‹ PoésiesChapitre 23 sur 58 · A PAUL HAAG · texte numérisé non relu

A PAUL HAAG

a Lune et le Soleil, amants infortunés, Sans s'atteindre jamais se poursuivent sans cesse. Quel crime ont donc commis Phœbus et sa maîtresse Pour qu'à se suivre en vain Dieu les ait condamnés?

Tantales de l'amour, ils ignorent l'ivresse Qu'éprouvent les amants heureux et les époux : Lorsque le dieu s'approche, un nuage jaloux A ses yeux désolés dérobe la déesse!

I A LUNE ET LE SOI. I l I. fO

Moi, j'ai vu bien souvent la femme que j'aimais, Sans pouvoir réussir à me faire aimer d'elle; Pourtant mon infortune est moins grande que celle Des immortels amants qui ne se voient jamais :

Un jour, Dieu daignera m'arracher à la vie, Et j'irai reposer en paix sous le gazon; Eux, ils ont devant eux l'éternel horizon D'une amour réciproque et jamais assouvie!

6û SONNET

S O^d^dET

Wue faut-il pour me faire oublier mon passé? Un baiser de ta bouche, une chaste caresse; Et devant ta candeur, ô blonde enchanteresse, Tu verras refleurir mon pauvre cœur froissé!

Tu recèles en toi, mon beau lys élancé,

Les trésors infinis d'une calme tendresse :

Que faut-il pour guérir la douleur qui m'oppresse ?

Qu'un seul de tes regards sur moi soit abaissé 1

Viens donc, brillant soleil! viens percer les nuages; Lève-toi dans mon ciel! Dissipe les orages Qui tuèrent en moi tous les bons sentiments!

Toi seule, désormais, tu règnes sur mon être : Penche-toi sur ma vie, et je m'en vais renaître Ressuscité par tes divins embrassements !

6l LA FEMME

Lc4 FEéMéME

h ! respectons la femme : elle nous a fait naître. Pour l'aimer à son prix, il faut la bien connaître : Fleur printanière, elle a pour parfum la bonté. Sans parfum il faudrait la respecter encore, Car elle a ce qui plaît et ce qui la décore, Ce double don du ciel : la grâce et la beauté!

Dans les jours cic malheur, c'est elle qui relève, C'est elle qui console; après un mauvais rêve, Elle est le doux réveil qui vient nous secourir. Quand on souffre, abattu par le mal ou par l'âge, C'est elle qui guérit, ou, du moins, qui soulage... Car il est des douleurs dont on ne peut guérir!

Souvent seule ici-bas elle sait nous comprendre, Seule elle nous soutient, compatissante et tendre En partageant les maux, on peut les soulager. Ainsi qu'elle prend part à toutes nos souffrances, Elle partage aussi nos douces espérances; Et c'est doubler l'espoir que de le partager.

La femme, c'est l'avis d'une voix innocente, L'inépuisable don d'une main bienfaisante, L'amour tranquille et pur, le calme du foyer, Le centre bienveillant des paisibles pensées, Le confident des maux et des peines passées, L'ami discret à qui l'on peut tout confier.

Son cœur s'ouvre toujours à l'amant infidèle

Qui se repent; sans crainte il peut aller vers elle :

Il est sûr d'y trouver la paix et le pardon.

Dans les cruels moments où l'on maudit la vie,

Auprès d'elle on est bien, auprès d'elle on oublie,

Auprès d'elle on est brave, auprès d'elle on est bon

L'homme construit, détruit, reconstruit, ensemence Et moissonne sans cesse; il lutte, il crée, il pense; Son esprit inquiet s'agite nuit et jour. La femme aime; puissante et noble créatrice, C'est elle qui soutient nos efforts dans la lice : Car ce qui fait la force, ici-bas, c'est l'amour.

Quand le génie à bas dans le repos sommeille, C'est elle qui l'excite, elle qui le réveille; Et, loin de le tenir servile à ses genoux, C'est elle qui le pousse, et, lui rendant ses ailes, Le fait monter, superbe, aux sphères éternelles, D'où, lumineux et grand, il va planer sur nous!

-tas*-

SONNET 6f

S OWl^lET

«J e l'avais oublié : c'est aujourd'hui ta fête. Toi qui sais mon amour, qui connais mon ardeur, Pendant que tout le monde à te fêter s'apprête, Tu m'accuses sans doute et blâmes ma froideur!

Chacun t'offre un présent; chacun, selon son âge, Te donne des bonbons ou t'apporte un bouquet; Et moi, moi qui t'adore, hélas! pour tout hommage Je t'offrirais mon cœur, si je ne l'avais fait!

O Jeanne, ne crois pas que je t'aie oubliée; Sache bien que mon âme à ton âme est liée Par les liens puissants d'éternelles amours!

D'autres, quand vient ta fête, amants par politesse, Peuvent t'aimer une heure, ô ma belle maîtresse! Mais moi, pauvre amoureux, moi, je t'aime toujours!

24 Juin iS7S-

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