‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 16 sur 80 · LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA GUERRE

IVièreI il était une ville fameuse :

Avec le Hun j'ai franchi ses détours, J'ai démoli son enceinte fumeuse, Sous le boulet j'ai fait crouler ses tours. J'ai promené mes chevaux par les rues, Et sous le fer de leurs rudes sabots J'ai labouré le corps des femmes nues Et des enfants couchés dans les ruisseaux.

J'ai sur la borne, au plus fort du carnage, Le corps frotté de suif et de saindoux. Brutalement et le front tout en nage, Sur un sein vierge essuyé mon poil roux; Puis, j'ai traîné sur mes pas l'Incendie ; Et le géant, hurlant matin et soir, A nettoyé de sa langue hardie Les pans de mur inondés de sang noir.

Hourra! hourra! j'ai courbé la rebelle.

J'ai largement lavé mon vieil affront, J'ai vu des morts à hauteur de ma selle ; Hourra! j'ai mis les deux pieds sur son front. Tout est fini, maintenant, et ma lame Pend inutile à côté de mon flanc.

Tout a passé par le fer et la flamme, Toute muraille a sa tache de sang :

Les maigres chiens, aux saillantes échines, Dans les ruisseaux n'ont plus rien à lécher ; Tout est désert, l'herbe pousse aux ruines ; O mort! 6 mort! je n'ai rien à faucher.

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LE CHOLERA- M ORBUS

Mère I il était un peuple plein de vie, Un peuple ardent et fou de liberté...

Eh bien ! soudain des champs de Moscovie Je l'ai frappé de mon souffle empesté.

Alors, alors, dans les plaines humides Le fossoyeur a levé ses grands bras, Et par milliers les cadavres livides Comme de l'herbe ont encombré ses pas.

Mieux que la balle et les larges mitrailles, Mieux que la flamme et l'implacable faim, J'ai déchiré les mortelles entrailles.

J'ai souillé l'air et corrompu le pain. J'ai tout noirci de mon haleine errante, De mon contact j'ai tout empoisonné ;

Sur le teton de sa mère expirante Tout endormi j'ai pris le nouveau-né.

J'ai dévoré même au sein de la guerre Des camps entiers de carnage fumants ; J'ai frappé l'homme au bruit de son tonnerre, J'ai fait combattre entre eux des ossements. Enfin, partout l'humaine créature Sur un sol nu, sanglant et crevassé.

Gît maintenant pleine de pourriture, Comme un chien mort au revers d'un fossé. Partout, partout le corbeau noir becqueté, Partout les vers ont des corps à manger; Pas un vivant, et partout un squelette... O mort ! ô mort ! je n'ai rien à ronger.

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