VERS POUR LA FÊTE DE M™«. D
( C'est le Dieu du Ruisseau qui parle. )
Parmi les jeux que pour vous on apprête , Permettez , belle Églé y que le Dieu du Ruisseau^ Qui^ charmé de baigner votre heureuse retraite^ Vous voit rêver souvent au doux bruit de son eau.
Vienne s'unir à cette aimable Jéte.
C'est à vous que je dois le destin le plus beau : Mes ondes ^ avant vous , faibles y déshonorées^ Sur un limon fisingeux se traînaient ignorées : C'est vous de qui les soins , par des trésors nouveaux,
Ont augmenté les trésors de ma source ; C'est vous qui , dans leur course ^
Sans les gêner ^ avez guidé mes eaux.
Vous, de Marly (i) Naïades orgueilleuses ,
Qu'au haut des monts vos eaux ambitieuses S'élèvent avec peine, et fassent gémir l'air
Du bruit affreux de leurs chaînes de fer ^ Moi, dans ma course vagabonde,
A son penchant j'abandonne mon onde.
Que , dans de pompeuses prisons , Le marbre des bassins tienne vos eaux captives ]
(1) La Mâlmaison est près de Marly.
Entre des fleurs et des gazons Je laisse errer mes ondes fugitives.
Allez baigner des rois le séjour enchanté; Moi , j'arrose les lieux où se plaît la beauté. Là, prenant tour-à-tour vingt formes différentes, Mes flots se font un jeu d'exprimer dans leur cours De la charmante É^é les qualités brillantes , Et savent toujours plaire en l'imitant toujours.
La pureté de ces eaux transparentes, D'un cœur plus pur encor peint la naïveté ; Le jet brillant de ces eaux bondissantes.
De son esprit peint la vivacité.
Voit-on mes flots, au gré de la nature.
Suivre négligemment leur cours?
Cest l'image de ses discours , Qui nous plaisent sans imposture.
Paime à répéter dans mes eaux L'azur des cieux, les fleurs de mon rivage.
Et la verdure des berceaux j Mais j'aime cent fois mieux réfléchir son image.