TRADUCTION
DEL'ÉPITRE DE POPE (i)
jlv docteur arbçthnot.
Jean^ qvLon ferme la porte et qu'on la barricade;
Qu'on mette les verroux; dis que je suis malade ,
Dis que je suis mourant, dis que je ne suis plus.
Dieu ! quels flots de rimeurs près d'ici répandus !
Mon œil épouvanté croit voir sur cette place
Tout l'hôpital des fous , ou bien tout le Parnasse*
Les vois-tu, récitant, courant en furieux,
Un papier dans les mains, et le feu dans les yeux?
Contre ce vil essaim qui fourmille sans cesse ,
Quel rempart assez sûr, quelle ombre assez épaisse?
Il m'attaque par terre , il m'assiège par eau ,
Se glisse dans ma grotte , investit mon berceau , .
Inonde mes bosquets , borde mon avenue ,
Me poursuit dans l'église, et m'atteint dans la rue;
■fw^"
(i) Cette épître, qui sert de prdogue aux satires de Pqpe, et qui devrait plutôt se trouver à la tête de sa Dunciadây est ellemême une excellente satire. Pope avait confié au docteur Arbuthnot son projet de ridiculiser, dans un poëme, tous ces écrivailleurs qui le poursuivaient dans leurs écrits. Arbutknot redoutant, comme médecin , le mauvais efiet de ces querelles, et, comme ami , la vengeance de la cabale puissante que Pope allait susciter contre lui , chercha à le détourner de son dessein. Il persista , par les motifs rapportés dans cette épître. Elle (ut composée à différentes époques , par morceaux , la plupart dictés par l'occasion , et qui ne furent réunis que lors de la publication des satires.
2i4 POÉSIES
Ou, pressé par la faim, pour mieux m*assassiuer^
M'aborde justemîent à Theure du dîner.
Est-il un vil rimeur , dont la verve grossière Exhale en plats écrits les vapeurs de la bière; Est-il un grand seigneur , auteur de petits vers , Un poète en jupon , qui rime de travers; Un clerc encor poudreux^ qui, déserteur du code , Sache, au lieu d'un contrat, me griffonner une ode; Un fou qui, renfermé sans encre et sans papier. Ait charbonné de vers les murs de son grenier? Tous viennent m'assaillir , dans leurs fureurs étranges , Outrés de ma critique , ou fiers de mes louanges. Arthur voit-il ses fils négliger le barreau ? Ce sont mes maudits vers qui troublent leur cerveau. Et le pauvre Cornus , trahi par ce qu'il aime, j
S'en prend aux beaux esprits, à ma muse, à moi-même f
Toi qui sauvas mes jours, toi sans qui l'univers Et pour et contre moi n'eût point vu tant de vers. Quel remède contre eux ? Comment fuir cette peste? Parle: lequel, pour moi, crois -tu le plus funeste. De la haine des sots ou de leur amitié ?
D'un et d'autre côté, que mon sort fait pitié! Amis , je crains leurs vers ; ennemis , leurs libelles; D'une part de l'ennui, de l'autre des querelles. On frappe : c'est Codrusl Je suis mort. Le bourreau^ Pour me lire ses vers , me lient sous le couteau. Forcé de les juger , conçois-tu ma misère?
Moi, qui n'ose mentir , et qui ne puis me taire. Rire aux yeux de l'auteur serait trop inhumain: Écouter de sang-froid , je l'essaîrais en vain^
Qael tourment ! Je m'assieds , composant mon visage ^
Poliment je m'ennuie ; en silence j'enrage^
Et lâche enfin ces mots très peu satisfaisants :
c( M'en croirez-vous ? Srardez votre pièce neuf ans. »
— « Neuf ans ! » crie un auteur forcé de faire un livre,
Et par besoin d'écrire, et par besoin de vivre,
Qui , dès le point du jour , rime entre deux rideaux ,
Dont le tendre zéphir caresse les lambeaux. .
« Vous blâmez donc mes vers? Je vais vous les remettre?
)) Ajoutez, retranchez; vous m'y verrez soumettre.
» Deux grâces seulement , dit l'autre , et rien de plus : » Votre amitié d'abord. -— - Et puis quoi? — Cent écus.
» Monsieur , lisez ces mots que Damon vous adresse : » Vous connaissez le duc ; parlez à son altesse. » — Mais ce Damon, Monsieur , m'a cent fois outragé. » — Ah I par son repentir , vous êtes bien vengé j » Ne le refusez pas: sa haine est redoutable. )) Il écrit un journal , Curl (i) l'invite à sa table, n Bon! D'où vient ce paquet? J'ouvre , et je lis ces mots : tt C'est un drame. Monsieur, nouvellement éclos. » L'auteur veut se cacher, attendant qu'il prospère; » A ce pauvre orphelin daignez servir de père. » Si je dis qu'il est mal, Dieu sait quelles fureurs ! Si je dis qu'il est bien. — « Parlez-en aux acteurs. » Je respire à ces mots. Grâce à certaines rimes. Nos histrions et moi , ne sommes pas intimes. La pièce est refusée. Outré de désespoir:
« Morbleu! dit-il , je veux l'imprimer dès ce soir,
( i) Libraire de Londres.
2i6 POÉSIES
» — Parlez-en a LintoU — Lui! ce fat d« libraire, » 'EnYinxfvimAni gratis y croira déjà trop&ice. » — Eh bien , retouchez-la. — Jesuiâ bien importun; » Mais^ me dit-il tout bas ^de gain sera commun. » A ces mots y je le chasse ; et , lui r'ouvrant la porte: « Vous et vos vers^ Monsieur^ de grâce que l'on sorte. »
Quand, du plus opulent et du plus sot des rois, L'oreille s'allongea pour la première fois , Son minisire indiscret ( d'autres disent sa femme ), Plutôt que de se taire y eut cent fois rendu Vame. Le secret fut trahi : le garderai- je mieux , Moi, qui vois tant de sots en porter à mes yeux ? a Modérez-Yous ; souvent l'indiscrète parole » A des ëchos tout prêts: le mot léger s'envole^ M Et les mots échappés ne reviennent îamais. /|
n Laissons l'âne montrer ses oreilles en paix« » — Quel mal peut-il vous &ire , et quel si grand désordre?. M — Quel mal il peut me ÙLire I il peut ruer et mordre. » Ces sots sont des méchants; pour trahir leurs secrets, » Je n'irai point les dire aux roseaux indiscrets, n Moi-même , à haute Voix , j'en instruirai la terre: » Un sot ne reste en paix que lorsqu'il craint la guerre. )) Je vous parais cruel; retenez bien ce mot: )» De tous les animaux le plus dur est un sot* »
Intrépide Godrus , les loges , le parterre^ Par d'affreux sifflements te déclarent la guerre; Un rire inextinguible, un rire universel , Éclate autour de toi , comme autrefois au ciel Quand Vukain , tout froissé de sa chute funeste. Traînait un pied boiteux devant la cour eéleste j
Ton drame aussi succombe ^ et ta pièce est à bas. Quel tumulte y grands dieux ! quel horrible fracas^! Inutile tempête! en vain l'orage gronde; Godrus, saus s'ébranler^ verrait crouler le monde: Son cœur y depuis long-temps s'endurcit aux revers. C'est le sage qu'Horace a décrit dans ses vers. Vois filer dans un coin cet animal infâme ; Que l'on brise sa toile ^ il renoûra sa trame. Confondez les discours de ce vil rimailleur; Il revient à l'ouvrage ^ avide écrivailleur ; £t^ fier d'un vain tissu ^ qui d'un souffle s'envole^ L'insecte admire en paix son ouvrage frivole.
