‹ Poésies fugitives de Jacques DelilleChapitre 21 sur 45 · POUR LE PORTRAIT DE M. CARRON · texte numérisé non relu

POUR LE PORTRAIT DE M. CARRON

PRÊTRE FRANÇAIS (l).

Des Français exilés seconde Providence, Dans leur secret asile il cherche les malheurs ; Il soigne la vieillesse , il cultive Fenfarice , Il instruit par sa vie, il prêche par ses mœurs ^

( I ) Extrait du poème de la Pitié ( cfa. Il ).

Salut , 6 Sommerstow, »bri cher à la FrsDce ! Là , le malheur encor béoit la Providence j \jk, nos fiera Técérans retrouvent le repos , £t le héros instruit les enfaiils des héros ^ Là , près d^un Dieu sévère éclate un Dieu propice. Quel riche bienfaisant a fondé cet hospice !

A la voix de Garron le luxe s'attendrit ; Sa vertu les soutient , et son nom les nourrit ; Par lui , pour Pindigent la douce bienfaisance Trouve le superflu , même dans Tindigence ^ £t, parmi les bannis , ses pieuses moissons De Tavare opulence ont surpassé les dons.

On sait que cet estimable ecclésiastique , force' de s'éloigner du théâtre de la persécution , se réfugia en Angleterre ; mais on ignore peut-être que M. Garron avait à peine mis Je pied sur cette terre étrangère, qu'il s'occupa de réunir autour de lui les enfants des émigrés et des catholiques résidants en Angleterre.. Cet établissement ne fut que le premier essai de la philanthropie chrétienne de ce pieux fondateur. Bientôt il s'éleva , par ses soins , un asile pour les pauvres de Fun et lautre sexe , des hospices pour les malades et les infirmes. On demandera sans doute comment un pauvre prêtre, exilé de sa patrie ; sans autre moyen que son zèle.

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Et, quand sa main ne peut secourir l'indigence, Il lui donne ses vœux, sa prière et ses pleurs.

sans autre ressource que la charité , a su procurer à Tenfance , à l'indigence , au malheur , tant de secours , de si utiles consolations. C'est dans les derniers sacrifices que purent faire encore les émigrés , c'est dans l'humanité des Anglais , que cet autre Vincent de Paul a trouve les encouragements qui l'ont mis à portée de créer ees prodiges de bienfaisance qui ont étonné tous les voyageurs , et confondu les observateurs les plus incrédules.

Lorsque le sénatus-consulte , qui Ouvrit les portes de la patrie à tant de Français que la terreur en avait éloignés, fut connu à Londres, on voulut engager le respectable Carron à retourner dans son diocèse , où il avait laissé des monuments de son active sollicitude. « Non, je n'abandonnerai pas, dit-il , ce que la Pro- » vidence m'a aidé à former , ce que la confiance me met en état de » soutenir : cette jeunesse a besoin de mes soins ; ces malheureux » n'espèrent qu'en ma surveillance. » Ainsi , ce héros de la charité chrétienne se sépare d'une patrie qu*il regrette , pour se consacrer entièrement aux bonnes œuvres qu'il chérit. On ne peut douter de se& sentiments français , lorsqu'on lit, dans ses Pensées chrétienne^ , ces paroles touchantes : a France ! ô ma patrie ! toi qui » m'as tant fait pleurer ; toi qui , durant un long exil enduré pour » la foi, n'es pas un seul jour , un seul instant, sortie de mon cœur » et de ma mémoire; lieux sacrés ou reposent les cendres de mes » pères , de mes proches , de mes amis ; doux sol de ma naissance , » où je n'ai vu , où je n'ai compté et ne compterai jamais que des » frères , des seconds moi-même ; 6 patrie ! que je suis loin de 9 vouloir aigrir des plaies qui saignent encore ! Disparaissent k » jamais la discorde, le ressentiment , la noire et cruelle vengeance, » toutes les passions haineuses , les plus cruels ennemis de l'homme » et de son bonheur ! » Après cette profession du plus vrai patriotisme, on doit juger ce qu'il en coûte à M. Garron pour satisfaire

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