FRAGMENT
DE L'ESSAI SUR L'HOMiME, de Pope,
TRADUIT DE l'anglais.
Ne l'oublions jamais : l'arbitre souverain Par des moyens divers tend vers la même fin j
FUGITIVES. aîi
Lui seul dans l'univers connaît Findépeudance. Tous sont faits pour le tout. Nageant dans l'abondance^ Enivré de grandeurs, regorgeant de santë, Souviens-toi jour et nuit de cette vérité.
Vois de la terre au ciel le monde inanimé.
Vois comme pour s'unir tout est mu , tout formé ; Vois pour ce grand dessfein travailler la nature, Chaque être s'approcher d'une autre créature. Chaque atome attirant, attiré tour-à-tour.
Et l'univers entier enchakié par l'amour.
Regarde en même temps la matière vivante Vers le bien général suivre la même pente , Les végétaux dissous nourrir les animaux , Les animaux détruits renaître en végétaux ; Une forme en mourant par une autre est suivie : Nous passons tour-à-tour de la mort à la vie. Tout change: la matière est une vaste mer Où, comme cette bulle, enfant léger de l'air. Qui se gonfle et se brise, et s'engloutit dans l'onde , Tout naît , meurt et retourne à la masse féconde , Et l'on voit chaque jour, sous mille aspects divers, De ses vastes débris renaître l'univers , Rien n'est indépendant : une main souveraine D'innombrables anneaux forme une vaste chaîne. Tout donne et tout reçoit, tout jouit et tout sert ^ Et le faible et le fort agissent de concert.
La bête vit pour l'homme, et l'homme pour la bête : Tout est uni. Qui sait où la chaîne s'arrête ?
atii POÉSIES
Homme aveugle 1 Crois-tu que Dieu borne ses soins A contenter tes vœux^ ton luxe et tes besoins? Cet innocent agneau , né pour ta nourriture , Pour lui voit tous les ans renaître la verdure. Crois-tu que pour toi seul ^ variant ses concerts ^ L'alouette en chantant s'élève dans les airs ? Non^ non , la douce joie embellit son ramage, ^La douce volupté soulève son plumage.
Est-ce pour ton plaisir que de sa tendre voix Le jeune rossignol fait retentir les bois? • En sons harmonieux exhalant son ivresse ^ Il chante ses plaisirs, il chante sa tendresse. Ce coursier bondissant , fier de vaincre sous toi, Partage le plaisir de répandre l'effroi ; Le bœuf traîne le soc ; mais cet esclave utile Tire un juste tribut du champ qu'il rend fertile j Le sauvage animal , dans les bois élevé , Vient se nourrir du grain qu'il n'a point cultivé, Et l'oiseau qui sans soin vit du fruit de ta peine , Ose du roi du monde infester le domaine.
Le ciel à ses enfants partage ses secours ; La fourrure des rois a revêtu des ours.
Pour moi, dit Phomme altier, pour moi seul tout s'empresse L'homme vit pour moi seul , dit l'oison qu'on engraisse : L'un et l'autre s'abuse , et le maître des cieux Les fit pour l'univers , non l'univers pour eux.
FUGITIVES. aaS