Mais^ quels sont donc mes torts?Qu'ont perdu tous ces fous? Ce poète a*t-il moins son sourire jaloux?
Milord y ce fier sourcil où son orgueil éclate? Cibber, sa courtisane et ce seigneur qu'il flatte ? Henley ^ de sa canaille est-il moins l'orateur ? Moor y de ses francs-maçons y le zélé sectateur? Bavius n'est-il plus admis à cette table?
Ce prélat trouve-t-il Philis moins admirable? Sapho.... Bon dieu , paix donc! De pareils ennemis.... — Abl je crains plus encor de semblables amis. Alors qu'il vous outrage^ un sot n'est pas à craindre; C'est lorsqu'il se repent y qu'on est le plus à plaindre. L'un me dédie un tome y et son ton empesé;^ Plus que cent ennemis^ m'a ridiculisé; L'autre, la plume en main y chevalier de ma gloire , Pour moi, contre un journal, dispute la victoire. L'autre vend mes écrits lâchement enlevés ; L'autre crie après moi: « Souscrivez, souscrivez! »
ai» POÉSIES
Plusieurs ^ de mon corps même^ admirent la disgrâce.
c< Ovide eut votre ne^; vous toussez comme Horace;
M Alexandre portait l'épaule comme vous ;
» Vos yeux... » — Bon: mes amis y cet ëloge est bien doux
Ainsi ^ de ces mortels , fameux par leur mérite^
Ce sont précisément les dé&uts que j'hérite.
Quand je languis au lit^ dites-moi poliment:
« Virgile reposait comme vous justement ; »
Et quand j'expirerai, contez-moi, pour me plaire,
Qu'autrefois, comme moi, mourut le grand Homère.
Ciel! quel fâcheux démon m'a mis la plume en main? Que de papier perdu dans un métier si vain ?
Dès le berceau ( combien la nature est puissante ! ) Je bégajais des vers d'une voix innocente.
Âge heureux, où l'on sent des plaisirs sans douleurs y Où , sans craindre d'épine, on recueille des fleurs ! Mais du moins , en rimant , j'ai suivi mon génie ; Je n'ai point de mon père empoisonné la vie:
Ma muse ne m'apprit qu'à chanter la vertu; Qu'à surmonter les maux dont je suis combattu; Qu'à bénir tes bienfaits, tendre ami que j'honore ; Qu'à supporter ces jours que tu soutiens encore. Mais, pourquoi, dira-t-on, vous imprimer? Pourquoi! Eh! qui n'aurait été séduit ainsi que moi?
Walsh , ce fin connaisseur, le délicat Grand ville. M'ont dit: « Vous charmerez et la cour et la ville. » Garth,le généreux Grarth, daignait guider mes pas; Congre ve me louait, Swift ne me blâmait pas; Sheffield , Talbot, Somers, consentaient à me lire; Le grave Atterbury m'accordait un sourire;
FUGITIVES. ,2îw^
Et Boliisbroke 9 ami de Dryden vieillissant^ Embrassait avec joie un. poète naissant.
Heureux mes vers, de plaire à leur esprit sublime! Mais plus beureux l'auteur, de gagner leur estinie! Par eux, on jugera mon cœur et mon esprit.
Eb! que m!importe après., ce qu'un Burnet écrit? Rappelle-toi l'essor de ma muse novice.
Elle n'osait encor livrer la guerre au vice; Elle peignait des fleurs, des vergers, des ruisseaux. Qui pouvait s'offenser de ces riants tableaux ? Gildon pourtant, dès-lors, outragea ma personne. c( Uveut dîner, me dis-je, bêlas! )e lui pardonne. »
Qu'un censeur, moins fougueux , critique mes écrits; S'il dit vrai, j'en profite ; et s'il a tort, j'en ris. Mais je connais trop bien nos graves Aristarques ; Stériles en génie , et féconds en remarques; Le zèle, le travail, la mémoire, ils ont tout. Excepté du bon sens , de l'esprit et du goût. Ils savent , à propos, placer une virgule ; Pas un accent n'éc!()Lappe à leur docte scrupule ; Un mot, une syUabe épuise leurs efforts; Us jugent les vivants, ils commentent les morts ; Et, par l'éclat d'autrui, dissipant leurs ténèbres , Joignent leurs noms obscurs aux noms les plus célèbres. Tel le chêne soutient l'arbuste dans les airis ; Tel l'ambre offre à nos yeux de la paille et des vers. Mais que d'auteurs choqués! J'approuve leur murmure: Je les appréciai ; c'est sans doute une injure. Damon, que j'ai loué, n'est pas content de moi. Hélas ! c'est que Damou est trop content de soi.
!i3o POÉSIES
Pour louer un auteur, il nous Êiudrait connaître Non pas tout ce qu'il est , mais tout ce qu'il croit être ; Les beaux esprits, ainsi que les vieilles beautés, Trouvent leurs portraits faux , s'ils ne sont pas flattés. L'un , en un faux sublime , égare sa pensée , Et nomme poésie une prose insensée ; L'autre , faux bel esprit, tient mon esprit tendu , Veut être deviné , mais jamais entendu ; L'autre, des vers d'autrui s'est enrichi sans honte. Traduit, pour un écu, quelque insipide conte, De son étroit cerveau , tire vingt vers par an , N'écrit que pour prouver qu'il était sans talent , Revêt de cent tableaux une muse postiche.
Pille, dépense peu, mais n'en est pas plus riche. Cependant si ma muse, à ces minces auteurs.
Veut bien donner le nom d'heureux compilateurs , Quels cris! « Oui, disent-ils, dans sa fureur extrême , » Il lancera ses traits contre Addisson lui-même. » Ëh bien ! qu'ils meurent donc dans leur obscurité.
Mais , représentez-vous un écrivain vanté, Plein de grâce et d'esprit, sachant penser et vivre; Charmant dans, ses discours, subUme dans un livre; Partisan du bon goût , amoureux de l'honneur , Fait pour un nom célèbre, et né pour le bonheur; Mais qui, comme ces rois que l'Orient révère. Pense ne bien régner qu'en étranglant son frère ; Concurrent dédaigneux , et cependant jaloux , Qui, devant tout aux arts, les persécute en vous; Blâmant d'un air poli, louant d'un ton perfide; Cherchant à vous blesser, mais d'une main timide
FUGI'TIVRS. aSi
Flatte par mille sots^ et redoutant leurs traits ; Tellement obligeant , qu'il n'oblige jamais ; Dont k haine caresse, et le souris menace; Bel esprit à la cour ^ et ministre au Parnasse ; Faisant d'une critique une affaire d'état; Ainsi que son héros (i)y dans son petit sénat | Réglant le peuple auteur y tandis qu'en son extase.
Tout le cercle ébahi se pâme à chaque phrase
Parle, qui ne rirait de ce portrait sans nom? Mais qui ne pleurerait, si c'était Addisson ? Et qui n'aurait pitié du contraste bizarre D'une ame si commune et d'un talent si rare ?
