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LES DEUX SOEURS

Mesdemoiselles R. d’Orf. (Agathe etr Amélie) étaient jumelles et d’une beauté ravissante ; elles s’aimaient tendrement. Un parti honorable' se pré—

sente pour l’une. On n’avait' pas prévu , on ne pouvait'même pas prévoir queïles en seraient les funestes con séquences. Agathe épouse M. de Tasch***.

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Que devint Amélie? C’est ce que la romance nous apprendra. . , **

k ar8 - ROMANCES.

. « Am à faire.

Agathe , au même sein nous avons puisé l’être ; De tes jours et des miens allumant le flambeau , Un seul, -un même instant, masœur, nous a vu naître,

Et nous avons dormi dans le même berceau .

Ton cœur a commencé de battre, ô douce ajnie,

Quand le mien a battu pour la première fois.

Combien , de nos soupirs une.mèrç attendrie ,

A tes cris se trompa., se méprit à ma voix !

Avant l’heure où brilla notre première aurore

Noscœurs^é répoudaieùt, l’un vers l’autre attifés; Sur le sein maternel nous nous tenions encore,

Et nos bras semblaient s’être à regret séparés. •

D’une chaîne invisible au moins l’ame enlacçç Ne subit point des corps le destin rigoureux :

ROMANCES

tt

Nous n’avions qu’un désir, qu’une même pensée ,

Nous confondions ensemble et nos pleurs et nos jeux.

Du tien , du mien l’enfance ignore le langage ;

Ce qu’on donnait à l’une à l’antre était encor ,

Ne le séparant point , nous avions davantage ,

Et l’union doublait notre petit trésor. .

D’un astre égal toujours les mêmes influences Guidaientnos doigts, nos yeux. . .F^isions-nousun portrait. Nos couleurs se fondaient dans les mêmes nuanccé,

Et, sous une. autre main , c’était le même trait.

Sous son ombre mobile alors qu’un jeune tremble

Au repos m’invitait, assise auprès de toi

Nos lèvres s’approchaient, nous respirions ensemble,

L’air qui touchait ta bouche était plus frais pour moi.

Toujours la même image , àjios vœux si fidèle ,

Se présentait à nous , même au Sein du Sommeil :

2 sio ROMANCES.

Ma sœur songeait à moi , mon rêve était pour elle. Un même sentiment pressait notre réveil.

L’üne eût-^elle perdu sa 'plus riche parure ,

Le même sacrifice était fait à ses yeux.

' Le feu dévore un jour ma longue chevelure ,

Et ta main , sans pitié , coupa tes longs cheveux.

Dans l'accès enfantin d’une feinte colère Tu brisas une glace... à l’instant je volai *

Bien triste... m’accuser aux genoux de ma mère. Je t’épargnai des pleurs... ét je me consolai.

A cet accord si doux d’amour et d’innocence Quoi îtu vas renoncer ?... Tu vas serrer des nœuds Qui des liéns formés même avant, ta naissance

Vont dégager un cœur, pour en affliger deux.

Dans mes traits , dans ce cœur je portais ton image;

J’étais le seul objet qui pouvante charmer.

ROMANCES. 2a i

Mon bonheur est détruit : un autre le partage.

Oui, m’aimer un peu moins, c’est cesser de m’aimer.

De ton destin' pourtant je ne suis point jalouse : ,

Je t’aime trop , Agathe!... et voilà mon malheur. J’approuve qu’un ami te nomme son épouse ,

Je me plains que l’ami me ravisse ma sœur.

Enfin plus de délais ! ton hymen se prépare :

Un autre , dès demain , sera chéri de toi ,

Ce trop funeste jour à jamais nous sépare : v „

Quand tu seras à lui , tu ne seras plus moi.

De ces bras fraternels c’est toi que l’ôn arrache :

Ma tendre amie... en deux on partage nos cœurs. De son autre moitié ma moitié se détache.

Adieu, tout mon espoir, tout mon bien... Je me meurs.

ROMANCES

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