‹ Poésies fugitives de Jacques DelilleChapitre 20 sur 45 · VERS A M»«. ROUX · texte numérisé non relu

VERS A M»«. ROUX

Qui avait envoyé à V Auteur une couronne de myrte et de laurier.

La Nature en riant fa cédé son empire.

Jadis ^ écoutant trop un indiscret délire ^

Je voulus du peuple des fleurs Exprimer les beautés , les formes y les couleurs ; Mais, comparée à tes doigts enchanteurs^

Hélas ! que peut ma faible lyre?

Ta main créa : je n'ai &it que décrire.

Dans ton ingénieux travail y A tes aimables fleurs, que manque-t-il encore?

Du plus éblouissant émail Leur riche vêtement à ton gré se décore ;

Je pense voir sur leurs habits La brillante rosée épancher ses rubis.

Je crois vou: du ^phyr l'haleine caressante Balancer dans tes mains leur tige obéissante ; Et sur leurs frais boutons d'azur, de pourpre et d'or ^ L'abeille, de son miel recueillir le trésor.

Je cherche, en les voyant, à quelle chevelure

Doit s^enlacer leur riante parure.

Non : jamais de Z^uxis le pinceau si vanté N'unit tant d'artifice à tant de vérité.

J'ai vu ces arsenaux, où l'airain qui bouillonne Représente à nos yeux , ombragés de lauriers ,

Les poètes et les guerriers ;

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Pai vu ces ateliers où la guerre façonne De nos héros les glaives destructeurs.

Sans m'effrayer , ton art m'étonne^ Et je préfère aux forges de Bellone ^ Où Mars^ assis sur le bronze qui tonne y Court arroser la terre et de sang et de pleurs » Ce paisible atelier, brillant de cent couleurs, Qui, pour moi, pour mon Antigone, Enfante des lauriers, de^ myrtes et des fleurs. Que ces festons charmants ont le droit de me plaire I Mais 9 en dépit de ma témérité , Je le sens trop, je n'ai point mérité Un prix si doux, un si brillant salaire.

Âlcibiade seul , dans Athène autrefois ,

Beau, jeune, brave, et servant à-la-fois La Minerve des arts , la Minerve guerrière , Pour prix de ses talents et de ses grands exploits, Eut le droit d'obtenir une fleur de Glycère.

Charmante Églé ! les fleurs ne t'abandonnent pas ; De leurs fraîches couleurs ta bouche se décore ;

Je les vois naître sous tes pas ; Je les vois s'animer sous tes doigts délicats y

Ton haleine est celle de Flore ; De la blancheur du lis , ton teint nous éblouit ; Comme une fleur s'épanouit.

Je vois ton doux sourire éclore; Tu dis un mot : c'est une fleur encore ; Et partout sur tes pas le printemps nous sourit. Quand l'Éternel, d'un mot créa nos paysages, Il s'admira lui-même en ses ouvrages ;

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Toi y doot la main les reproduit pour nous ,

Ton cœur doit jouir davantage.

Gréer le monde est beau , Fimiter est plus doux» Tu montres à-la-fois le modèle et Timage;

Et moi y portant à tes genoux

Mon tendre et légitime hommage , Je dis : a Comment cette jeune beauté ^

» Dont l'aimable'simplicité » Gonmie la fleur des champs est ingénue et pure^ » A-t-eUe su y trompant le toucher^ le regard ,

» Mettre à côté de la nature

» Le doux mensonge de son art ?

» Cet aimable prestige est sa seule imposture* » Jadis des fleurs je chéris la culture ^

» De leur agréable parure )) Je bordais mes ruisseaux^ je parais^mes bosquets ;

» Au souffle des vents indiscrets^

>i Sous Fabri transparent d'un verre »

» Je les cachais dans le fond d'une serre ; » Mais les vents ^ la critique, ont flétri mes Jardins^

» Et je donnerais mon parterre » Pour la moindre des fleurs qui tombent de tes mains. »

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