Mes écrits , je l'avoue, affichés en cent lieux, Étalent sur nos murs leurs titres orgueilleux ; Et deux cents colporteurs , au lecteur qui s'empresse. Les vendent tout mouillés au sortir de la presse. Mais, me voit*on, bouffi d'une folle hauteur. Vouloir , en souverain , régir le peuple auteur? A ce peuple importun , encor plus que risible , Tel qu'un sultan allier, je me rends invisible. Après les vers nouveaux, je ne vais point courir ; Sans savoir s'ils sont nés, je les laisse mourir. Je ne vais point , trottant au travers de là ville , Colporter des couplets , répandre un vaudeville , Remettre à l'imprimeur un écrit clandestin , Des drames nouveau-nés décider le destin , Une drange à la main soulever le parterre, Dans l'ombre d'un café, réformer l'Angleterre;
(i)Gaton.
aSa POÉSIES
Las de prose, de vers, des Muses , d'Apollon, J'abandonbe à Bardas tout le sacré vallon.
Tel qu'Apollon , assis sur la double colline , L'épais Bar dus s^étale avec sa lourde minent Trente rimeurs gsgés le parfument d'encens ; Mécène et lui déjà vont de pair dans leurs chants. Son cabinet , orné d'un Pindare sans tête , S'ouvre indifféreihment à tout mauvais poêle. Chaque auteur , de son goût vient recevoir la loi^ Demande ses avis , et surtout un emploi ; Admire ses tableaux et sa magnificence; Et, pour diner un jour, pendant un mois l'encense. Mais , hélas 1 il commence à devenir frugal : Les uns , d'un froid éloge ont le maigre régal ; D'autres ont pour leurs vers quelque froide louange; D'autres , plus maltraités, ont les siens en échange. A ses yeux, que toujours le vrai talent frappa, Dryden, qui le croirait? Dryden seul échappa. Mais un grand éclairé, tôt ou tard se détrompe : Si Dryden meurt de faim, on l'enterre avec pompe.
Oh! puissent désormais, tous ces vils protecteurs. Grossir leur triste cour de tous ces vils auteurs I Que tout rimeur à gage ait une maison prête ! Que tout patron stupide ait un client plus bête ! Ainsi , tandis qu'un sot pour un fat rimera , Tandis que la bassesse à l'orgueil se vendra , Tous ces fous, loin de moi, fuiront l'un après l'autre. O grands! mon intérêt s'accorde avec le vôtre : Je hais la flatterie , et vous la bonne foi ; Gibber rampe chez vous, et Gay vécut chez moi.
FUGITIVES. a33
Ciel! fais-moi, comme Gay, vivre et mourir sans maître ! Savoir vivre et mourir, c'est le seul art peut-être» , Puissé-je,indépeudaiit de l'univers entier, Paraîtr|^oblement dans un noble métier , Vivant *pour mes amis , existant pour mpi-wieme, Lisant ce qui me plaît, et voyant ceux que j'aime. Du faquin qui protège implacable ennemi.
Mais aux grands. quelquefois donnant le nom d'ami! Non, je n'étais point né pour les. grandes affaires : Je crains Dieu, ne dois rien, récite mes prières ; Je dors, grâces au ciel, rans rimer en rêvant^ , Eh ! sais- je si Dennys est ou mort ou vivant ?
« Qu'allezrrvous imprimer? » vient-on souvent me dire. Ciel ! n'étais*] e donc fait que pour toujours écrire î Insensé ! n'ai-je donc rien de mieux à songer^ Point d'amis à servir, de pauvre à soulager !
c< J'ai trouvé Pope et Swift enfermés tête à tête , » Dit l'indiscret Balbus; quelque chose s'apprête. » J'ai beau lui protester, a £li ! non, je vous connais ; » Votre verve, dit-il, ne s'épuise jamais. »
Et la première horreur qu'un méchant distribue. Ce connaisseur pro£3nd d'abord me l'attribue.
Hélas ! malheur au vers le plus harmonieux Qui blesse l'innocent d'un trait calomnieux ; Dont la pudeur rougit, dont la vertu s'alarme ; Qui peut de deux beaux yeux arracher une larme ! Me confonde le ciel, si l'on voit mes discours Des jours d'un honnête homme empoisonner le cours ! Mais ce méchant fléau des vertus les phis belles. Qui compose dans l'ombre, ou répand des libelles^
Qui déchire avec art^ luais avec cruauté^
Le talent malheureux , l'indigente beauté ;
Ce grand qui^ près des roi3> adulateur servile^
Sous un ruban d'azur me cache une ame vile ;
Ce fat qui me protège avec un air si vain «
Qui^ vantant mes écrits y néglige l'écrivain ;
Qui y n'osant ine défendre alors que l'on me blesse^
Me voit par vanité, ine trahit par fiiiblesse ;
Qui, s'il n'est pas méchant, est du moins indiscret ;
Qui donne un ridicule, oi^ révèle un secret;
Qui , prêtant à mes vers des tournures malignes ,
Ta dire aux grands : a C'est vous que l'on peint dans ces lign
Voilà ceux qu'à mes pieds je veux voir abattus :
Je suis l'effroi du vice , et l'appui des vertus.
Que Sporus tremble ! — Qui? cette chétive espèce , Automate de soie, extrait de lait d'ànesse, Chenille que colore un brillant vermillon ?
Quoi? faut-il dans la mer noyer un papillon?
— > Du moins , écrasez donc cet orgueilleux insecte , Ce ver , aux ailes d'or , qui me pique et m'infecte ; Qui , formé dans la fange , et Ber de ses couleurs , De la société flétrit toutes les fleurs ; Parcourt , en bourdonnant , le Pinde et les ruelles , Mais sans goûter les arts , mais sans jouir des belles : Ainsi, dans le gibier , qu'il mordille en grondant, L'épagneul bien dressé n'ose imprimer la dent. Son sourire éternel annonce une ame aride s D'un ruisseau peu profond ainsi l'onde se ride. Mannequin animé par le soufile d'autrui , Il ne pense, il ne sent , ne juge point par lui ;
FUGITIVES. a55
Dans chaque pas qu'il fait , chaque mot qu'il profère ^
On reconnaît le fil et la main du compère.
Aux discours des savants méle-t*il son caquet ?
Parmi For des moissons on croit voir un bluet*
Voyez de mille excès ce bizarre assemblage y
Sërieusement fou y ridiculement sage ,
Par des moyens obscurs courant après l'édat ;
Qui put n'être qu'un sot , et voulut être un fat ;
Courtisan pédantesque y et pédant petit-maître y
Dégradant ce qu'il est par tout ce qu'il veut être ;
De la société brillant caméléon y
Socrate le matin y le soir Anacréon y
A force d'agrément parvenant à déplaire ,
Ayant toujours un rôle, et pas un caractère.
Sa gravité déplaît » sa légèreté pèse y
Lui-même est une plate et risible antithèse ;
Une espèce amphibie , équivoque animal y
Avantageux et bas y doucereux et brutal ;
Tour-à-tour grand seigneur ou petite-maîtresse ,
Mignard comme une fille y ou fier comme une altesse ;
Frivole par l'esprit, infâme par le cœur,
Fat auprès d'une femme, auprès des rois, flatteur.
Belle Eve, ainsi l'on peint ton séducteur funeste ,
Ange par la figure, et serpent par le reste :
C'est un être choquant, même par sa beauté ;
Affable par orgueil , rampant par vanité.
