POEME
1 L est triste de voir partoiU l'œuvre du mal. D'entonner ses chansons sur un rythvie infernal. Au ciel le plus vermeil de trouver un nuage. Une ride chagrine au plus riant visage. Heureux à qui le ciel a fait la bonne part! Bien heureux qui n'a vu qu'un beau côté de l'art! Hélas ! mon cœur le sent, si j'avais eu pour muse Une enfant de sei^c ans, et qu'une fleur amuse, Une fille de mai, blonde comme un épi. J'aurais, d'un souffle pur, sur mon front assoupi
Vu flotter doucement les belles rêveries; J'aurais souvent foulé des pelouses fleuries^ Et le divin caprice, en de folles chansons. Aurait du moins charme le cours de mes saisons. Mais j'entends de mon cœur la voix mâle et profonde Qui me dit que tout homme a son rôle en ce monde : Tout mortel porte au front, comme un bélier mutin. Un signe blanc ou noir tracé par le Destin ; Il faut, bon gré, mal gré, suivre l'ardente nue Qui marche devant soi sicr la voie inconnue ; Il faut courber la tête et, le long du chemin. Sans regarder à qui l'on peut tendre la main. Suivre sa destinée au grand jour ou dans l'ombre. Or, la mienne aujourd'hui comme le ciel est sombre; Pour moi, cet univers est comme un hôpital. Où, livide infirmier levant le drap fatal. Pour nettoyer les corps infectés de souillures. Je vais mettre mon doigt sur toutes les blessures.