‹ Poésies fugitives de Jacques DelilleChapitre 41 sur 45 · A M»«. LA DUCHESSE DE DEVONSHIRE · texte numérisé non relu

A M»«. LA DUCHESSE DE DEVONSHIRE

De vos riches lableaux que j'aime les images,

Quand vous peignez ces monts sauvages, Noir séjour des frimas, d'où tombent ces torrents, Où gronde le tonnerre, où mugissent les vents , Sillonnés de ravins, entrecoupés d'abîmes!

Lorsqu'avec tant de grâce, à leurs horreurs sublimes Vous opposez leurs tranquilles abris , Leurs doux ruisseaux et leurs vallons fleuris, Le vrai bonheur, loin d'un luxe proÊme, A leurs rochers confiant sa cabane.

Toujours la vérité dirige vos pinceaux ; Vous unissez la force à la mollesse :

Le cours des fleuves, des ruisseaux.

Embrasse avec moins de souplesse Le terrain varié que parcourent leurs eaux.

De la variété le mérite est si rare !

Toujours pour leurs Phaons soupirent nos Saphos ; Deshoulières m'endort aux chants des pastoureaux : Prodigue des grands traits dont sa Muse est avare. Mieux qu'elle vous savez varier votre ton j Je crois voir à côté de l'aigle de Pindare La colombe d'Anacréon.

a84 ÉPITRE.

Ainsi des saints devoirs et d'épouse et de mère ^ Des Muses l'entretien charmant Vient quelquefois doucement vous distraire.

A la raison vous joignez l'agrément^ Le talent de bien dire au bonheur de bien £sdre : Telles naissent les fleurs au miUeu des moissons. Mais c'était peu pour vous de briller et de plaire :

A vos enfants vous transmettez vos dons.

De l'amour maternel tel est le caractère ; C'est dans ses tendres rejetons Qu'est sa volupté la plus chère ; C'est dans eux qu'il jouit^ c'est pour eux qu'il espère; Au milieu de ses nourrissons^ Ainsi la rose , déjà mère , Que les zéphirs trop tôt cèdent aux aquilons ^ Ne pouvant retenir sa beauté passagère y

Met son espoir dans ses jeunes boutous^ Leur lègue ses parfums, sa grâce héréditaire. Sa couronne de pourpre et ses riches festons* De vous , de vos enfants c'est l'image fidèle j L'aimable Caveudish , grâces à vos leçons , Est le portrait charmant du plus parfait modèle , Comme vous elle plaît, vous vous plaisez dans elle. Jouissez , reprenez vos aimables concerts :

Vos chants servent d'exemple aux nôtres j Et le plus dur censeur eût fait grâce à mes vers Si j'eusse été plus tôt le confident des vôtres. C'est peu de les aimer ^ encouragez les arts , Belle Georguna : c'est vous dont les regards.

ÉPITRE. 285

La mémoire encor m'en est chère,

Ont les premiers, à ma Muse étrangère, D'un accueil caressant accordé la faveur, £t dissipé la crainte attachée au malheur.

Dans les champs paternels, jadis simple bergère ,

Elle chantait aux montagnes, aux bois ; Les bois lui répondaient^ et même quelquefois ,

Il m'en souvient, sa chanson bocagère Sut se faire écouter dans le palais des rois.

Ce temps n'est plus : fugitive, exilée, Sur les bords où chantaient les Popes, les Thompsons,

Sa voix tremblante essaya quelques sons :

Albion lui sourit, elle fut consolée.

Tel un frêle arbrisseau qu'un orage soudain

Enlève et transporte sur l'onde.

Contraint de s'exiler sur quelque bord lointain ,

Suit au hasard sa course vagabonde,

Rencontre , aborde une terre féconde ^ Là, par Zéphire transplanté, Bientôt l'arbuste acclimaté Se croit dans son berceau : les enfants du bocage

Lui font accueil ; il partage avec eux Et la douce rosée et les rayons des cieux , De sa fleur étrangère embellit ce rivage.

Bénit son sort , et pardonne à l'orage.

EN LUI EJîVOYANT

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