Libre d'ambition , insensible aux richesses , Courageux sans hauteur, complaisant sans bassesses , Voilà le vrai poète; il plaît, mais noblement : De l'orgueil d'un ministre, il n'est pas l'instrum^t.
i36 POÉSIES
Flatter, même les rois, à ses yeux est coupable ;
De mentir, même en vers, sa bouche est incapable.
Chez lui la poésie est plus que de vains sons ;
La sublime morale ennoblit ^es chansons ;
Il fait briller le vrai dans la fiction même :
Ce n'est point un vain nom , c'est la vertu qu'il aime.
Il respecte les grands, et ne les flatte pas ;
Il dompte sels rivaux y sans Kvrer de combats ;
Il voit avec mépris le louangeur stupide ,
L'agresseur furieux , le défenseur timide.
Le critique implacable , et qui mord sans pitié ,
Le bel esprit jaloux ,. et qui loue à moitié ,
Tantiie coups sans effet, tant de traits sans blessure.
Et la haine impuissante, et l'amitié peu sûre.
Qu'on réchauffe cent Ibis des contes pleins d'ennui j
Que l'on charge son nom des sottises d^autrui ;
Qu'un méchant affamé défigure , pour vivre ,
Ses traits dans une estampe, et ses mœurs dans un livre;
Qu'on l'outrage dans ceux qui lui sont les plus chers ;
Qu'on blâme sa morale , au déi&ut de ses verjs ;
Que l'on poursuive encor , par une lâche envie ,
Ses amis dans l'exil , et son père sans vie ;
Qu'enfin, jusqu'à son roi, les vils échos des cours
Fassent de ces méchants retentir les discours :
Adorable vertu,, c'est à vous qu'il s'immole I
C'est pour vous qu'il souffrit ; par vous il se console !
— Mai$ j'insulte le pauvre , et je brave les grands.
— Oui, pour moi, l'homme vil est vil dans tous les rangs j Je le hais sous le froc, ainsi que sous la mitre ; Chevalier d'industrie, ou chevalier en titre ;
FUGITIVES. a57
Écrivain mercenaire^ ou courtisan vëiial ; Assis sur la sellette y ou sur le tribunal ; Triomphant dans un char, ou rampant dans la boue ; Admis auprès du trône, ou conduit à la roue.
Cependant cet auteur , si terrible et si craint , Sapho sait qu'il n'est pas aussi noir qu'on le peint. Dennys même avoûra , s'il veut être sincère , Qu'en méprisant ses vers , il aida sa misère. On l'accusa d'orgueil : il était si peu fier , Qu'il visita Tibald , et but avec Cibber. ^
Un prêtre, contre lui vomit* un gros volume?
L'a-t-on vu, pour répondre^ user en vain sa plume? Pour plaire à sa maîtresse, un fat l'ose outrager : Ah ! qu'elle soit sa femme, et c'est trop le venger ! Que Pope soit l'objet d'une satire amère. • Mais pourquoi dénigrer et son père et sa mère ? Sa mère a-t-elle , hélas ! médit de son prochain ? Vit-on jamais son père outrager son voisin?
Lâches, écoutez-moi; respectez sa famille.
Et ne ternissez plus l'éclat dont elle brille : Son nom sera sacré, tant que cet univers Chérira les vertus, et lira les beaux vers.
Ceux dont il tient le jour, et l'époux et la femme , Etaient nobles de nom comme ils l'étaient par l'ame. Leurs a'ieux, pour l'honneur, combattirent cent fois, Quand de l'honneur encor nous connaissions les lois. — Mais qu'étaient leur fortune et leurs biens? — Légitimes» Us laissèrent Crassus s'engraisser par des crimes. Ce bon père, aujourd'hui l'objet de ses regrets. Gentilhomme sans morgue, héritier sans procès ,.
!i58 POÉSIES
Citoyen sans cabale y époux sans jalousie y Traversa douœment l'espace de la vie.
Jamais il ne parut au tribunal des lois y Jamais d'un faux serment n'appuya de vains droits. Il n'était point enflé d'une vaine science :
Le langage du cœur fut sa seule éloquence.
Éclairé par l'usage, et poli par bonté y Sain par la vie active et la sobriété.
Ses vénérables jours furent long^, sans souffrance; Son paisible trépas fut court y sans violence. Ciel ! accorde à son fils et sa vie et sa mort y Et les en&nts des rois vont envier mon sort !
Ami, jouis toujours de ta douce folie :
Pour moi, mon coeur se plaît dans sa mélancolie : Puissé-je encorlong-temps, par de pieux secours^ Conserver une mère , et prolonger ses jours ; Sur le bord dii cercueil soutenir sa faiblesse; Égayer ses langueurs, et bercer sa vieillesse; Prévenir ses besoins, les lire dans ses yeux , Et retarder encor son départ pour les cieux !
ÉPITRE
A DEUX ENFANTS VO Y AGEURS (l).
Enfin vous l'allez voir ce continent si vaste. Vous partez dans vos jeunes ans ,
( I ) Ce morceau a ëlé compose en iBoi ^ pendaDt le sëjoiir de Fauteur en Angleterre.
FUGITIVES. a39
Quand vos esprits^ tos organes naissants, Peuvent saisir chaque contraste* Mais soufirez qu'un vieillard, sans rudesse et sans faste , Par votre aimable accueil dès long-temps prévenu , Et profitant pour vous de tout ce qu'il a vu , De loin vous montre sur la route Les dangers qu'il faut qu'on redoute , L'ennui , l'orgueil y et la légèreté.
Dans chaque empire et dans chaque cité , De voyageurs une foule pullule; Chacun a sa marotte et tous leur ridicule.
L'un , à la suite d'un cartel , Qui veut du sang , pour un mot , pour un geste , Bien loin du séjour paternel.
Victime d'un orgueil funeste.
S'en va mourir d'ennui sur les bords du Texel: Un coup d'épée eut été moins mortel.
L'autre , promeneur solitaire ,
Et voyageur apothicaire , Ya chercher sur les rocs , sur la cime des monts. Dans le fond des forets , dans le creux des vallons, La plante du centaure, ou l'herbe vulnéraire.
Ou le salubre capillaire :
Et, fier de son butin lentement recueilli , Revient la tête vide , et son herbier rempli.
Cet autre , préférant les arts à la nature.
Va chercher la moderne ou vieille architecture. Il est heureux, s'il sait, à la rigueur,
i4o POÉSIES
Combien Saint-Paul a de longueur ^
Combien tous les temples du monde Le cèdent en hauteur à la grande rotonde
Qui, s'élevant eccesswamenie ^ Va porter jusqu'aux ciéuî le nom de Bramante. En maçon très chrétien il a couru la terre, Vu tous les patrons goths , grecs , gaulois, ou romains,
Les temples celtes ou germains.
Il part , revole en France , en Angleterre , Il compte en masse , hélas ! et souvent en détail, La nef d'Amiens, de Reims le célèbre portail. Et du chiœur de Beauvais le superbe travail , Et les vitraux de Tours , précieux à l'histoire. Où plus d'une famille a retrouvé sa gloire ; Les forts de Valencienne et ceux de Luxembourg, Et les rocs dentelés du clocher de Strasbourg; L'Escurial, le Louvre, et Saint-Roch , et Saint-Pîerrc, Leurs châsses , leurs cercueils, le mur qui les enserre,
La grille dont ils sont enceints; Enfin ses longs discours , ses récits, ses dessins. Pleins d'autels , de tombeaux, et de marbre et de pierre; Même aux dévots font redouter les saints.
