LA MORT
Tristes fléaux, créatures hideuses,
Oh 1 mes enfants, de moi que voulez-vous ?
Cessez, cessez vos plaintes hasardeuses,
Et sur la pierre étendez vos genoux.
Le sang toujours ne peut rougir la terre,
Les chiens toujours ne peuvent pas lécher;
Il est un temps où la peste et la guerre
Ne trouvent plus de vivants à faucher; .
Il est un jour où la chair manque au monde,
Où, sur le sol, le mal toujours ardent,
Comme sur l'os d'une charogne immonde
Ne trouve plus à repaître sa dent.
Enfants hideux, couchez-vous dans mon ombre,
Et sur la pierre étendez vos genoux :
Dormez, dormez ! sur notre globe sombre, Tristes fléaux, je veillerai sur vous.
Dormez, dormez ! je prêterai l'oreille Au moindre bruit par le vent apporte : ]:t quand de loin, comme un vol de corneille, S'élèveront des cris de liberté ; Qiiand j'entendrai de pâles multitudes, Des peuples nus, des milliers de proscrits Jeter à bas leurs vieilles servitudes.
En maudissant leurs tyrans abrutis ; Enfants hideux, pour finir votre somme Comptez sur moi, car j'ai l'œil creux, jamais Je ne m'endors, et ma bouche aime l'homme Comme le Tzar aime les Polonais.
Tf^lsiTE
LIANTE, vieux Gibelin! quand je vois en passant Le plâtre blanc et mat de ce masque puissant Que l'art nous a laissé de ta divine tête, Je ne puis m'empêcher de frémir, ô poète ! Tant la main du génie et celle du malheur Ont imprimé sur toi le sceau de la douleur. Sous l'étroit chaperon qui presse tes oreilles. Est-ce le pli des ans ou le sillon des veilles Qui traverse ton front si laborieusement? Est-ce au champ de l'exil, dans l'avilissement.