LE LION
Le monstre à son réveil voulut foire le beau ; Quand, ouvrant son œil jaune et remuant sa peau, Le crin dur, il voulut, comme l'antique athlète. Sur son col musculeux dresser sa large tête, Et, les barbes au vent, le front échevelé. Rugir en souverain, — il était muselé.
'Décembre 18^0.
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QU^T%E-VI'K.GT-TXEIZE
VJ N jour que de l'État le vaisseau séculaire, Fatigué trop longtemps du roulis populaire, Ouvert de toutes parts, à demi démâté, Sur une mer d'écueils, sous des cieux sans étoiles, Au vent de la Terreur qui déchirait ses voiles, S'en allait échouer la jeune Liberté;
Tous les rois de l'Europe, attentifs au naufrage, Tremblèrent que la masse, en heurtant leur rivage, Ne mît du même choc les trônes au néant;
Alors, comme forbans qui guettent une proie, On les vit tous s'abattre, avec des cris de joie, Sur les flancs dégarnis du colosse flottant.
Mais lui, tout mutilé des coups de la tempête, Se dressa sur sa quille, et, relevant la tête, Hérissa ses sabords d'un peuple de héros, Et, rallumant soudain ses foudres désarmées, Com.me un coup de canon lâcha quatorze armées ; Et l'Europe à l'instant rentra dans son repos.
Sombre quatre-vingt-treize, épouvantable année, De lauriers et de sang grande ombre couronnée, Du fond des temps passés ne te relève pas ! Ne te relève pas pour contempler nos guerres, Car nous sommes des nains à côté de nos pères, Et tu rirais vraiment de nos maigres combats.
i8 ïambes
Oh ! nous n'avons plus rien de ton antique flamme, Plus de force au poignet, plus de vigueur dans l'âme, Plus d'ardente amitié pour les peuples vaincus ; Et quand parfois au cœur il nous vient une haine, Nous devenons poussifs, et nous n'avons d'haleine Que pour trois jours au plus.
Janvier l8ji.
L'É^CEUTE
V-^OMME un vent orageux, des bruits rauques et sourds Roulent soudainement de faubourgs en faubourgs; Les portes des maisons, les fenêtres frémissent, Les marteaux sur le bronze à grands coups retentissent, La peur frappe partout ; et les vieillards tremblants, Les femmes en désordre et les petits enfants, D'un grand œil étonné regardant ce qui passe, Tout sous les toits voisins pêle-mêle s'entasse. Se cache, et dans la rue un vaste isolement Remplace tout à coup ce chaos d'un moment;
Et l'Émeute paraît, l'Émeute au pied rebelle, Poussant avec la main le peuple devant elle ; L'Émeute aux mille fronts, aux cris tumultueux, A chaque bond grossit ses rangs impétueux. Et le long des grands quais, où son flot se déroule, Hurle en battant les murs comme une femme soûle.
Où va-t-elle aujourd'hui? De ses sombres clameurs Va-t-elle épouvanter le sénat en rumeurs? Vient-elle secouer sur le front des ministres Tout le sang répandu pendant les jours sinistres? Non : l'Émeute à longs flots inondant le saint lieu, Bondit comme un torrent contre les murs de Dieu ; La haine du pontife aujourd'hui la travaille ; Son front comme un bélier bat la sainte muraille; Sur les dalles de pierre, au bas de leurs autels Roulent confusément les vases immortels.
Adieu le haut parvis, adieu les saints portiques. Adieu les souvenirs, les croyances antiques ! Tout tombe, tout s'écroule avec la grande croix : Christ est aux mains des Juifs une seconde fctis.
L E M li U r li
O ma mère patrie 1 6 déesse plaintive ! Verrons-nous donc toujours dans la ville craintive Les pâles citoyens déserter leurs foyers ? Toujours les verrons-nous, implacables guerriers, Se livrer dans la paix des guerres intestines ? Les temples verront-ils au pied de leurs ruines, Comme le marc impur échappé du pressoir. Des flots de sang chrétien couler matin et soir ? Patrie, ah ! si les cris de ta voix éplorée N'ont plus aucun pouvoir sur la foule égarée; Si tes gémissements ne sont plus entendus, Les mamelles au vent et les bras étendus, Mère désespérée, à la face publique Viens, déchire à deux mains ta flottante tunique, Et montre aux glaives nus de tes fils irrités Les flancs, les larges flancs qui les ont tous portés
Février i8^i.
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L^ TOTUL^%ITE,