L'autre à bien festiner met sa philosophie^ Où l'on mange et boit bien est sa géographie; 11 voyage en gourmand; il compare en chemin La truite de Genève à la carpe du Rhin ,
Les pleurs du Christ au cru de Chambertin , Le Calabrois, le Santorin ,
Dont un volcan féconda le terrain , •
FUGITIVES. !24i
Les vins pourris dans les fosses d'Espagne ^ Au vieux nectar qu'en plus d'une caippagne Nos grenadiers français buvaient le sabre en main '^ Dans IjBs foudres dé l'Allemagne, Tantôt $on savoir bien nourri S'en va, d'auberges en auberges ^ Chercher dans quels climats , sous quel ciel favori , Les pqis nouveaux et les asperges, Pour complaire à sa volonté , Préviennent le printemps, survivent à l'étéé Aux champji de la Romagne, aux îles de l'Attique,
Dans sa gourmandise classique, Il demande en courant le Ghio, le Massique Qu'Anacréon et qu'Horace avaient bus , A qui leur verve poétique Paya de si justes tributs.
Il veut savoir quel vin moderne , Remplace le Gécube, et tient lieu du Falerne* Il ne s'étonne pas que les arts soient perdus
Depuis que ces vins ne sont plus.
Il goûte, il juge tout, passe.de halte en halte. Des vergers de Montreuil aux oranges de Malte, Du lièvre sans saveur et du fade lapin , Nourris des débris du jardin , Aux gibiers du midi, dont la chair renommée
Est de lavande et de thym parfumée.
Ou de la bartavelle à la rouge perdrix.
Dont l'épagneul évente les esprits ^ Parcourt tous les terroirs en oliviers fertiles. De Lucque et d'Aix va comparer les huUes,
Rapporte enfin chea lui des indigeftltons
De tout pays , de toates nations.
Tantôt y peu satisfait deoos serres françaises y Il s'arrête en chemin , charme par un heau fruit
Dont le parfrun et le goût le séduit ^ Prend là ses repas et ses aises.
La saison finit*elle y il appelle à grand bruit ^^% gens j ses postillons y fait atteler ses chaises y
Et disparaît tout juste avec les fraises.
D'autres , de Favenir , du présent , peu frappés , Infatigables antiquaires y Du passé seul sont occupés ; Dans les vallons y sur les monts escarpés Vont déchiffrant des marbres funéraires ^ Vont déterrant des urnes cinéraires.
Se pâment sur un mur bâti par Gicéron y Ou sur un coin du jardin de Néron ; D'écus grecs ou romains^ ou d'antiques médailles , Ils s'en vont ramassant des restes curieux; Us appliquent la loupe ^ ils fatiguent leurs yeux Sur le vert-de-gris précieux De ces augustes antiquailles »
Du vorace Vitellius Cherchent les casernes royales, Ou des Tibère, des Gaîus, Les cavernes prétoriales; Comblent de leurs débris des chars et des vaisseaux; Puis fiers de ces rares morceaux , Pour embellir leurs scènes romantiques,
Us vont de cet amas de décombres antiques , De colonnes sans base et de vieux chapiteaux , Attrister leurs jardins , encombrer leurs châteaux ;
Doctes fouillis de la Grèce et de Rome y Où logent cent consuls y et souvent pas un homme ! Antre nobiliaire , ambitieux donjon , Où^ comme les vivants y chez d^Hozier, chez Baujon^
Les morts inscrits sur leurs registres Présentent en entrant leurs dates et leurs titres.
Des cartons sous le bras y dans les mains des crayons y L'autre s'en va chercher loin de nos régions Des ruines , des paysages y Dessiner quelques monts sauvages y Quelques rochers bizarrement taillés, Et d'arbrisseaux rampants richement habillés ,
De beaux lointains y et de riches ombrages.
Au fond d'un porte-feuille il dépose enterrés Des champs flétris , des monts décolorés* Partout où s'est montré ce grand paysagiste y Chaque lieu semble triste De voir ainsi déshonora Ses bois y ses ruisseaux et ses prés , A qui le crayon des artistes * N'a pu laisser ce ciel pur et vermeil, Ces beaux reflets , et ce soleil , Le plus brillant des coloristes.
Lui cependant, tout fier de ces riches moissons , Du grand art des Poussin récoltes poétiques, Va bientôt dans d'autres cantons ,
Pleins de grands souvenirs , fameux par de grands noms,
Autour des remparts historiques
Des Augustes et des Gâtons ,
Reprendre ses courses classiques;
Passe des égoûts de Tarquin
A cette fontaine chérie Du grand législateur confident d'Égérie^ A la tombe où dormait Scipion l'Africain ,
A la masse du Golisée , Par un neveu papal depuis long-temps brisée; Passe en revue et les champs et les monts; Et, sa docte valise une fois bien remplie , Il court en France apporter l'Italie, Ses arcs triomphateurs , ses aqueducs, ses ponts ^
Et ses temples , et leurs frontons ;
Et dit , d'une ame enorgueillie :
Rome n'est plus dans Rome, elle est dans mes cartons.
Dans de plus longues promenades ,
L'autre , badaud parisien.
Chez le peuple vénitien, A Naples, va chercher des bals , des mascarades, La bénédiction qu'on donne au Vatican ;
Ailleurs , le spectacle d'un camp ,
Des manœuvres et des parades ;
Ailleurs, un beau couronnement.
Grand et superbe événement
Où les étrangers accoururent,
Où trente puissances parurent.
Quel plaisir, de retour chez soi,
FUGITIVES. a45
De conter à ses camarades Quel hasard le plaça tout à côté du roii Les fêtes , les soupers , les danses 3 les aubades^
Les balustres et les arcades ,
Les tribunes et les balcons, Combien les Allemands vidèrent de Qacons !
Du cérémonial de cette grande fête
Le fat vous étourdit la tête, Redit chaque détail qui flatte son orgueil , Les noms de tous les grands qui lui firent accueil; Et même il a sur lui le ruban honorable Que lui donna la cour dans ce jour mémorable*
Epris de plus nobles objets , Des portiques , des colonnades » ' Des danses et des sérénades Ont pour vous de faibles attraits.
Le choix savant et des vins et des mets
N'est point entré dans vos projets; Four le beau seul vous êtes nés gourmets •
Des cathédrales et des temples Votre pays vous offre assez d'exemples :
Et la belle nature aux plus savants pinceaux Y peut fournir d'assez riches tableaux.
Jeunes encore , et vertueux et sages, Le désordre n'a point commandé vos voy.iges ; Ce travers n'est pour vous qu'un objet de pitié; De plus nobles motifs vous ouvrent la carrière; Et , quand vos pas quitteront la barrière^ Vous ne laisserez en arrière^ •
a46 POÉSIES
Que les regrets de ramitié.
Laissez les ruines antiques
A ces amateurs fanatiques Des temples, des palais, des urnes, des tombeaux , Pour qui les plus anciens sont toujours les plus beaux ,
Dont rérudition profonde Dans chaque souterrain et dans chaque caveau
Court interroger le vieux monde ,
Sans s'inquiéter du nouveau. Etudiez les peuples et les hommes ; OubUez ce qu'on fut pour voir ce que nous sommes.
