‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 34 sur 80 · LE T>ET^%T · texte numérisé non relu

LE T>ET^%T

L«ES Alpes ont beau faire et m'opposer leur dos, Leurs bleuâtres glaciers aux terribles passages, Et leurs pics décharnés où les sombres nuages Viennent traîner le ventre et se mettre en lambeaux.

Tombent, tombent sur moi leurs effrayantes eaux. Leurs torrents bondissants, leurs neiges, leurs orages, Et que les vents sortis de cent rochers sauvages Déchirent mes poumons comme de froids couteaux !

J'irai, je foulerai, car j'en ai l'espérance, Les champs délicieux de la douce Florence Et les vieux monts sabins que Virgile adora :

Je verrai le soleil et la mer de Sorrente ; Ht, mollement couché sur la plage odorante, Je boirai ton air pur, ô verdoyante Ischial

LE C^MVO S^TsLTO

^ 5\f. c^. 'Brl^enx.

Ky désolation ! ô misère profonde !

Désespoir éternel pour les âmes du monde ! Sol de Jérusalem que tant d'hommes pieux Ont baigné de sueur et des pleurs de leurs yeux; Sainte terre enlevée aux monts de la Judée, Et du sang des martyrs cncor tout inondée, Sainte terre des morts qui portas le Sauveur, Toi que tout front chrétien baisait avec ferveur, Tu n'es plus maintenant qu'une terre profane, Un sol où toute fleur dépérit et se fane,

Un terrain sans verdure et délaissé des cieux, Un cimetière aride, un cloître curieux, Q.u'un voyageur parfois, dans sa course rapide, Heurte d'un pied léger et d'un regard stupide.

— Mais n'importe ! je t'aime, ô vieux Campo Santo ! Je t'aime de l'amour qu'avait pour toi Giotto. Tout désolé qu'il est, ton cloître solitaire

Est encore à mes yeux le plus saint de la terre : Aussi quand l'œil du jour, de ses regards cuisants. Brûle le front doré des superbes Pisans, J'aime à sentir le froid de tes voûtes flétries, J'aime à voir s'allonger tes longues galeries. Et là, silencieux, le front bas, le pied lent. Comme un moine qui passe et qui prie en allant. J'aime à faire sonner le cuir de mes sandales Sur la tête des morts qui dorment sous tes dalles ; J'aime à lire les mots de leurs grands écussons, A réveiller des bruits et de lugubres sons, Et les yeux enivrés de tes peintures sombres, A voir autour de moi mouvoir toutes tes ombres. Salut! noble Orcagna ! que viens-tu m'étaler?

— « Artiste, une peinture à faire reculer; Regarde, enfant, regarde!... Il est de par le monde Des êtres inondés de volupté profonde ;

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