‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 28 sur 80 · LA MACHINE 9I · texte numérisé non relu

LA MACHINE 9I

C'est bien : je vous admire, à race titaniquc 1 Mais, complices secrets de l'esprit satanique, Je vois aussi l'Orgueil et la Cupidité Introduisant le mal dans votre nouveauté. Je les vois, poussant trop les forces chaleureuses Q.ui frémissent au joug sous vos mains valeureuses, Ouvrir partout la voie à des rébellions, Et ces ardents pouvoirs, ainsi que des lions, S'élançant aussitôt hors des lignes prescrites, Rugissant, bondissant ou courant sans limites, Se tourner contre vous, esclaves révoltés. Et sur vos corps tremblants porter leurs cruautés. Alors, pauvres humains, ohl comme avec usure Vous payez les trésors ravis à la nature ! Et comme par des maux étranges, inconnus, Vous expiez les coups portés à ses flancs nus ! Alors un sombre jour voit plus de funérailles Que la guerre souvent n'en sème en vingt batailles, Tout un peuple brûlé par le feu des enfers, Des membres palpitants dispersés dans les airs. Des corps rompus au choc des voitures roulantes. Ou broyés sous les bonds des machines errantes ; Enfin tous les tourments par le Dante inventés Renaissent, et, portant l'épouvante aux cités,

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Emplissent chaque seuil d'un déluge de larmes ;

Alors vous comprenez, mais tard, dans vos alarmes.

Que pour être puissant sur l'onde et sur le feu

Il faut être avant tout aussi sage que Dieu.

Oui, le flambeau divin qu'on appelle science

Ne fut pas mis aux mains de la mortelle engeance

Pour en elle augmenter les passions du mal,

L'appétit de l'argent et l'orgueil infernal.

Si le ciel en fit don à l'humaine nature,

Ce fut dans un but noble et pour une fin pure;

Ce fut pour amoindrir la masse des douleurs

Que versent sur nos corps tant de fléaux vainqueurs,

Pour dégager l'esprit de la fange grossière.

Affranchir saintement l'homme de la matière,

Et, de la pauvreté brisant le dur lien,

Lui rendre plus aisé l'exercice du bien ;

Telles sont du savoir les fins recommandables :

Qu'humblement il y tende ; ou dans nos mains coupables

Redoutons qu'il ne soit souvent qu'un instrument

De vengeance divine et d'affreux châtiment.

La Machine, ô mortels! c'est le héros antique, Hercule au cou de bœuf, à l'épaule athlétique,

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