Pour voyager avec succès De l'habitude encore évitez les excès.
Il ne faut aimer trop , ni trop peu sa patrie ; L'un serait sacrilège , et l'autre idolâtrie.
Les uns, obstinés citoyens, .
Ne trouvent que chez eux le vrai goût, les* vrais biens,
Ne conçoivent pas qu'on puisse être Autrement que l'on est au lieu qui les vit naître;
Qu'on soit Irlandais à Dublin , Perse dans Ispahan, Allemand à Berlin.
Ivres de leur terre natale , Sur le talent, la vertu, la beauté.
Ils vont braquant de tout côté
La lunette nationale :
Et de tous les états, et de tous les pays.
Ils reviennent chagrins, haïssant et haïs.
Pour désenfler ses hypocondres, L'autre au sein de la France, au milieu de Paris,
FUGITIVES. îteij
Veat transporter les courses , les paris , Et toutes les gaités de Londres.
Pour se chauffer durant l'hiver , Il commande un grate ( i ), xmj'ender (ti) ; Pour sa fourniture complète Ne manque pas de faire empiète De Vinfatigable poker (3) , Qui, des passe-temps )e plus cher^ Près d'une cheminée au spleen un peu sujette , Où siègent les vapeurs et la consomption , L'étude en bonnet noir , la lecture en lunette^ La politique auprès d'une gazette ^ Et l'avarice auprès de sa cassette , Du mélancolique charbon Faisant partir par amusette^ Quelquefois par distraction | La rapide étincelle et la vive bluette ,
Pour égayer la méditation , Dans les jeux du foyer remplace la pincette.
Il ne sort pas sans un spencer , Ne ht que Milton et Chaucer ; Pour n'en pas perdre l'habitude , Du nom de roui il appelle nos bals, Et du sort des Français n'a plus d'inquiétude
Depuis qu'ils ont adopté les wauxhals; A ce bel opéra , que le monde idolâtre ^ Va de Covent-Garden regretter le théâtre^
(i) La cheminée dans lacpielle on place le charbon, (aj Espèce de garde-cendres.
(5) Tieat liea de pincette*
Sollicite avant son départ Le combat du taureau^ la cha^e du renard :
S'étonne seulement qne la France ait fait grâce Aux loups y dont l'Angleterre extermina la race; Se fait admettre au club^ paye en livres sterlings Sa soupe à la tortue^ et ses chers plum-puddings ; Four mieux s'habituer à la langue française; Se rend exactement à la taverne anglaise , Et , dans ses jeux chéris soigneux de s'exercer^ A nos Parisiens veut apprendre à boxer ; Partout de son pays conserve les coutumes ,
Les usages et les costumes; Enûn y rentrant chez lui comme il était sorti y Y revient plus anglais qu'il n'en était parti. D'autres , lassés du séjour de leurs pères, Vont poursuivant de lointaines chimères, Et , se dépaysant pour devenir meilleurs , Dénigrent tout chez eux , adorent tout ailleurs. Tout ce qu'ils n'avaient pas charme leurs goûts frivoles,
Ainsi les superstitions.
Chez les antiques nations , Des cultes étrangers empruntaient les idoles. Du joug de l'habitude ils marchent dégagés.
Et perdent leur sagesse avec leurs préjugés.
Ainsi du bon Français quand l'humeur vagabonde
Se mit à parcourir le monde , Partout il moissonna les sottises d'autrui , Et dans le monde entier ne méprisa que lui ; Il courut mendier aux terres étrangères Ses usages, ses mœurs ^ et ses lois passagères.
FUGITIVES. a49
Aux rochers de la Suisse , aux plaines d'Albion , II croyait s'élancer vers la perfection.
Revenu, disait-il, de ses erreurs premières, Il déliait son joug, et brisait ses lisières. Qu'arriva-t-il ? Au lieu de nouvelles lumières, U rapporta pour prix de son instruction , - •
L'extravagance et la destruction.
En berline, en wiskis , en frac, en guêtre , en bottes , En gilets écourtés , en longues redingotes , La révolution , pour punir les Français, A des goûts étrangers dut ses premiers succès.
De motions nos cafés résonnèrent^ De mots , de plans nouveaux, nos vieillards s'étonnèrent j De jeunes fats et d'imberbes Gâtons • Dans nos tribunes dominèrent.
Ridiculement y prônèrent La république des Platons.
Des bavards de tous les cantons Nos j eunes dames raffolèrent ; Les grâces , les ris s'envolèrent.
Mille petits Catilinas Inondèrent nos clubs , nos salons , nos sénats. Le cœur se corrompit, les esprits se troublèrent. Comme un torrent fougueux le désordre roula.
Plus de respect pour ses chefe, pour ses maîtres^ La licence à ses pieds foula Les ouvrages de nos ancêtres; Le mauvais goût eut de nombreux fauteurs.
Le tragique fit place à d'effroyables drames ; La terreur à rivQnneur succéda di^ns les âmes ,^
%i0 POÉSIES
Et U pitië resta pour les auteurs.
La sensible auiitië oe vit plus que des traîtres. Dans ses vieux fondements l'empire chancela, Les débris des autels écrasèrent les prêtres , Et sur les courtisans le trône s'écroula.
Évitez ces excès ; voyez la jeune abeille,
Qui , dès le retour du matin , Sur le thym odorant , sur la rose vermeille ,
Cueille la cire et cherche son butin.
Dans sa loge natale, ou dans d'autres cellules. Ses partialités , ses dégoûts ridicules Ife vont point s'informer comment se fiiit le miel; Elle suit son instinct, la nature et le ciel.
Lnitez-la; repoussez tout système :
Vous le savez , et du bien et du mal Le ciel à tous les lieux fit un partage égal. Avant l'étude , avant l'expérience.
N'avons-nous pas la conscience?
C'est à ses lois que l'on doit obéir.
Sur les objets qu'on doit hair ,
Sur ceux qu'il faut qu'on aime, Chacun est son juge à soi-même.
De l'imitation le -danger est extrême.
Observez avec soin, choisissez à loisir.
L'art de bien voyager , c'est l'art de bien choisir. Mais ne vous bornez pas aux plus prochains rivages; Examinez d'un regard pénétrant D'autres pays, d'autres usi^s.
FtJGlTIVES. i5i
Et sur les boi'ds lointains ^ polices ou sauvages y Gomme votre pensée , étendez vos voyages.
Vous êtes bien petits , et le monde est bien grand. Quel que soit le climat qu'aborde votre audace ,
N'espérez point trouver les lieux
Tels que les virent nos aïeux.
Le temps qui forme tout, et par qui tout s'efface,
Du monde entier changé la face, Les peuples, les climats, l'eau, la terre et les cieux. Vous chercheriez en vain Tyr, Carthage, Ecbatane, Un volcan engloutit et Lisbonne et Catane.
Sur son terrain , par le temps exhaussé ,
Le Capitole est abaissé.
Où reposait la famille des Jules
Des capucins ont leurs cellules.
Ne voyez rien d'un œil léger et dédaigneux.
Observez d'un regard soigneux Les changements des lois , des hommes et des dieux : Vous êtes bien enfants, et le monde est bieû vieux.
Sachet, aussi dans votre course.
