’être resté fidèle Fut trop puni.

Le veux , sojas, un habit austère y Pleurer toujours ,

Et dans le fond d’un monastère

.Finir mes jours. . .

ROMANCES.. , 207

Par sa ferveur devient l’exemple De la maison :

Soir et matin .elle est au temple '.

En oraison.

L’amour divin brûle en son âme La nuit, le jour...

Peut-être encore un peu de flamme D’un autre amour.

A «a retraite généreuse ». ' * '

On applaudit :

Avant un an la malheureuse

A pris l’habit.

Avant, uu an ! et lè soir même , > • •

Qui l’eût prévu? •

D’Amérique celui qu’elle aime Èstrevenu.- .•

Rempli d’amour , là pour sa belle Était allé , v

ao8 - - ROMANCES.

Par l’espoir de prouver son zèle

• Bien consolé. ,

Grâce aujc soins , à l’ardeur extrême D’un bon parent ,

Va devenir plus riche même Qu’ aùparavant; •* .

• * , » • ' Mais il apprend que son amie

Est au couvent , .

• , Qu’à l’Éternel elle est unie:,

Par un serment.

Abus affreux ! serment étrange !

- Elle est à moi.

Etais pour toi parti , mon ange ,

Reviens pour toi !

Est-il pour un coeur si fidèle Rieri'de sacré?

Pour parvenir jusqu’à ma belle / Tout briserai.

ROMANCES

Je ne connais, charmante fille ,

Vœux ni verroux ;

Du monastère porte , grille , .

Abaissez— vous.

Mais , malgré ce désir extrême - De la revoir,

Sent qu’il ne faut celle qu’il aime Trop, émouvoir.

Sans peine fait qu’elle imagine

Qu’il n’est pas mort :

Sans peine fait qu’elte devine

Qu’il l’aime encor.

Faux récits, menteuses paroles

On m’apprêtait , • "

Faux registres, lettres frivoles .

On me montrait!

Parents cruels , à ma misère Vous insultiez : •

ROMANCES

Mon père j et vous aussi, ma mère...

Vous me trompiez, '

Par vous ma blessure est r’qnv.erte A mon insu:

A mon iûsu c’est à ma perte Que j’ai couru.

Ainsi parjure , sacrilège

Vous me vouliez ,

Et lacs d’amour étaient un piège- Que me tendiez. .

Elle avait fait son sacrifice ,

. Las î trop coûteux ;

Mais , dès ce jour , le précipice S’offre à ses yeux.

Dans son cœur commence à descendre

L’abîme est là. . •

Tout son feu caché sous la cendre Se ralluma.

ROMANCES

Vient un billet-: Vierge sans tacite, Suis ton amant

Avant ce vœu que l’on t’arrache J’eus ton serment..

Tout est prêt : fuis de ces demeures Hâte tes pas ; • . /

Au pied du mur sois à neuf heures, Puis dans mes bras.

Aux classes des pensionnaires

Qu’elle instruisait ,

Le lendemain , et sœurs et mères , Comme on cherchait !•

Enfin une jeune novice Auprès d’un puits ,

Pâle d’effroi , voit un cilice Et des habits. . *

Grande rumeur, morne épouvante On y descend...

ROMANCES

Pendant ce tems fuyait l’amante

Avec l’amant.'

Ils voguent vers lointaine plage,

Où , Dieu merci',

L’hymen les attend au rivage , L’espère ainsi.

Oh veut poursuivre cétte affaire Avec éclat ,

Et dans Évreux on la défère Au saint prélat.

Oyantde fait, à la famille Dit : Taisons-nohs •:

Ce n’est la faute d . la fdle ,

Tou,t vient de vous.

ROMANCES. ai3

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