Des peuples dispersés chercher l'antique source. L'un est né des Gaulois et l'autre des Germains ; L'un est enfant des Grecs , et l'autre des Romains.
Cet autre, fier de son vieil âge.
Fils de l'Egyptien, ou du Scylhe sauvage.
Changea cent fois de mœurs et d'esclavage.
Que de peuples divers, nés du même berceau.
Prennent des traits, un goût, un langage nouveau.
Et des habitudes contraires , Dépendant du vainqueur, du siècle et des climats!
aSa POÉSIES
Dans le monde habité tous les peuples sont frères; Et tous , ainsi que vous, ne se ressemblent pas. Mais en vain vous souffrez dans votre aimable eoÊmce
Cette conformité de traits y Il est entre vous deux des rapports plus parfaits , Même docilité y même reconnaissance, Pour l'homme vertueux de qui l'expérience
A vos yeux charmés dévoila
Tous les secrets de la science; Même amour pour les lieux où vous prîtes naissance,
Pour Dieu, pour votre roi : voilà
Votre plus noble ressemblance.
La fable vainement nous entretient encor
Et de PoUuxet de Castor, Infortunés jumeaux que le destin bizarre Plaçait l'un dans l'enfer et l'autre dans les cieux.
. Par un sort plus doux et plus rare , Même félicité vous réunit tous deux;
Même soin forma votre enfance.
Du jeune âge oubliant les jeux ,
Dans un voyage courageux
Allez cueilUr la récompense
De votre loisir studieux.
Mieux instruits , vous jouirez mieux; Les états , les cités, les peuples et les lieux
Ne disent rien à l'ignorance ; Son regard n'en saisit que la vaine apparence ,
L'ignorant voit, le savant pense.
Jadis, la veille des combats , Des grands événements, et des lointains voyages.
Les princes et les potentats Interrogeaient le ciel et consultaient les mages; Pour moi, sans me placer au nombre des devins,
Déjà sur vos futurs destins
J'ai des augures plus certains ,
J'ai de plus assurés présages.
Une beauté forma vos. esprits enfantins.
Une beauté qui joint à la gaîté française La bonté germanique et la douceur anglaise.
Un sage, ami des lois, des beaux-arts et des dieux, Connu par son talent, connu par sa sagesse.
Des écrits de Rome et de Grèce Vous déroula les trésors précieux ,
Ce qu'a de plus délicieux,
De plus sublime, déplus sage, Le bon peuple qui vit l'aurore de votre âge.
Jugez d'après son goût , voyez d'après ses yeux. Du sensible Antrobus, dont le cœur généreux Des bons Français a mérité l'hommage.
Payez l'amour , et remplissez les vœux :
C'en est assez: je réponds du voyage.
Mais quand par le succès il sera couronné , Parmi ces écrivains, vos compagnons fidèles ,
N'oubliez point votre Cicérone, Et laissez le disciple auprès dç ses modèles. Mes jardins, pleins de flei^rs, que dans nos parcs français Ma Muse transplanta de vos jardins anglais.
Parmi tous ces écrits , charme de votre route. Grâce à votre amitié, vont vous suivre, sans doute j £t, ^i j'en crois ce Gibbs, qui d'un si joli ton ,
Dans son élégante lecture y Récite avec affection Ces vers sans art ^ dictés par la nature^ Je le dis sans présomption, Le succès assuré de votre heureux voyage Passera mon ambition , Et je prévois plus d'un suffrage Pour ma petite édition.
Encore un mot. Dans votre excursion Vous n'oublierez pas cette. France, Qui par le nombre et la vaillance^ Son inépuisable opulence , D'audacieux exploits, d'illustres attentats,
A pesé sur tous les Etats^ Là, vous verrez encor l'idole de la France, L'honneur, cette brillante et trompeuse monnoie
Qu'au bien public un esprit ^ge emploie, Qui court de main en main, du noble au roturier, Des princes aux sujets, du poète au guerrier* C'est l'honneur qui créa des ordres, des chapitres, Mesure les égards sur les rangs, sur les titres; Veut des plaisirs ou bruyants ou coûteux ,
Du silence seul est honteux; Moins empressé, moins ambitieux d'être,
Que jaloux de paraître.
Fait de l'orgueil la base du devoir; Par des distinctions, des richesses se venge; Commerce de respect, trafique de louange.
Les donne pour les recevoir; Préfère aux vrais besoins, l'or, le jaspe, et l'albàtrej
FUGITIVES. a55
Cherche des spectateurs et demande un théâtre ;
Se montre pour briller^ brille pour éblouir^
Et jouit en efiPet^ s'il a l'air de jouir;
Flétri d'un rien y heureux de peu de those y Il marche fier des chaînes qu'il s'impose; Pour lui y le plus superbe don
Est un coup-<l'œil du prince, un sourire, un cordon ;
Même avant ses quartiers, il compte ses services , Se pare de ses cicatrices;
Un brancard décoré de ses sanglants lambeaux ,
Un trophée ennemi conquis dans les batailles ,
Des grenadiers en pleurs suivant ses funérailles Le flattent plus qu'un fastueux cercueil.
Les pompes de la mort et le luxe du deuil;
U aime l'héroïsme, abhorre la bassesse; En vain Plutus, entouré de trésors.
Au dieu d'hymen ouvre ses coffres-forts; Il veut pour dot , au lieu de la richesse , Un nom sans tache , un rang, et la sagesse ;
Il est souvent l'espoir des peuples abattus ,
L'aiguillon des talents et l'ame des vertus.
Mais aussi qu'un grand choc ébranle un grand empire , L'honneur lui-*meme à sa perte conspire.
L'opinion , simulacre du jour.
L'opinion , divinité frivole , Entend sa voix, il commande, elle vole
De l'église au barreau, de la ville à la cour;
Poursuit delà les mers sa course vagabonde;
Nègres et blancs s'arment en un clin d'œil ; Le sang rougit la terre et l'onde;
Les champs, les cités sont en deuil :
On est brouillon par mode et méchant par orgueil. Malgré les changements qu'a subis ce théâtre, Sur ce terrain mouvant, sous ce ciel orageux, Vos yeux surpris verront la jeunesse folâtre
Et Fallégresse opiniâtre Recommencer ses bals , ses danses et ses jeux.
Que sa longue enfance idolâtre*
Tel le voyageur curieux Qui d'un volcan horrible , Vient observer l'explosion terrible ,
Sur les bords du cratère , interroge en tremblant Les cavités de 1 abime brûlant.
Les points d'où partit l'incendie.
Où la lave s'est refroidie^
Mais, parmi ces monts menaçants.
Où dans les tourbilloBs de ses feux étouffants
Le gouffre ensevelit les mânes
De leurs femmes, de leurs enfants.
Bientôt il voit les bergers triomphants Rétablir en chantant leurs antiques cabanes ,
Y reconduire leurs troupeaux ,
Reprendre leurs joyeux pipeaux;
Sur la terre encor mugissante , .
Les gazons refleuris, la moisson renaissante:
L'industrie appelant les arts..
Les superbes cités relevant leurs remparts , Les églises leurs tours, et les arbres leurs faîtes, Et la nature en deuil, et la nature en fêtes.
FUGITrVES. a57
Ainsi ) d'un œil surpris ^ et des biens et des maux Vous contemplerez les tableaux.
Par un moins bizarre assemblage ^ Quelque pinceau capricieux Sur un même visage^ Pour amuser nos yeux ^ Aux traits du rieur Démocrite Unirait ceux du pleureur Heraclite J Et sur ses murs Voltaire aurait édrit :
C'est Jean qui pleure^ et Jean qui rit^ Sans cesse menacé par l'Océan qu'il brave , Tel vous ne verrez point l'industrieux Batave: Le travail > la sagesse^ et toutes les vertus
Entre leurs mains fidelles Tiennent chez lui la clef du temple de Plutus. Il respecte les lois et les mœurs paternelles; Dans souterrain conquis sur l'abime des flots ^ Doublement enrichi pat la terre et les eaux >
n est frugal au sein de l'abondance; Hardi spéculateur^ guidé par la prudence^ Son industrie est son trésor , Son crédit est l'économie ; Dans l'avenir il rejette la vie; Seul il règne au milieu de ce monde amphibie^ Commande aux éléments , mais obéit à l'or ; Fier de sa propreté, de sa simple élégance,
Son luxe est sans extravagance; La seule utilité dirige ses projets;
Pour lui les prés ne sont que des pâtures, Les chênes des sabords, et les pins des mâtures 1
!i58 POÉSIES
Les vents ne sont que des soufflets , La mer un grand chemin y les vaisseaux des voitures.
Adieu ^ chers nourrissons de la riche Angleterre! Je vous ai transportes de votre heureuse terre.
Du séjour chéri de vos rois, De leurs simples palais, de leurs bosquets champêtres, Ornés par les vertus de leurs augustes maîtres ,
Où le pouvoir siège à côté des lois, Au Louvre , où de Louis régnèrent les ancêtres ;
A ces jardins célébrés tant de fois , Embellis par les arts, dessinés par Le Nôtre,
Beaux lieux tout-a-coup wvabis Far un peuple qui fit son malheur et le nôtre.
Quand vous aurez visité mon pays.
Revenez proraptement âtre heureux dans le vôtre. Là , tout doit charmer vos regards; Ce pays est celui des arts , Des vertus , des lois protectrices , Qui d'un bonheur égal font jouir tout Fétat, Du roi, du peuple et du sénat.
Inexorables bienfaitrices.
Revenez donc dans cet heureux séjour, Présent à votre esprit et cher à votre amour. Plus on parcourt le reste de la terre.
Plus on apprend à chérir TAngleterre, Vers ces beaux lieux hâtez votre retour.
Ainsi la vagabonde et frileuse bironddle , Que loin des noirs frimas Un printemps étranger appelle,
FUGITIVES. ftSg
En de moins rigoureux climats , Revient^ aime k revoir , se plaît à reconnaître Le ohamp qui la nourrit, le ciel qui la vit naître, Et ces murs paternels et ces fragiles toits Que son vol rasa tant de fois
D'une aile fiimilière , Et la solive hospitalière Qui soutenait son nid. Là, de son douK berceau Le duvet la reçut; là, de sa tendre mère Le bec, pour son repas , lui portait un morcieau Ou de mouche , ou de vermisseau.
Là, sa diligence attentive Dirigea son vol faible encor, Enhardit son aile craintive A prendre son premier essor ; Ce lieu , de son en&nce ancien dépositaire, Sera de ses neveux l'empire héréditaire ; Pères , mères , enfants , au printemps réunis , Y viendront faire encore et l'amour et leurs nids.
Revenu de ses incartades , Le pèlerin ailé fait à ses camarades Des récils curieux, utiles, ou nouveaux.
Où sont les plus beaux grains et les plus belles eaux. Où chantent le mieux les oiseaux.
Où sont leurs plus douces peuplades , Où Fhorrible vautour, où l'avide épervier
Troubla le moins ses douces promenades :
Ce toit qui le vit essayer Et son instinct novice et sa plume nouvelle, Qui jeune encor l'entendit bégayer
a6o POÉSIES
La chanson paternelle »
Où la douce habitude en secret le rappelle^ Seul peut lui plaire , et seul peut l'égayer ; Et la plus riante charmille , Où y par la verdure séduit^ Le peuple des oiseaux fourmille, Plaît moins à ses regards que cet humble réduit^ Et ces toits enfumés, berceau de sa famille.
Aussi le zéphir printanier En vain revient le convier A quitter sa poutre chérie; Si long fut son exil! si douce est sa patrie ! Il partit vagabond , il revient casanier.
Ainsi le voyageur , que loin de son foyer Un instinct curieux exile, Avec transport retrouve son asile; C'est là qu'il veut vivre et mourir. Pourquoi Ohercherait-il encor les terres étrangères , Chez d'autres nations et sous une autre loi?
La défiance est mèr€ de Teffroi:
Les changements de lieu ne nous profitent guères, On peut s'instruire ailleurs, on ne vit que chez soi.
RÉPONSE
A UNE LETTRE DE M. d'ÉtAMPES, LE ^2, FÉVRIER 1808.
Le ciel a donc pour vous exaucé tous mes vœux ! Vous faites mon bonheur en vous disant heureux!
FUGITIVES. aôi
Sagement gai y jeunement sage ^ Loin de la grande ville ^ infernal paradis, Où viennent se damner nos jeunes étourdis.
Loin de l'urne, où du sort l'éternel balotage
Tire au hasard tant de différents lots.
Les malheurs du génie et les succès des sots , Possesseur fortuné d'un riant paysage ,
Entre l'étude et le loisir,
Moitié travail, moitié plaisir, Vous savez de la vie assurer le voyage.
Pour vous tout gîte est bon , tout ciel est sans nuage. D'utiles passe-'temps , d'agréables labeurs^ Des contes et des vers, vos enfants et vos fleurs;
Un espalier où la culture
Aide à corriger la nature ;
Dans la maison point de mic-mac; Le paisible échiquier, et le bruyant trictac^ Et l'ivoire arrondi qui va chercher la blouse ; De la gaîté sans bruit, de l'esprit sans efforts , A table autour de vous des esprits assez forts
Pour être treize, au lieu de douze ; Un cercle peu nombreux , moins brillant qu'amical j Quelques gouttes d'aï dans le tonneau du mal ;
Bons amis et bon voisinage ; La foire du canton , la fête du village ;
Quelques perdreaux tirés au vol ;
Bien sans procès , Normands sans dol ;
Des ouvriers qui vous conçoivent ;
Des fermiers payant ce qu'ils doivent f Le bon curé, passant en bonheur tous prélats ^^
!i6i POÉSIES
Qui y dans sa charilé féconde^ Après avoir en chaire eitereé sa Ëicoiide^ Béni rby men ^ la vie et k trépas , ' Chez les pauvres finit sa ronde; Sait, en venant de l'autre monde ^ Causer tout bonneiMnt des choses d'ici-has ; De temps en tisfnps un hal , où les jmisettes Font sauter en cadence et garçcHoa et fillettes ;
Le journal et le hoUetin, Avec le chocolat servis chaque matin ; La lecture du soir, la douce causerie^ Beaucoup de promenade, un peu de vé^^rie , Quelques écrits intéressants.
Quelques billets à des amis absents , Les beaux-arts à P)»ris, aux champs le jardinage.
Parfois un joyeux badinage , Vous sauvent de rennui , triste en&Dt du dqgoûl :
Bénissez donc votre partage :
L'homme heureux est celui qui sait l'être pao^tout.
EPITRE